(BFI) – Le Cameroun prévoit de raccorder environ 150 MW de nouvelle demande industrielle afin de générer près de 4 milliards de FCFA de recettes mensuelles supplémentaires et d’assainir les finances du secteur de l’électricité. Le ministère de l’Eau et de l’Énergie (MINEE) a détaillé cet objectif le 6 octobre, lors d’une visite à la centrale hydroélectrique de Nachtigal effectuée par le ministre Gaston Eloundou Essomba et l’ambassadrice de l’Union européenne au Cameroun, Veronika Bošković Pohar. Des ambassadeurs d’États membres de l’UE, des partenaires au développement et des responsables de la société Nachtigal Hydro Power Company (NHPC) ont également pris part à l’événement.
Selon le MINEE, les infrastructures de transport et de distribution nécessaires pour raccorder cette demande supplémentaire sont en cours d’achèvement, notamment autour des principaux pôles de consommation industrielle de Douala. Le ministère estime que cette nouvelle charge générera près de 4 milliards de FCFA de recettes supplémentaires par mois, soit environ 48 milliards de FCFA par an, si le niveau de demande prévu se maintient.
Restructuration du secteur de l’électricité
Ces nouveaux raccordements interviennent alors que le gouvernement met en œuvre un plan de restructuration du secteur de l’électricité pour la période 2026-2028. Ce plan fait suite à la transformation d’Eneo en Société Camerounaise d’Électricité (SOCADEL), l’entreprise publique créée en mai dernier.
Le MINEE évalue la dette financière de SOCADEL à plus de 800 milliards de FCFA. Le 31 août, la société a signé un mandat de financement de 200 milliards de FCFA avec plusieurs banques locales. Les informations publiées lors de l’annonce de ce mandat indiquaient qu’une tranche de 50 milliards de FCFA était destinée à une facilité de crédit renouvelable pour couvrir les besoins de liquidités, tandis que 150 milliards de FCFA étaient affectés au refinancement à moyen terme des dettes bancaires et fournisseurs existantes.
Le secteur reste également confronté à un décalage entre les recettes encaissées et les obligations financières. Dans son évaluation au titre de l’article IV pour 2026, le Fonds monétaire international (FMI) a indiqué qu’Eneo encaissait environ 31 milliards de FCFA par mois, face à des obligations s’élevant à près de 44 milliards de FCFA.
La fraude à l’électricité constitue une autre source de pertes de recettes. Le MINEE estime ces pertes à plus de 60 milliards de Fcfa par an et indique que les premières opérations de contrôle ont généré environ 500 millions de Fcfa de recettes mensuelles supplémentaires. Un projet de décret portant création d’un comité permanent de lutte contre la fraude est actuellement à l’étude au cabinet du Premier ministre.
Mesures de réduction des coûts
Le gouvernement poursuit également des discussions avec Globeleq concernant ses participations dans la Kribi Power Development Company (KPDC) et la Dibamba Power Development Company (DPDC). Selon le MINEE, l’opération envisagée devrait permettre de réduire les coûts de facturation de l’électricité d’environ 3,5 milliards de Fcfa. Parallèlement, des mesures sont prises en coordination avec le ministère des Finances pour garantir le règlement de certaines factures de la NHPC et réapprovisionner la lettre de crédit du secteur. Le MINEE a indiqué qu’une provision substantielle devrait être inscrite au budget de l’État pour 2027 afin de soutenir ce mécanisme et d’éviter toute perturbation du processus de paiement.
La visite du site de Nachtigal a également mis en lumière la contribution de la centrale à l’approvisionnement en électricité du Cameroun. Dotée d’une puissance installée de 420 MW, la centrale hydroélectrique a produit plus de quatre térawattheures depuis la mise en service de ses premières unités de production en 2024, selon le MINEE.
Les chiffres officiels publiés en septembre situent la capacité totale de production installée du Cameroun à environ 2 280 MW à la fin de 2025, contre 1 516 MW en 2020. À elle seule, la centrale de Nachtigal représente environ 18 % du total actuel. L’ouvrage a nécessité un investissement d’environ 1,2 milliard d’euros (soit près de 800 milliards de francs CFA), financé à hauteur de 24 % par des fonds propres et de 76 % par de la dette contractée auprès d’institutions internationales de développement et de banques commerciales camerounaises.




