(BFI) -Le programme de réhabilitation routière de 86,3 milliards de FCFA dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun accuse un retard important : les trois contrats de construction affichent un taux d’exécution inférieur à 35 %, alors que près des quatre cinquièmes des délais contractuels se sont déjà écoulés. Ces trois projets s’inscrivent dans le cadre du Projet d’aménagement du territoire et de promotion du secteur privé dans l’Extrême-Nord (PAT) et couvrent 173 km de routes nationales.
Selon un bilan des projets routiers cofinancés, présenté à Yaoundé le 23 septembre 2026, l’entreprise chargée du Lot 1 a reçu une mise en demeure, tandis que des avenants prévoyant des prolongations de délais sont en cours d’élaboration pour les Lots 2 et 3. La Banque africaine de développement (BAD) assure 79 % du financement du projet en vertu d’un accord de prêt signé le 12 avril 2024. L’Union européenne y contribue à hauteur de 19 % via une convention de subvention signée le 5 septembre 2024, le Cameroun couvrant les 2 % restants sur son budget d’investissement public.
Le Lot 1, correspondant au tronçon Maroua-Moutourwa (36 km), est celui qui a le plus progressé. Le consortium camerounais SOTCOCOG/STAPORT a réalisé 33 % des travaux prévus dans le contrat de 17,7 milliards de FCFA, après avoir consommé 78 % du délai imparti. Le projet a déjà bénéficié d’une prorogation de neuf mois, repoussant la date d’achèvement au 11 février 2027. Les travaux de terrassement sont achevés sur 32 km mais sont actuellement à l’arrêt. Les entreprises ont également réalisé 18 des 50 ouvrages hydrauliques prévus. Le 21 septembre, le maître d’ouvrage a adressé une mise en demeure à l’entreprise, fixant des objectifs mensuels d’exécution.
Les retards sont encore plus marqués pour les deux contrats attribués au consortium chinois Sinohydro/Stecol, dont la date d’achèvement est fixée au 21 janvier 2027. Sur le tronçon Magada-Guidiguis (68 km), attribué pour 33,9 milliards de Fcfa, l’avancement physique des travaux s’établit à 19 % alors que 80 % du délai contractuel s’est déjà écoulé. Seuls 5 km de la couche de fondation ont été réalisés. Le tronçon Guidiguis-Yagoua (68 km), attribué pour 34,7 milliards de Fcfa, affiche un taux de réalisation de seulement 14 %, avec une couche de fondation couvrant à peine 3 km.
L’un des problèmes relevés lors de l’examen concerne l’accès à des matériaux adaptés à la production d’enrobés. Les roches provenant des carrières de Zapili et de Djafarou ne sont pas conformes aux spécifications du marché. De nouveaux gisements ont été identifiés, dont un situé à environ 30 km de l’installation de concassage du lot n° 3. Des échantillons ont été transmis au Laboratoire national de génie civil (Labogénie) le 19 août 2026 pour des études de formulation.
Le document mentionne également l’impact de la saison des pluies sur les travaux de la couche de fondation ainsi que la présence de réseaux (Camwater, Eneo et Camtel) dans l’emprise du chantier. Le coût du déplacement de ces réseaux reste à déterminer. Pour les lots n° 2 et n° 3, le programme de travaux prévu jusqu’à la fin de l’année 2026 prévoit la réalisation de la couche de base sur seulement 5 km et 10 km, respectivement.
Des avenants au contrat sont en cours d’élaboration afin d’intégrer des calendriers révisés, de proroger les délais et d’ajouter des prestations supplémentaires, notamment des stations de péage et de pesage automatisées ainsi qu’un échangeur au niveau de la bifurcation de Magada. Les dossiers complets relatifs à ces avenants doivent être soumis au ministère des Travaux publics d’ici la mi-octobre 2026.
Cédric Boyomo




