(BFI) – Deux nouvelles usines de savon de ménage sont prévues à Douala alors que les exportations camerounaises de savon atteignent des niveaux records, renforçant ainsi la capacité de production d’un secteur confronté à une contrainte majeure : une pénurie intérieure d’huile de palme estimée à environ 300 000 tonnes.
Le 1er octobre 2025, Abakal Mahamat, directeur général de la filiale camerounaise du groupe bancaire gabonais BGFI, a signé un accord de financement avec l’homme d’affaires camerounais Francis Nana Djomou pour la construction d’une savonnerie à Douala, dotée d’une capacité annuelle de 31 millions d’unités. Les détails du financement et du projet n’ont pas été divulgués. Un second projet de savonnerie a fait l’objet d’un accord d’investissement le lendemain. Jean-Marie Louis Badga, directeur général de l’Agence de promotion des petites et moyennes entreprises (APME), a signé cet accord avec Etienne Sapou Kana, directeur général de Sapou Industries Sarl.
Selon les informations communiquées lors de la cérémonie de signature, Sapou Industries prévoit d’investir 1,3 milliard de Fcfa dans une savonnerie à Douala, avec une capacité de production de 500 kilogrammes par heure. L’accord avec l’APME permet au projet de Sapou Industries de bénéficier d’exonérations fiscales et douanières prévues par une ordonnance publiée le 18 juillet 2025. Cette ordonnance présidentielle a actualisé le cadre camerounais d’incitation à l’investissement privé, remplaçant les dispositions d’une loi de 2013 qui avait déjà été révisée une première fois en 2017.
Un produit qui gagne du terrain sur les marchés d’exportation
Ces deux projets interviennent alors que le savon de ménage fabriqué au Cameroun figure désormais parmi les dix principaux produits d’exportation du pays, témoignant à la fois du dynamisme du secteur et de la présence croissante du produit sur les marchés étrangers. Selon le rapport 2025 sur la compétitivité de l’économie camerounaise, récemment publié par le Comité de compétitivité, le savon de ménage se classe au neuvième rang des principales exportations du Cameroun, devançant le caoutchouc brut.
Les données compilées par l’Institut national de la statistique (INS) offrent une vision plus précise des ventes du secteur à l’étranger pour cette année-là. Le Cameroun a exporté 74 208 tonnes de savon en 2025, contre 56 624 tonnes en 2024. Cela représente une hausse de 17 584 tonnes, soit 31,1 %. Les recettes d’exportation ont progressé encore plus rapidement : la valeur des exportations de savon a augmenté de 54,4 %, passant de 34,3 milliards de Fcfa en 2024 à 52,9 milliards en 2025.
Pénurie de matières premières
Les données les plus récentes concernant les destinations des exportations camerounaises de savon remontent à 2023. Cette année-là, selon l’INS, le Cameroun a expédié pour 27 milliards de Fcfa de savon vers le Nigeria, sur un total d’exportations vers ce marché évalué à 39,5 milliards de Fcfa. Le savon représentait donc 68 % des exportations du Cameroun vers le Nigeria. Si l’on compare ce chiffre aux 51,57 milliards de Fcfa de savon exportés par le Cameroun dans le monde en 2023, les 27 milliards expédiés vers le Nigeria représentaient environ 52 % des recettes totales d’exportation de ce produit pour l’année. Les informations disponibles ne permettent pas de déterminer si cette proportion est restée identique en 2025.
Malgré ces bonnes performances à l’exportation, l’industrie camerounaise du savon est confrontée à un défi majeur, susceptible d’être accentué par l’arrivée prévue de nouveaux producteurs : la pénurie d’huile de palme brute, une matière première essentielle pour le secteur. Fin 2025, Tarek Daoud, directeur général du producteur d’huile de palme Opalm, estimait le déficit national en huile de palme à environ 300 000 tonnes.
De son côté, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Gabriel Mbairobe, évaluait la capacité installée de raffinage d’oléagineux du Cameroun à 1,2 million de tonnes. En raison de l’insuffisance des matières premières disponibles, ces unités de transformation fonctionnent généralement à seulement 40 % ou 50 % de leur capacité. Ce niveau de production dépend en partie des importations d’huile de palme autorisées chaque année par le gouvernement pour atténuer les contraintes d’approvisionnement auxquelles sont confrontées les usines, la production nationale restant insuffisante.
Omer Kamga




