(BFI) – Les pays du bassin du Congo ont adopté une feuille de route régionale visant à développer l’agroécologie afin d’augmenter leur production alimentaire tout en protégeant les forêts et la biodiversité. La Déclaration de Yaoundé 2026, adoptée lors de la deuxième Conférence du bassin du Congo, qui s’est tenue au Cameroun du 25 au 27 août, appelle les gouvernements à consacrer au moins 30 % des budgets alloués aux systèmes alimentaires à des approches agroécologiques.
Cette réunion de trois jours a rassemblé 187 délégués de 20 pays et s’est conclue par une déclaration en 24 points et une feuille de route régionale. La conférence, ouverte sous la présidence du ministre camerounais de l’Agriculture et du Développement rural, Gabriel Mbairobe, avait pour thème : « L’agroécologie au service de l’inclusion, des systèmes alimentaires durables, de la biodiversité et de la justice climatique dans le bassin du Congo ». Parmi les participants figuraient des représentants des six pays du bassin du Congo — le Cameroun, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine, la République du Congo et la République démocratique du Congo — ainsi que des délégués d’autres pays de la région et des environs.
Aux termes de la déclaration, les gouvernements et la Commission de l’Union africaine sont invités à intégrer l’agroécologie dans les plans d’investissement agricole nationaux et régionaux. Les participants ont également demandé qu’au moins 20 % des financements relatifs au climat et à la biodiversité soient alloués directement aux organisations d’agriculteurs, aux femmes, aux jeunes, aux peuples autochtones et aux communautés locales. Les autres priorités comprennent le renforcement des droits fonciers coutumiers et communautaires, la protection des systèmes semenciers gérés par les agriculteurs et la mise en place d’un mécanisme de financement régional pour l’agroécologie.
La sécurité alimentaire renforce les enjeux de production
Pour le Cameroun, ces discussions interviennent alors que l’agriculture demeure un secteur économique et un pourvoyeur d’emplois majeur. Selon les données de la Banque mondiale, l’agriculture, la sylviculture et la pêche représentaient 16,8 % du PIB du pays en 2025, tandis que l’agriculture employait 41,9 % de la population active.
Lors de l’ouverture de la réunion, M. Mbairobe a souligné le défi que représente la production alimentaire accrue pour une population croissante, alors que les systèmes agricoles sont confrontés à des contraintes environnementales et financières de plus en plus fortes. Il a appelé les gouvernements, les organisations de la société civile, les producteurs et les partenaires techniques et financiers à collaborer à la transition vers des systèmes alimentaires plus durables.
Ce défi de production est déjà visible au Cameroun. Une note de pays de la FAO d’avril 2026, citant l’analyse du Cadre harmonisé d’octobre 2025, prévoyait que plus de 2,8 millions de personnes, soit environ 10 % de la population analysée, seraient confrontées à une insécurité alimentaire aiguë grave entre juin et août 2026. Environ 250 000 personnes devraient se trouver dans la catégorie « Urgence ». Les conflits, l’instabilité sociopolitique, les inondations, la flambée des prix alimentaires et l’augmentation des coûts des intrants agricoles continuent de peser sur la production et l’accès à l’alimentation.
Parallèlement, les forêts demeurent une composante importante du capital naturel du Cameroun. Selon les données de la Banque mondiale, la couverture forestière représentait 42,7 % de la superficie du pays en 2023. Les comptes des écosystèmes forestiers du bassin du Congo publiés par la Banque mondiale montrent également que l’état des forêts et la biodiversité, bien que toujours relativement bons dans une grande partie du bassin, se sont détériorés dans certains écosystèmes, notamment au Cameroun.
L’agroécologie a été présentée lors de la réunion de Yaoundé comme un moyen de concilier une production agricole accrue et la protection des forêts et de la biodiversité. Les ateliers ont porté sur la résilience écologique et les systèmes alimentaires durables, l’inclusion sociale et les droits fonciers, ainsi que sur la mobilisation des ressources, l’influence sur les politiques et la coopération régionale.
Coordination régionale et financement
L’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA), qui a contribué à l’organisation de la réunion, a été chargée de soutenir la mobilisation des ressources pour l’Initiative sur la biodiversité, le climat et l’agroécologie du bassin du Congo et d’héberger son unité de coordination régionale. Les six pays du bassin du Congo devraient également établir ou renforcer leurs plateformes nationales d’agroécologie afin de coordonner la mise en œuvre au niveau national.
Cette initiative intervient alors que le Cameroun étend ses programmes ciblant son système alimentaire. Le 25 mars 2026, le gouvernement et ses partenaires des Nations Unies ont lancé CONVERGEFOOD, un programme conçu pour renforcer les chaînes de valeur agricoles, améliorer l’accès au financement et connecter les petits exploitants agricoles et les entreprises agroalimentaires aux marchés.
Antoine Mboussi




