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La ZLECAf est taillée pour les marchandises, mais pas encore pour les travailleurs

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(BFI) – La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) multiplie les signaux d’avancement. Le jeudi 30 juillet, le Nigeria organisait une audition parlementaire sur un projet de loi pour appliquer l’accord sur son territoire. Quelques jours plus tôt, le secrétaire de la ZLECAf et la fondation ADI spécialisée dans les infrastructures blockchain, signaient à New York un partenariat pour bâtir une infrastructure numérique continentale. 

Mais derrière ces signaux d’accélération, un angle mort persiste. Le protocole de l’Union africaine sur la libre circulation des personnes a été adopté en 2018. En janvier 2025, le think tank The South Centre relevait que 48 États sur 54 signataires avaient ratifié l’accord. Mais tous ces protocoles ne suivent pas le même rythme. Celui sur la mobilité des personnes n’a recueilli que 4 ratifications sur 55, selon un rapport de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) de mars 2023. L’accord construit un marché pour les biens. Il n’en bâtit pas encore pour les compétences. 

Face à cette paralysie institutionnelle, plusieurs pays ont choisi d’agir seuls. Le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a supprimé les visas pour tous les ressortissants africains. Il en a fait l’annonce le mercredi 15 juillet lors du premier Forum africain de l’eau à N’Djamena. La mesure entrera en vigueur le 1er janvier 2027. Le Tchad rejoint ainsi 7 autres États déjà engagés dans cette démarche. 

Parmi eux, le Rwanda, le Bénin, le Ghana et le Togo. Le Congo-Brazzaville s’est engagé à la même échéance. Ces décisions souveraines fluidifient la circulation des personnes, sans toutefois créer les conditions d’une mobilité professionnelle protégée. Un travailleur peut franchir la frontière, mais il ne peut pas toujours exercer son métier à l’étranger dans un cadre juridique sécurisé. 

Diplômes non reconnus, protection sociale absente

Deux obstacles expliquent cette impasse. Le premier est celui de la reconnaissance mutuelle des qualifications. L’Union africaine a lancé le Cadre continental africain des certifications (ACQF) en 2019 pour harmoniser les diplômes entre États. Mais il ne peut fonctionner que si chaque pays dispose d’un cadre national de certifications. Or, la majorité des États africains n’en disposent pas encore, selon les données de l’ACQF publiées en 2024.

Le second est l’absence de protection sociale transfrontalière. À l’échelle régionale, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) reste le modèle le plus avancé. Elle garantit la libre circulation dans un espace de 400 millions d’habitants, selon la Commission de la CEDEAO. La Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) a harmonisé ses permis de travail. Elle développe aussi un programme d’échange de travailleurs prévu à l’article 10 de son protocole sur le marché commun. Mais la coordination des prestations de sécurité sociale entre pays reste inachevée, selon le secrétariat de l’EAC. 

Le coût de cette paralysie est mesurable. La Fondation Mo Ibrahim l’a chiffré dans un rapport « L’Afrique en mouvement : accélérer la mobilité et la connectivité » publié en mai. La pleine mise en œuvre de la ZLECAf pourrait créer 14 millions d’emplois d’ici 2035. Ce potentiel reste toutefois conditionné à une mobilité qualifiée et protégée. Selon l’Organisation internationale du Travail (OIT), le secteur informel concentre plus de 80 % des emplois en Afrique subsaharienne. Une libre circulation sans reconnaissance des qualifications n’élargit pas le marché du travail. Elle en étend plutôt la précarité. 

Rédaction
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