(BFI) – Des projets routiers majeurs représentant plus de 600 milliards de FCFA sont en cours dans le nord du Cameroun ; toutefois, plusieurs contrats n’en sont qu’à leurs balbutiements malgré des mois de travaux et le versement d’avances de démarrage substantielles. Des données techniques révèlent des retards considérables sur les projets soutenus par la Banque africaine de développement (BAD), la Banque mondiale et l’Union européenne, contredisant ainsi le bilan plus optimiste présenté par le ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi.
Selon le ministre, les projets situés dans les régions de l’Extrême-Nord, du Nord et de l’Adamaoua portent sur 709 km de routes, dont 449 km sur la route nationale n° 1, axe stratégique du corridor Douala-N’Djamena. Le ministère des Travaux publics (MINTP) évalue le financement global de ces projets à plus de 600 milliards de FCFA. Le décalage entre l’avancement réel des travaux et la présentation ministérielle est particulièrement flagrant sur le tronçon de 242 km reliant Ngaoundéré à Garoua. M. Nganou Djoumessi a affirmé que l’évaluation du projet montrait une « mobilisation adéquate des entreprises sur les cinq lots ». Il a notamment évoqué le début de la production de granulats et des travaux de terrassement entre le pont de Salah et celui sur la Bénoué, tandis que les entreprises installaient leurs bases-vie et leurs concasseurs sur les autres tronçons.
Cependant, le rapport d’évaluation consulté par Business & Finance International indique qu’aucun des cinq lots n’a atteint un taux d’exécution physique de 5 %. Parallèlement, les entreprises avaient déjà perçu environ 30,5 milliards de FCFA au titre des avances de démarrage. De plus, les équipes de contrôle n’étaient pas encore mobilisées sur trois des lots.
Près de 80 % du délai contractuel déjà consommé
La situation est également tendue concernant le Projet de développement territorial de l’Extrême-Nord. La note du ministère indique que les travaux sur les axes Maroua-Moutourwa, Magada-Guidiguis et Guidiguis-Yagoua ont enregistré « quelques avancées, avec le démarrage effectif des travaux de construction routière ». Les données examinées lors de la revue offrent une image plus précise : les trois lots affichaient un taux d’avancement compris entre 14 % et 34 %, alors que près de 80 % du délai contractuel s’était déjà écoulé.
Des prolongations de contrat sont en cours de préparation, et la livraison est désormais attendue entre janvier et février 2027. Le ministre a lui-même demandé aux entreprises et aux équipes de contrôle d’accélérer les travaux après la fin de la saison des pluies et de soumettre des calendriers d’achèvement pour des infrastructures qui, a-t-il souligné, « doivent être livrées dans les délais ». Concernant la route Maroua-Bogo-Pouss, le MINTP a mis en avant l’achèvement du tronçon Bogo-Guirvidig (32 km), le bitumage de près de 6 km de voiries à Bogo et les travaux de construction sur les berges du Mayo Doumou. Le ministère reconnaît toutefois que la poursuite des travaux dépend désormais de la disponibilité des fonds.
L’achèvement du chantier, indique la note, « est tributaire du règlement des factures des entreprises ». Le MINTP, le ministère de l’Économie et la BAD gèrent actuellement les procédures nécessaires au déblocage de ces paiements. La note du ministère ne détaille pas la situation du tronçon Guirvidig-Pouss, dont le taux d’avancement est évalué à 42 % dans le document de revue. Ce dernier signale également des arriérés de paiement s’élevant à plus de 12,5 milliards de Fcfa dus aux entreprises chinoises CGCOC et Xinjiang depuis la clôture du prêt de la BAD fin 2024.
Près de 192 milliards de Fcfa de contrats encore au stade initial
Un autre projet fait l’objet d’un examen : la réhabilitation du corridor Mora-Dabanga-Kousseri (210 km), financé par la Banque mondiale. Nganou Djoumessi a déclaré que le projet « affiche globalement de bons résultats ». Le tronçon Mora-Tchakamari (22 km) est achevé, l’entreprise procédant actuellement à la mise en place de la signalisation routière. L’avancement est bien plus limité sur les quatre autres tronçons.
Selon le ministère, l’examen des calendriers indique que les travaux de terrassement et la construction des ouvrages d’assainissement devraient débuter après la saison des pluies. Pourtant, ces contrats, signés au début de l’année pour un montant de près de 192 milliards de Fcfa, n’étaient réalisés qu’à hauteur de 1 % à 6 % au moment de l’évaluation. La note du ministère fait état de plusieurs contraintes, notamment des retards de paiement concernant la route Bogo-Pouss, des problèmes de libération des emprises sur l’axe Ngaoundéré-Garoua et un « environnement sécuritaire préoccupant » sur le tronçon Tchakamari-Waza-Kousseri. M. Nganou Djoumessi a également indiqué que « plusieurs mises en demeure » avaient été adressées aux entreprises travaillant sur le corridor Mora-Dabanga-Kousseri.
À l’issue de cette évaluation, le ministre a appelé à un suivi plus rigoureux des projets, au respect des délais et à l’application des clauses contractuelles. Les comptes rendus de la réunion indiquent par ailleurs que le MINTP a ordonné l’émission de mises en demeure à l’encontre des entreprises disposant de ressources insuffisantes sur site, ainsi que l’application de pénalités contractuelles en cas de retard.
Rémy Ngassana




