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Le Cameroun tente d’obtenir un prêt souverain de 40 millions d’euros pour la Sodecoton

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Le prêt initial de 40 millions d’euros s’inscrivait dans un plan de modernisation industrielle de la Société de développement du coton (Sodecoton), le fleuron agro-industriel du Nord-Cameroun. Sa trajectoire a été marquée par plusieurs rebondissements financiers et stratégiques.

En janvier 2023, l’accord prévoyait une enveloppe globale combinant deux guichets notamment un prêt non souverain de 30 millions d’euros accordé directement par l’AFD à la Sodecoton (sans garantie directe de l’État) et une subvention de 10 millions d’euros déléguée par l’Union européenne (UE). Ces fonds devaient servir à moderniser le tissu industriel en remettant à niveau plusieurs usines d’égrenage de coton et à construire une nouvelle usine d’égrenage moderne à Godola (périphérie de Maroua) pour soutenir l’objectif de transformer plus de 400 000 tonnes de coton par an.

Les motifs de l’annulation

En février 2026, l’AFD a officiellement annulé le prêt non souverain de 30 millions d’euros. Ce retrait a automatiquement entraîné la suspension de la subvention européenne de 10 millions d’euros, privant l’entreprise des 40 millions d’euros attendus. Deux raisons majeures ont motivé cette décision des bailleurs de fonds : la Sodecoton présentait d’importants arriérés vis-à-vis du fisc camerounais et une lourde dette envers la Confédération nationale des producteurs de coton, fragilisant sa trésorerie globale. En juillet 2025, la Sodecoton a approuvé le versement de 500 millions de FCFA de dividendes à ses actionnaires au titre de l’exercice 2024. Cette décision a été perçue négativement par l’AFD alors que l’entreprise sollicitait des appuis financiers externes d’urgence.

La requalification en prêt souverain

Pour contourner le blocage et éviter l’abandon définitif des chantiers de modernisation, le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, a proposé de reformuler l’intégralité du projet. Le prêt n’est plus demandé directement par la Sodecoton (prêt non souverain), mais sollicité directement par l’État du Cameroun (prêt souverain). En se portant garant en première ligne, l’État camerounais espère rassurer l’AFD et convaincre par la même occasion l’Union européenne de réintégrer sa subvention de 10 millions d’euros dans ce nouveau package global de 40 millions d’euros.

Impact financier pour le Trésor Public

L’État devient l’emprunteur principal ou le garant en premier ressort. Ces 40 millions d’euros s’ajoutent directement à l’encours de la dette souveraine du Cameroun. Si la Sodecoton traverse des difficultés financières ou opérationnelles, l’État devra honorer les échéances de remboursement auprès de l’AFD sur ses propres recettes budgétaires. Cet engagement réduit la marge de manœuvre de l’État pour contracter d’autres emprunts souverains destinés à des infrastructures non marchandes (routes, hôpitaux, écoles).

Malgré le risque d’endettement, l’opération présente un gain d’opportunité majeur grâce au déblocage des fonds de l’Union européenne. En acceptant d’endosser la dette, l’État sécurise à nouveau la subvention de 10 millions d’euros (6,5 milliards de FCFA) de l’Union européenne. Ces fonds sont non remboursables (fonds perdus), ce qui améliore le coût moyen pondéré du capital pour ce projet de modernisation.

Le septentrion dépend massivement de la filière coton. Financer la Sodecoton permet de soutenir l’activité de plus de 200 000 producteurs, garantissant ainsi le maintien de l’assiette fiscale régionale et évitant un coût social bien plus lourd pour les finances publiques à long terme.

Placide Onguéné

Rédaction
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