(BFI) – Le Gabon vient de franchir un cap historique. Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a inauguré le 17 septembre 2026 la première usine de production d’acier du pays, portée par l’entreprise Les Aciéries du Gabon, filiale du groupe Foberd (lié au groupe Fokou).
Implantée à Port-Gentil, cette unité industrielle s’inscrit dans la politique de transformation industrielle et de valorisation des ressources locales engagée par les autorités gabonaises. Le processus de production repose sur la récupération et le traitement des ferrailles et autres déchets métalliques, qui sont acheminés vers l’usine avant d’être fondus dans un four industriel à haute température. Après la fusion et les différentes étapes de transformation, le métal est converti en barres d’acier, qui sont ensuite refroidies et traitées avant leur mise sur le marché.
Le procédé n’est toutefois pas entièrement nouveau dans l’écosystème industriel de FOBERD. Les Aciéries du Gabon indiquent avoir été créées en 2013 et disposer d’une activité de recyclage des déchets ferreux et de fabrication de fer à béton. Leur documentation fait état d’une capacité de production de 70 000 tonnes annuelles de barres destinées à l’armature du béton et de 10 000 tonnes de tubes soudés sur leur implantation de Nkok. Le lancement effectué à Port-Gentil doit donc être lu comme l’ouverture d’une nouvelle étape industrielle du groupe dans la capitale économique, et non comme les premiers pas historiques des Aciéries du Gabon dans la sidérurgie.
Une chaîne de valeur à structurer autour de Port-Gentil
Au-delà des volumes d’acier produits, l’un des principaux enjeux concerne les activités susceptibles de se développer autour de l’usine. Collecte et tri des ferrailles, transport, stockage, maintenance industrielle, sous-traitance, distribution et commercialisation peuvent constituer autant de débouchés pour des PME et des travailleurs locaux. Le groupe FOBERD dispose déjà d’activités dans l’industrie, la logistique, les matériaux et le recyclage au Gabon.
L’impact économique réel de la nouvelle unité devra cependant être apprécié à partir de données encore absentes du communiqué présidentiel : capacité annuelle de production du site de Port-Gentil, montant total de l’investissement, nombre d’emplois directs et indirects, taux de main-d’œuvre gabonaise, besoins énergétiques ou encore proportion du marché national susceptible d’être couverte. Ces indicateurs permettront de mesurer la contribution effective du projet à la réduction des importations de produits sidérurgiques.
Le défi de la compétitivité de l’acier gabonais
La production locale ne suffira en effet à renforcer l’autonomie industrielle que si l’acier fabriqué au Gabon peut répondre durablement aux besoins des chantiers nationaux dans des conditions compétitives de prix, de qualité et de disponibilité. Les Aciéries du Gabon indiquent déjà fabriquer du fer à béton selon la norme gabonaise NGA ISO 6935-2 sur leur dispositif industriel existant.
À terme, l’ambition affichée est également de servir des marchés d’Afrique centrale. Avant cette étape, Port-Gentil devra démontrer sa capacité à alimenter régulièrement le marché gabonais tout en structurant une véritable filière locale de récupération des déchets métalliques. Car au-delà de la première coulée d’acier, c’est désormais le volume produit au Gabon, les importations effectivement substituées et les emplois créés pour les Gabonais qui permettront de mesurer la portée industrielle de cette nouvelle implantation.
Antoine Mboussi




