(BFI) – Lundi 5 octobre, la République démocratique du Congo a lancé le PC2G-RDC, une campagne nationale de cartographie géologique financée par le FOMIN. Cette initiative vise à mieux connaître le potentiel minier du pays tout en attirant à nouveau l’attention sur un fonds créé par Kinshasa il y a près de huit ans pour transformer la richesse minière en développement à long terme. Le programme offre également l’occasion d’évaluer les progrès réalisés par le FOMIN depuis sa création ainsi que les défis qui subsistent.
D’un démarrage laborieux à l’opérationnalité Le Code minier de 2018 a institué le FOMIN afin de constituer un patrimoine financier et matériel capable de soutenir les générations futures une fois les ressources minérales épuisées. Le fonds cherche à convertir une partie des revenus miniers (ressources non renouvelables) en richesse durable en finançant la recherche géologique via le Service géologique national (SGN-C), en investissant ses actifs pour générer des rendements et en soutenant le développement durable, la transformation locale des minerais et la diversification économique. Les redevances minières constituent sa principale source de financement, complétée par les revenus des investissements et les rendements des capitaux.
Toutefois, il a fallu plusieurs années aux autorités pour rendre le fonds opérationnel. Entre 2018 et 2021, le Cadastre minier (CAMI) a conservé les recettes collectées sur un compte de dépôt fiduciaire (compte séquestre) pendant que les autorités mettaient en place les organes de gouvernance du fonds.
Citant des responsables du FOMIN, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE-RDC) a rapporté que les autorités avaient collecté 68 millions de dollars au cours de cette période. Le rapport indiquait que 30 millions de dollars avaient été transférés au FOMIN, tandis que 38 millions restaient en attente. Cependant, l’ITIE-RDC a précisé que le fonds n’avait fourni aucun document justificatif permettant de vérifier ces chiffres ou les transferts.
Les autorités n’ont officiellement structuré l’institution qu’en décembre 2021, lors de la nomination de sa première équipe de direction. Par la suite, le fonds a mis en place des comptes bancaires, des procédures internes et des mécanismes de collecte des recettes. Une réforme intervenue en 2023 a restreint son mandat et renforcé les exigences en matière de transparence. La même année, les autorités ont ramené la part du FOMIN dans les redevances minières de 10 % à 8 %.
Selon une étude publiée fin 2025 par le Centre de recherche en finances publiques et développement local (CREFDL), le FOMIN a perçu 857 millions de dollars entre 2020 et 2025. Le fonds a alloué 441 millions de dollars à 11 projets et programmes, tandis qu’environ 415 millions de dollars sont restés inutilisés sur la période couverte par l’étude. Le CREFDL a précisé que ce chiffre reflète le niveau d’épargne disponible mais ne constitue pas un état certifié des actifs du fonds.
De la connaissance géologique aux investissements stratégiques
Le FOMIN a d’abord concrétisé son mandat en finançant des recherches géologiques. Le fonds soutient un programme confié à l’entreprise espagnole Xcalibur Multiphysics Group SL dans le cadre d’un contrat remontant initialement à 2017. Le FOMIN a commencé à financer le projet en 2022. En 2025, le directeur général du FOMIN de l’époque, Faustin Biringanine Mbashamulume, a indiqué que le projet représentait un engagement de 60 millions de dollars, dont le fonds avait décaissé 24 millions. Les travaux initiaux ont permis aux équipes de collecter et d’interpréter des images satellites avant de lancer des levés géophysiques. Le nouveau programme PC2G-RDC prolonge cette initiative. Cette campagne fait suite à la signature, en janvier de la même année, d’un second contrat avec Xcalibur d’une valeur de 297,87 millions de dollars.
Parallèlement, le FOMIN a commencé à déployer ses ressources en tant que véhicule d’investissement. En novembre 2024, le fonds a acquis une participation de 30 % dans DRC Gold Trading, aux côtés de l’État congolais (qui détient 55 %) et de la société minière publique Gécamines (qui en possède 15 %). Cette opération a fait suite au retrait du partenaire étranger de l’entreprise anciennement connue sous le nom de Primera Gold. Les autorités ont appliqué la même approche au projet ADEX RDC, approuvé par le gouvernement en mai 2026 avant la signature d’un accord formel entre le FOMIN et ADEX Platform AG. Les partenaires détiendront chacun 50 % de la future société, qui vise à moderniser le secteur national du diamant et à y créer de la valeur ajoutée.
Des zones d’ombre persistantes
Toutefois, le rôle opérationnel croissant du FOMIN n’a pas levé les inquiétudes quant à l’efficacité de ses investissements. Dans son rapport couvrant la période 2020-2025, le CREFDL a relevé que les documents budgétaires ne reflétaient pas l’intégralité des financements octroyés par le fonds. L’organisation a également mis en évidence un écart de plus de 431 millions de dollars entre les dépenses d’investissement déclarées à l’Assemblée nationale et celles comptabilisées dans les comptes publics officiels. Le CREFDL a par ailleurs remis en question la finalité de certaines dépenses ainsi que les conditions dans lesquelles les autorités les avaient approuvées.
De son côté, l’ONG congolaise Afrewatch a souligné que les règles et procédures d’investissement étaient restées insuffisamment formalisées jusqu’en 2025. L’organisation a également déploré le manque de transparence concernant les contrats financés, les prises de participation, les revenus d’intérêts, les dividendes perçus et les états financiers.
Ces lacunes mettent en lumière un défi plus vaste
Le FOMIN doit démontrer non seulement qu’il est capable de mobiliser les recettes minières, mais aussi qu’il peut transformer ces ressources en actifs productifs et préservés à long terme, s’il entend remplir son mandat de fonds d’épargne intergénérationnelle.
Afrewatch a appelé à la publication régulière des données sur les recettes et les dépenses, des états financiers et des rapports d’audit. Le CREFDL a également exhorté le Parlement à renforcer sa fonction de contrôle, notamment en évaluant l’impact des investissements du FOMIN sur les communautés locales.
Antoine Mboussi




