« L’Afrique de l’Ouest et du Centre sont une priorité pour la croissance de nos activités » Manuel Moses, Directeur Général de ACA

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Manuel Moses
Manuel Moses, Directeur Général de l’Agence pour l’Assurance du Commerce en Afrique

(BFI) – En 2021, l’Agence pour l’Assurance du Commerce en Afrique (ACA), ou African Trade Insurance Agency (ATI), fêtera son 20ème anniversaire. L’ACA a également lancé un processus de changement de marque. Ce processus lui permettra de mettre en phase son image de marque et sa stratégie commerciale, de rénover son identité de marque et de renforcer aussi bien sa réputation, sa présence, que sa visibilité sur le marché.

En deux décennies, cet assureur multilatéral a su s’imposer comme un acteur incontournable dans la région. En poste depuis le 1er décembre 2020, son nouveau directeur général, Manuel Moses, présente l’institution ainsi que sa vision et les initiatives qu’il entend développer pendant son mandat.

Quelle est l’origine de l’institution que vous dirigez depuis le 1er décembre 2020 ?

En 2000, un groupe de pays de l’Afrique de l’Est, sous la direction du Marché Commun de l’Afrique Orientale et Australe (COMESA), a mené une étude financée par la Banque Mondiale afin d’examiner pourquoi la région n’attirait pas assez d’investissements directs étrangers. Les résultats ont démontré que les investisseurs se souciaient principalement des risques politiques ou d’investissement.

A la suite de cette étude, l’Agence pour l’Assurance du Commerce en Afrique (ACA) a été créée en 2001 en vue de proposer des solutions d’atténuation des risques aux investisseurs. L’ACA a été lancée à l’origine avec le soutien technique et financier du Groupe de la Banque Mondiale et a bénéficié plus récemment du soutien d’autres institutions, notamment de la Banque Africaine de Développement (BAD) et de la Banque Européenne d’Investissement (BEI).

Que propose l’ACA actuellement ?

Nous sommes une institution multilatérale panafricaine qui propose des solutions d’atténuation des risques pour le commerce et les investissements en Afrique, aussi bien en Afrique que sur le continent et le reste du monde.  En atténuant les risques et en sécurisant les transactions, les entreprises peuvent ainsi mener à bien leurs projets de façon sereine. Nous sommes donc avant tout un facilitateur. La valeur des transactions et projets couverts depuis la création de l’ACA s’élève à plus de 62 milliards d’USD.

L’ACA est à même de jouer ce rôle car étant l’une des institutions financières les plus solides d’Afrique en termes de notation : A/stable, selon Standard & Poor’s, et A3/stable, selon Moody’s. Depuis 2008, nous sommes reconnus comme l’assureur le mieux noté en Afrique. Notre crédibilité a su attirer une gamme de clientèle variée, constituée notamment de banques de premier rang, d’investisseurs internationaux, de fournisseurs de biens d’équipement et partenaires de projets d’infrastructures.

Qui sont les actionnaires ?

L’ACA est un exemple original de partenariat public-privé avec une dimension internationale. En effet, nous comptons actuellement 29 actionnaires dont 18 États africains ainsi que des organisations multilatérales. Ceux-ci comprennent : African Reinsurance Corporation (Africa-Re), Banque Africaine de Développement (BAD), COMESA, Trade & Development Bank (TDB) et The PTA Reinsurance Company (Zep-Re), des agences publiques de crédit à l’exportation (SACE SIMEST, UK Export Finance), Ministère des Finances de l’Inde (représenté par ECGC) et des partenaires privés (Atradius Group, Chubb), Kenya Reinsurance Corporation (Kenya-Re).

En définitive, nous sommes bien placés pour servir d’intermédiaires entre le secteur public et le secteur privé. Je suis convaincu que le modèle original de l’ACA est une réponse aux besoins des économies africaines.

Vous avez conclu des partenariats stratégiques avec des institutions de renom international. De quoi s’agit-il ?

Nous nous appuyons sur un réseau mondial de partenaires solides qui s’engagent à soutenir le développement de l’Afrique.  L’ACA collabore avec diverses institutions multilatérales et de développement pour soutenir les pays africains aux fins de financer leurs contributions d’adhésion, à savoir la BAD, la Banque Européenne d’Investissement (BEI), la KfW et la Banque Mondiale.

La BEI et la BAD devraient accorder à six pays africains (cinq nouveaux pays et un membre existant) un soutien financier d’un montant de 91 Millions d’USD au cours de la prochaine année.  Trois nouvelles demandes d’adhésion, dont une émanant d’un pays non africain noté AAA, d’une valeur de 47 Millions d’USD, ont été́ reçues par l’ACA courant premier semestre de 2020.

Les accords conclus avec les partenaires nous permettent également de diversifier notre gamme de produits et de services, notamment en matière d’énergies propres.

