(BFI) – Le Gabon vient de franchir une nouvelle étape dans sa stratégie d’ancrage industriel. Le groupe marocain Ciments de l’Afrique (CIMAF) renforce son implantation au Gabon avec une enveloppe d’investissement de 26 milliards de FCFA, annoncée à l’issue d’une audience présidentielle tenue le mercredi 20 mai au Palais Rénovation, à Libreville. La délégation du cimentier, conduite par son président-directeur général Anas Sefrioui, a été reçue par le chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema. L’opération vient prolonger une présence déjà ancienne du groupe dans le pays et s’inscrit dans la stratégie de réindustrialisation portée par les autorités de transition.
Filiale du conglomérat marocain Addoha fondé par Anas Sefrioui, CIMAF est présent au Gabon depuis plusieurs années via une cimenterie qui alimente le marché local en liants hydrauliques. La nouvelle tranche d’investissement, chiffrée à 26 milliards de FCFA, doit permettre d’élargir les capacités productives du site et de répondre à une demande tirée par les grands chantiers d’infrastructures. Le secteur cimentier gabonais reste structurellement dépendant de quelques opérateurs intégrés, dans un marché où la consommation par habitant demeure inférieure à celle observée au Maroc ou en Côte d’Ivoire.
Pour Libreville, capter ce type d’enveloppe relève d’un double enjeu. Il s’agit d’abord de sécuriser un approvisionnement local en matériaux de construction, alors que les projets routiers, portuaires et énergétiques se multiplient. Il s’agit ensuite de consolider une base manufacturière encore étroite, longtemps cantonnée à l’aval pétrolier et à la première transformation du bois. L’arrivée d’un acteur disposant d’un réseau panafricain pèse également sur les coûts logistiques, dans une sous-région où le ciment importé reste pénalisé par des ruptures de chaîne et un fret coûteux.
La diplomatie économique marocaine en Afrique centrale
L’audience accordée à Anas Sefrioui s’inscrit dans une séquence diplomatique plus large entre Rabat et Libreville. Depuis son retour au sein de l’Union africaine en 2017, le Royaume chérifien a multiplié les implantations industrielles et bancaires au sud du Sahara, en s’appuyant sur ses champions nationaux des matériaux, des télécoms et de la finance. CIMAF, créé en 2010, revendique une présence dans une quinzaine de pays africains et incarne cette projection capitalistique soutenue par la diplomatie économique de Rabat.
Le Gabon, de son côté, cherche à diversifier ses partenariats hors de ses ancrages traditionnels européens et asiatiques. Le gouvernement issu de la transition affiche une volonté de renégocier les contrats miniers et forestiers, tout en attirant des opérateurs jugés susceptibles d’apporter du contenu local. Le choix d’un groupe marocain plutôt que d’un majorant européen ou chinois illustre cette recomposition silencieuse des cercles d’investisseurs autour de Libreville.
Un signal pour le climat des affaires gabonais
Au-delà du montant annoncé, la rencontre vaut signal politique. En recevant personnellement le PDG de CIMAF, Brice Clotaire Oligui Nguema entend rassurer les investisseurs sur la continuité des engagements pris par l’État et sur la sécurisation des actifs étrangers. Cet exercice de réassurance est d’autant plus important que la transition gabonaise, ouverte après le changement institutionnel d’août 2023, demeure scrutée par les agences de notation et les bailleurs multilatéraux.
L’impact attendu de l’investissement dépendra de la capacité du cimentier à mobiliser un tissu de sous-traitants locaux et à former une main-d’œuvre qualifiée. Les autorités misent sur des retombées en matière d’emplois directs et indirects, notamment dans la maintenance industrielle, la logistique et les services aux entreprises. Reste à observer le calendrier de décaissement et les conditions opérationnelles, encore non précisées publiquement, qui détermineront la traduction concrète de l’engagement annoncé.
Concrètement, cette opération conforte le positionnement du Maroc comme premier investisseur africain au sud du Sahara dans plusieurs filières stratégiques. Elle place également CIMAF en position de consolider son leadership régional face à des concurrents nigérians et européens, dans un marché du ciment ouest et centrafricain estimé à plusieurs dizaines de millions de tonnes par an.
Antoine Mboussi




