(BFI) – Le projet de réhabilitation du port fluvial de Garoua entre en phase décisive avec le lancement d’un atelier de relecture des instruments juridiques le 14 septembre 2026 à Garoua. Objectifs économiques : Redynamiser le commerce transfrontalier avec le Nigeria et intégrer le port dans un réseau multimodal pour désenclaver le Grand Nord.
Établi en 1935, le port fluvial de Garoua, situé dans la capitale du Nord Cameroun, permet le transport de marchandises sur la Benoue vers le Nigeria notamment. Il pourrait également être une plateforme de commerce pour les pays sans façade maritime de la région. Cependant, l’ancienneté des infrastructures empêche le développement du trafic. Un projet de réhabilitation a été lancé par le président Paul Biya en 2021, mais depuis le chantier peine à avancer.
Un atelier pour la relecture des instruments juridiques pour la réhabilitation du Port fluvial de Garoua a débuté le 14 septembre 2026 à Garoua. Présidé par l’Inspecteur Général Alim Garga au nom du Gouverneur de la région du Nord Jean Abate Edi’i, l’atelier a pour objectif de finaliser, avant signature prochaine par les partie prenantes : du projet de délibération du Conseil de communauté de la CUG ; du projet de convention de partenariat entre le PAD et la CUG en vue de la rénovation et la réhabilitation des installations et équipements du Port de Garoua et la gestion transitoire ; ainsi que le Cahier des charges relatif à l’exécution dudit projet.
Face au déclin prolongé du port (aujourd’hui quasiment à l’arrêt et dont les hangars sont sous-loués à des particuliers), le ministère de l’économie, du plan et de l’aménagement du territoire (Minepat) a mobilisé l’expertise nationale. Le Port Autonome de Douala, via sa régie déléguée, va apporter son savoir-faire technique éprouvé pour réaliser les lourds travaux de dragage indispensables sur la Bénoué. Les études associent de nombreux acteurs majeurs tels que le Conseil National des Chargeurs du Cameroun (CNCC), l’Autorité Portuaire Nationale (APN), la Sodecoton ou encore la Semry.
Les grands enjeux du projet
L’enveloppe globale initialement estimée pour ce grand chantier tourne autour de 16 milliards de FCFA. L’impact attendu est multidimensionnel. Autrefois plaque tournante commerciale, le port de Garoua permettra de restaurer une liaison fluviale directe et moins coûteuse avec le voisin nigérian, évitant les surcoûts liés au transport routier exclusif. L’objectif est de connecter efficacement le réseau fluvial de Garoua aux infrastructures de transport routier et ferroviaire existantes, reliant ainsi le Septentrion aux ports maritimes de Douala et de Kribi.
Au-delà du binôme Cameroun-Nigeria, l’infrastructure vise à fluidifier les opportunités d’affaires vers un marché sous-régional incluant également le Tchad et la République centrafricaine. Outre le port de Garoua, le projet intègre des études et travaux de navigabilité étendus aux lacs de Lagdo (Nord) et de Maga (Extrême-Nord).
Impact des filières stratégiques
La réhabilitation du port fluvial de Garoua est une révolution logistique majeure pour le Grand Nord du Cameroun. Elle cible directement la compétitivité et la survie commerciale des filières agricoles stratégiques, au premier rang desquelles le coton et les céréales.
Booster la compétitivité de la Sodecoton
Basée directement à Garoua, la Sodécoton est le poumon économique de la région. L’entreprise poursuit un objectif historique pour la campagne en cours en tablant sur une production de 440 000 tonnes de coton graine, dans le but d’atteindre à terme les 600 000 tonnes prévues par la stratégie nationale (SND30). La réouverture du port va agir à deux niveaux névralgiques :
- L’importation massive d’intrants (Engrais) : La filière coton camerounaise subit de plein fouet l’inflation mondiale, notamment sur l’urée et le potassium dont les prix s’envolent. Historiquement, les engrais arrivaient par bateaux entiers via le Nigeria pour être débarqués à Garoua avant d’être distribués au Cameroun, au Tchad et en RCA. Le transport fluvial via la Bénoué va faire drastiquement chuter les coûts logistiques des intrants, soulageant ainsi les caisses de la Sodecoton et le portefeuille des agriculteurs.
- L’exportation de l’huile de coton et des dérivés : Le port servira de passerelle d’évacuation directe vers le marché nigérian (et ses 200 millions de consommateurs) pour l’huile de table, les tourteaux et la fibre de coton.
La filière Céréales : Sécurité alimentaire et commerce régional
Le Septentrion camerounais (Nord et Extrême-Nord) produit de grandes quantités de céréales (maïs, mil, sorgho, ainsi que le riz produit par la SEMRY). Cependant, la logistique routière actuelle vers le Nigeria ou vers le Sud du Cameroun pèse lourdement sur les prix finaux.
- Fluidification des excédents : En période de bonne récolte, le port permettra d’écouler rapidement et à moindre coût les surplus céréaliers par voie d’eau vers les marchés frontaliers du Nigeria, générant des revenus stables pour les producteurs locaux.
- Amortisseur de crises alimentaires : Les zones cotonnières du Grand Nord étant parfois déficitaires en céréales à cause des aléas climatiques, le port permettra des flux inverses rapides. En cas de pénurie, l’infrastructure facilitera l’importation à bas prix de céréales de substitution en provenance des plaines agricoles nigérianes.
- Effet d’entraînement avec le lac de Maga : Le projet de navigabilité lié au lac de Maga (Extrême-Nord), zone rizicole par excellence, permettra de connecter la production de riz de la SEMRY aux circuits de transport du fleuve Bénoué.
Actuellement, le site est le théâtre de nombreux trafics et de contrebande. La mise en place d’un comité de gestion moderne vise à sécuriser les recettes douanières et fiscales. Transféré à la Communauté urbaine de Garoua, le port devenu fonctionnel générera des flux financiers locaux importants pour financer d’autres projets de développement urbain.
Placide Onguéné