Quelle est votre vision et quels sont vos projets ?

J’ai pris les rênes de l’institution à un moment très critique aussi bien pour l’institution que pour la région, au milieu d’une pandémie mondiale qui bat son plein et qui a affecté négativement de nombreuses économies. L’ACA est bien placée pour soutenir l’importation des biens de première nécessité (aliments, produits pharmaceutiques, matériels de santé, etc.) pendant cette période difficile. Alors que nous abordons l’environnement post-COVID, l’ACA ne ménagera aucun effort à aider ses pays membres à attirer les investissements indispensables au retour des tendances économiques positives qui ont été fortement affectées par la pandémie.

En dépit de la crise, les flux commerciaux se sont maintenus en Afrique en 2020. Je pense qu’il y a encore des marges de progression très importantes. Le commerce intra-africain ne représente que 16 % contre 50 % des échanges commerciaux dans d’autres régions. La mise en œuvre de l’AfCFTA (African Continental Free Trade Area) devrait contribuer au développement des échanges.

Par ailleurs, l’Afrique est confrontée à un important déficit infrastructurel et le secteur privé devra jouer un rôle très décisif pour y remédier. En définitive, des grandes opportunités se présenteront pour notre institution d’autant plus que la région est engagée dans une double transition numérique et environnementale, que nous sommes prêts et capables de soutenir.

De quelle façon ?

La transition numérique de l’Afrique repose en particulier sur la construction d’infrastructures permettant un accès à l’internet. Nous appuyons des projets du genre. Par ailleurs, notre stratégie de couverture des risques intègre les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Nous croyons  que la croissance future de l’Afrique sera « verte » et nous nous appuyons sur nos partenaires, notamment en matière d’énergies propres, avec une exposition actuelle de 214 Millions d’USD.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?

En 2017, conjointement avec la KfW, nous avons lancé la Facilité Régionale de Soutien aux Liquidités (RLSF) d’une valeur globale de 65 Millions d’euros (y compris le financement de l’assistance technique fourni à l’ACA pour sa mise en œuvre). Cette facilité a été créée pour appuyer en numéraires les petits et moyens projets d’énergie renouvelable contre le risque de défaut de paiement des Sociétés nationales d’électricité. En 2020,  deux transactions ont été conclues dans le cadre de cette facilité ; il s’agit du soutien de la construction d’une centrale solaire de Mubuga au Burundi, d’une capacité de 7,5 MW et la première phase de la construction d’une centrale solaire de Nkhotakota au Malawi, d’une capacité de 37 MW.

Nous pouvons aussi citer en exemple, la mise en place, en 2018, conjointement avec la BEI et Munich Re, de l’Africa Energy Guarantee Facility (AEGF) pour fournir une capacité́ d’assurance supplémentaire de 1,4 milliard d’USD d’investissements dans l’énergie propre en Afrique.

Quel est votre parcours personnel ?

Je suis titulaire d’un MBA en finance, obtenu à l’université de Leicester au Royaume-Uni, et d’une licence en génie civil de l’université du Zimbabwe. Je suis également membre associé du Chartered Institute of Management Accountants (ACMA) du Royaume-Uni.

J’ai à mon actif une expérience de plus de 25 ans dans les domaines de la finance, de la banque, de l’assurance et de l’investissement. Avant de rejoindre l’ACA, j’ai travaillé pendant 16 ans à la Société Financière Internationale (SFI), membre du groupe de la Banque mondiale.  J’ai été notamment responsable des activités en Afrique de l’Est avec une grande équipe sous ma tutelle. J’ai également occupé des postes de direction à la Trade & Development Bank (TDB), à la Banque Commerciale du Zimbabwe et à la Banque de Développement du Zimbabwe.

Je souhaite mettre mon expérience au service de l’ACA afin de contribuer à la croissance du commerce et des échanges en Afrique et, par ricochet, au développement économique et social de la région. L’ACA a un grand potentiel de développement que je souhaite concrétiser.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Nous souhaitons accroître notre adhésion au cours des mois à venir, avec le soutien des partenaires tels que la BEI et la BAD afin de renforcer l’institution et lui donner une base plus solide. Nous entendons renforcer le caractère panafricain de l’ACA.

En termes d’activité, nous souhaitons être davantage présents en Afrique de l’Ouest et du Centre car nous considérons que ces régions ont un grand potentiel de développement. Nous pensons que notre offre est parfaitement en phase avec les attentes des États et des acteurs privés, africains et internationaux.

Hormis son siège à Nairobi, l’ACA dispose actuellement des bureaux à Abidjan, Cotonou, Dar es Salaam, Kampala et Lusaka. Nous envisageons ouvrir bientôt de nouveaux bureaux à l’avenir en fonction du degré de progression de notre activité.

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