(BFI) – L’embellie n’aura été que de courte durée. Quelques mois après cette séquence exceptionnelle marquée par des prix records, le marché du cacao au Cameroun s’est retourné avec une brutalité qui surprend jusque dans les bassins de production.
Au 16 mars 2026, selon les données de l’Office nationale du cacao et du café (ONCC), le cacao camerounais s’exporte à 1 760 Fcfa FOB. Dans le même temps, les producteurs perçoivent entre 1100 et 1200 Fcfa/kg au prix bord champ, tandis que sur le terrain, les transactions s’établissent désormais dans une fourchette de 800 Fcfa à 1200 Fcfa /kg. Un décrochage marqué en nette rupture avec les niveaux observés en 2024, où certains planteurs cédaient leurs fèves à plus de 5000 Fcfa/kg.
Le contraste est beaucoup plus saisissant que la campagne 2024-2025 s’inscrivait encore dans une dynamique favorable. Selon les autorités camerounaises, les prix bord champ avaient évolué entre 3200 Fcfa et 5400 Fcfa/kg, générant près de 1200 milliards de Fcfa de revenus pour les planteurs. Dans le même temps, la production commercialisée avait franchi le seuil de 300 000 tonnes pour atteindre 309 000 tonnes, tandis que la transformation locale progressait de près de 28%, d’après les statistiques officielles.
Une crise qui s’installe dans un relatif silence
Malgré l’ampleur du retournement, la question de la chute des prix reste pour l’instant en arrière-plan. Aucune mesure spécifique n’a été annoncé ni par le ministère du Commerce, ni par le fonds de développement de la filière cacao et café (Fodecc), ni par l’ONCC pour contenir la dégradation rapide des revenus.
Sur le terrain, les effets sont tangibles. De nombreux producteurs suspendent leurs ventes dans l’espoir d’un éventuel rebond, entrainant une accumulation inhabituelle des stocks. Au 4 mars 2026, l’Union nationale des sociétés coopératives des producteurs de cacao évoquait plus de 100 000 tonnes entreposées, soit environ un tiers du volume habituellement écoulé. Cette situation fragilise davantage les exploitations souvent endettées. Des témoignages recueillis font état des situations de détresse extrême, certains producteurs ne parvenant plus à faire face à la pression de leurs créanciers. Selon Alphonse Djam Djam, vice-président de l’Unaprocam, au moins deux producteurs se seraient donnés la mort dans ce contexte.
Le Cameroun reste portant un acteur majeur du marché mondial, classé parmi les principaux producteurs africains. Mais à l’image de ses voisins, il demeurant largement dépendant des dynamiques qu’il ne maitrise pas.
Un retour dicté par les déséquilibre du marché mondial
La chute des prix observée au Cameroun s’inscrit dans une dynamique globale. Les négociants évoquent une offre mondiale devenue abondante, conjuguée à une demande moins dynamique.
Au plus fort de la flambée des coûts, plusieurs industriels de chocolat ont ajusté leur recette afin de réduire leur exposition au cacao, en intégrant des matières grasses de substitution. Parallèlement, les stocks se sont accumulés. Des opérateurs de marché estiment désormais l’excédent mondial autour de 365 000 tonnes pour la campagne 2025-2026. La situation est particulièrement visible en Afrique de l’Ouest. Selon Reuters, la chute des cours mondiaux, estimée à plus de 70% depuis décembre 2025, a provoqué un blocage du marché, après que le prix garanti ivoirien a été fixé au-dessus des niveaux internationaux. Les négociants ont alors suspendu leurs achats, entrainant une accumulation massive des stocks.
Des informations rapportées par CNBC Africa décrivent des sacs invendus entassés en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial. BBC évoque jusqu’à 200 000 tonnes susceptibles de rester sans acheteurs à court terme. Dans ce contexte, le prix bord champ a été fortement ajusté, autour de 1200 Fcfa/kg pour la campagne intermédiaire 2025-2026, contre 2800 Fcfa quelques mois plutôt.
Contrairement au Cameroun où les initiatives de relèvement ou de soutien restent attendues, certains pays ont déjà engagé des réponses, parfois couteuses, pour amortir le choc. Le gouvernement ivoirien a racheté plus de 100 000 tonnes de fèves afin de soutenir les revenus des producteurs, pour un coût estimé à plusieurs centaines de millions de dollars, selon Reuters. Les autorités envisagent désormais une réforme structurelle du système, avec l’objectif de vendre directement une partie de la production aux industriels afin de réduire la dépendance vis-à-vis des grandes maisons de négoce. Des sources gouvernementales citées par Reuters indiquent que le pays souhaite rendre son dispositif plus réactif face à la volatilité des cours.
Omer Kamga



