AccueilFinanceConjonctureLe Cameroun ouvre un nouvel audit de sa dette flottante sur 2020-2025

Le Cameroun ouvre un nouvel audit de sa dette flottante sur 2020-2025

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La terminologie employée par le ministère est stricte. La dette flottante désigne les créances non structurées, dont le montant ne peut être arrêté qu’après recensement, examen des pièces justificatives et validation par un auditeur. Louis Paul Motazé justifie l’initiative par la volonté de « résorber la spirale d’endettement qui constitue un risque majeur mettant constamment à mal la stabilité des finances publiques ». Les responsables destinataires de la circulaire sont par ailleurs sommés d’endiguer la formation de nouveaux arriérés au sein de leurs administrations.

L’exercice de 2020, qui portait sur les créances accumulées entre le 1er janvier 2000 et le 31 décembre 2019, a livré ses résultats définitifs en plusieurs temps. Dans un communiqué du 16 août 2024, le ministère des Finances arrêtait un premier montant validé de 671,7 milliards de FCFA, agrégeant dettes salariales, fiscalo-douanières, commerciales, académiques, sociales, locatives et diverses indemnisations. Ce chiffre a ensuite été révisé à la hausse. Le bilan présenté le 29 mai 2026 fait désormais état d’un stock audité et validé de 752,1 milliards de FCFA au titre de la période 2000-2019.

L’écart de 80,4 milliards, proche de 12 %, ne relève pas du nouvel audit lancé cet été. Il traduit l’affinement de composantes non encore stabilisées en 2024, notamment la dette fiscalo-douanière et la dette académique. Cette révision confirme la difficulté récurrente pour l’État camerounais à cerner d’emblée le périmètre exact de ses engagements non structurés, dans un environnement où la traçabilité des créances demeure inégale d’une administration à l’autre.

L’apurement du stock validé a démarré en janvier 2024. Selon les données présentées par Louis Paul Motazé fin mai 2026, 463,3 milliards de FCFA avaient été effectivement décaissés, soit 61,6 % de l’enveloppe retenue. Les paiements se sont répartis presque à parts égales entre 2024 et 2025, avec respectivement 232,9 milliards et 230,4 milliards de FCFA. Pour la seule année 2024, la dette salariale a mobilisé 182,9 milliards de FCFA et la dette fiscalo-douanière 50 milliards.

L’exercice 2025 s’est appuyé sur une enveloppe budgétaire spéciale de 110 milliards de FCFA dédiée aux dettes autres que salariales. À fin mai 2026, 86,2 milliards avaient été effectivement mobilisés : 54,2 milliards au titre du fiscalo-douanier, 20,2 milliards pour le commercial, 6,5 milliards pour l’académique et 5,3 milliards pour les créances sociales et locatives. La soustraction est mécanique : entre le stock validé de 752,1 milliards et les 463,3 milliards décaissés, il subsiste un reliquat arithmétique de 288,8 milliards de FCFA. Le ministère précise que la poursuite des règlements dépendra des disponibilités de trésorerie.

Le premier recensement avait révélé un volume considérable de dossiers à instruire. Sur les 38 015 créances déclarées, 32 359 restaient soumises à confirmation en 2022, tandis que 5 656 avaient été écartées par l’auditeur. Les motifs de rejet couvrent un large éventail : créances déjà réglées, doublons, paiements partiels, dossiers traités ailleurs, mêmes créances présentées sous plusieurs numéros de titres, ou demandes hors période. Ces exclusions ne préjugent pas systématiquement d’une fraude, mais Louis Paul Motazé avait signalé des cas avérés de falsification et mis en garde contre l’usage de documents frauduleux pour soutirer des paiements publics.

Le nouvel audit devra déterminer le volume exact des arriérés générés entre 2020 et 2025, période marquée par les tensions budgétaires liées à la pandémie de Covid-19 et par la hausse des dépenses sécuritaires. Aucune estimation officielle n’a encore été publiée pour ce périmètre. Les 288,8 milliards résiduels concernent strictement l’ancien stock et ne préfigurent pas le montant à venir. Pour Yaoundé, l’enjeu dépasse la simple discipline comptable : la maîtrise de la dette flottante conditionne la crédibilité du cadre budgétaire dans les négociations avec les bailleurs multilatéraux.

Rédaction
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