(BFI) – La capitale mauritanienne fait face à des défis d’aménagement du territoire hors norme, sur fond de changement climatique et de montée des eaux. Lancée dans un projet financé par l’entreprise française à mission Meridiam, Nouakchott servira à coup sûr de mètre étalon pour d’autres mégapoles africaines littorales.
Les études environnementales pointent toutes une même réalité : Nouakchott fait partie des villes les plus menacées par le changement climatique, figurant même parmi les plus vulnérables face à la montée du niveau de l’océan Atlantique. Si rien n’est fait, la vie de 1,7 million d’habitants s’en trouvera bouleversée, entre mise à mal du secteur de la pêche et risques de submersion marine de la plaine où se dresse la cité, une grande partie étant située sous le niveau de la mer. Protéger le littoral est donc devenue une nécessité. Les épisodes récents d’inondations majeures – au nombre de sept au cours des 30 dernières années – ont démontré les conséquences désastreuses de l’érosion du littoral. De ce constat est née la Société d’aménagement du littoral de Nouakchott (SALN) en août
2023.
Des menaces clairement identifiées
La SALN [1] a devant elle un chantier monumental, mais vital. À l’origine du projet, l’État mauritanien a choisi de créer une société anonyme via un partenariat public-privé (PPP) aux côtés de The Urban Resilience Fund (TURF) géré par l’entreprise à mission (B Corp) Meridiam, elle-même « spécialisée dans le développement, le financement et la gestion à long terme d’infrastructures publiques durables». La République islamique de Mauritanie s’est logiquement portée vers cette entreprise française déjà engagée – financièrement et techniquement – dans de nombreux chantiers sur le continent africain. Objectif : préparer la façade côtière aux conséquences du réchauffement climatique en colmatant les brèches dans le cordon dunaire afin de renforcer ce dernier, et permettre aux populations locales de moderniser leurs activités, notamment le marché aux poissons.
En avril 2025 lors d’une présentation du projet à la presse, Karim Jibrahill [2], alors directeur général de la SALN, avait réitéré les engagements des pouvoirs publics mauritaniens à mettre en œuvre un « _projet crucial pour la capitale_ », seule option pour protéger le littoral de Nouakchott et ainsi soutenir sa résilience économique essentiellement basée sur la pêche. Pour lui, les grands défis liés au réchauffement climatique et à la montée des eaux ne pouvaient rester sans réponse. Car les menaces sont très concrètes : submersion permanente d’une partie de la capitale dans ses bas quartiers, salinisation des nappes phréatiques d’eau douce, dégâts irréparables sur les infrastructures routières, déplacements obligatoires de population, arrêt des activités halieutiques… Autant de catastrophes annoncées que le gouvernement du Premier ministre Moctar Ould Diay préférerait éviter. D’autant que si rien n’est fait maintenant, le coût futur de la protection du littoral de Nouakchott ne fera qu’augmenter.
Meridiam connaît bien l’Afrique
Depuis, son successeur – Jean-Christophe Bonnois, nommé à la direction générale en avril dernier – suit une feuille de route bien spécifique pour le pilotage technique du projet et pour la maîtrise d’ouvrage. Comme le souligne le site d’informations AfricTelegraph [3], le projet a aujourd’hui besoin d’expertise supplémentaire en « _montage foncier, en ingénierie contractuelle et en coordination entre donneurs d’ordres publics et opérateurs privés_ ». Objectif de la nouvelle équipe : donner une cohérence au travail des bureaux d’études, des entreprises de travaux publics engagées dans le projet et d’éventuels nouveaux bailleurs. Jean-Christophe Bonnois connaît bien le continent, il a déjà dirigé d’autres entreprises, notamment à Brazzaville (République du Congo), à Libreville (Gabon) en encore à Kinshasa (République démocratique du Congo).
Son équipe pourra surtout s’appuyer sur l’expertise reconnue de Meridiam, qui pilote et finance de nombreux projets de développement durable sur le continent, dans les domaines de l’énergie (Sénégal, Éthiopie, Gabon, Côte d’Ivoire), de la logistique portuaire (Gabon, Mauritanie), ou encore des transports (Gabon, Sénégal, Madagascar). « _Depuis près d’une décennie, Meridiam met en place des infrastructures durables indispensables dans toute l’Afrique_, avance Thierry Déau [4], PDG de Meridiam. _Nous avons lancé le Fonds TURF, une initiative unique de financement avec panachage de ressources, car nous voulions un instrument dédié pour remédier aux problèmes rencontrés par les villes africaines en matière d’adaptation aux effets des changements climatiques. _» L’entreprise française avance donc confiante dans sa capacité à mener à bien le projet de
Nouakchott. Mais elle sait aussi qu’elle est attendue au tournant.
Nouakchott n’est pas un cas isolé
Car le test grandeur nature de Nouakchott est scruté de près par d’autres États africains. Plusieurs grandes villes côtières du continent pourraient en effet être confrontées aux mêmes risques que la capitale mauritanienne. La réussite de la SALN et de Meridiam dans ce projet pourrait donc donner des idées à d’autres décideurs africains. Notamment à Dakar et à Saint-Louis (Sénégal), Cotonou (Bénin) et sa voisine Lomé (Togo), Abidjan (Côte d’Ivoire), Beira et Maputo (Mozambique), Lagos (Nigeria), et même à Alexandrie (Égypte) sur la Méditerranée. En effet, le modèle proposé par la SALN à Nouakchott est potentiellement transposable dans plusieurs de ces villes, car il répond aux mêmes impératifs de préservation du développement social et économique des populations menacées, ailleurs sur le continent.
La protection de la capitale mauritanienne passera donc par la réussite de la SALN, qui représente à la fois un outil politique et opérationnel pour la gestion du cordon dunaire séparant la ville de l’océan. « _L’exemple de Nouakchott démontre clairement que, même en milieu urbain, les infrastructures naturelles constituent des solutions irremplaçables pour la gestion des risques, l’adaptation et la résilience_, assure l’étude publiée en 2025 [5] par Aurélie Le Dissez, du cabinet de conseil en génie civil Artelia, par Mathieu Ducrocq, président du conseil scientifique et technique du Réseau régional d’aires marines protèges en Afrique de l’Ouest (RAMPAO), et par Abdoul Dia, responsable du programme West African Coastal Area Management (WACA). _Après une année de co-construction, l’outil politique et opérationnel de gestion du banc de dunes est prêt à être mis en œuvre par les acteurs concernés, fiers de cette réalisation et pleinement engagés dans sa réussite. Il convient toutefois de souligner que sa mise en œuvre effective dépendra de la capacité des pouvoirs publics à faire respecter le régime foncier et à prévenir la corruption et l’opacité dans l’octroi des droits d’établissement côtier ». Les responsables et les équipes techniques de la SALN savent maintenant ce qui leur reste à faire pour concrétiser les promesses nées de ce projet. Et ils n’ont pas le droit à l’erreur car la menace, elle, n’attendra pas.
Links:
——
[1] https://saln.mr/index.php/qui-sommes-nous/
[2] https://ami.mr/fr/archives/268649
[3]
https://africtelegraph.com/blog/jean-christophe-bonnois-prend-la-tete-de-lamenageur-du-littoral-de-nouakchott/
[4]
https://www.eib.org/fr/press/news/cop28-eib-and-meridiam-showcase-a-new-investment-initiative-to-protect-vulnerable-cities-in-africa-from-climate-change
[5] https://link.springer.com/chapter/10.1007/978-3-032-15477-4_72



