(BFI) – Dans le cadre de sa restructuration financière, Chanas Assurances prévoit de porter son capital social de 6,05 à 13,27 milliards de FCFA (soit une hausse de 119,35 %). Cette opération s’inscrit dans un contexte de renforcement des exigences prudentielles de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances. Pour maintenir sa participation historique de 45,26 % en tant qu’actionnaire de référence, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) devra injecter environ 1,5 milliard de FCFA
Dans un deuxième avis aux actionnaires diffusé en octobre 2026, la présidente du conseil d’administration de Chanas Assurances, Claudine Manga, rappelle les résolutions adoptées lors de l’assemblée générale extraordinaire du 14 avril et invite les actionnaires à exercer leur droit préférentiel de souscription. Le document ne communique ni le montant déjà mobilisé, ni les paiements effectués, ni l’identité d’éventuels nouveaux investisseurs. Cette nouvelle sollicitation intervient après l’échéance initialement prévue. Le premier avis, publié le 10 août 2026 dans Cameroon Tribune, accordait 30 jours aux actionnaires pour exercer leurs droits préférentiels. Le deuxième renvoie aux mêmes modalités sans préciser si ce délai a été prolongé ou combien d’actions restent disponibles.
Pour la SNH, la question concerne le maintien de sa participation dans l’assureur. Sur la base des 45,26 % déclarés en mai 2025, sa quote-part théorique représente 1,505 milliard de FCFA sur les 3,326 milliards proposés, sous réserve que cette proportion n’ait pas changé et que la réduction préalable du capital ne modifie pas les participations relatives des actionnaires.
Les résolutions d’avril autorisent l’attribution des actions non souscrites aux actionnaires existants ou à de nouveaux investisseurs, moyennant une prime d’émission fixée par le conseil d’administration. Si la SNH n’exerce pas intégralement ses droits et que les titres restants sont repris par d’autres souscripteurs, sa participation pourrait diminuer.
L’entreprise publique dispose déjà d’une représentation à la tête de Chanas. Lors de son installation en août 2024, Claudine Manga avait été présentée par l’assureur comme administratrice représentant la SNH au sein de son conseil d’administration.
Une opération à 13,27 milliards FCFA, dont 3,33 milliards en numéraire
La restructuration engagée par Chanas doit porter son capital social de 6,051 à 13,273 milliards de FCFA, soit une progression nette de 119,35 %. Elle prévoit d’abord une réduction de 1,451 milliard, ramenant le capital à 4,6 milliards, suivie d’une augmentation en numéraire de 3,326 milliards par émission de 33 260 actions nouvelles d’une valeur nominale de 100 000 FCFA chacune.
Une troisième opération consistera à incorporer 5,347 milliards de FCFA de réserves, avec attribution d’actions gratuites aux actionnaires. Cette dernière étape n’apportera aucune trésorerie supplémentaire : elle transférera au capital social des ressources déjà inscrites dans les capitaux propres de l’entreprise. Les 3,326 milliards de FCFA correspondent donc à la valeur nominale de l’émission en numéraire, et non à des fonds dont l’encaissement est établi. Si des actions restantes sont placées avec une prime d’émission, les sommes effectivement collectées pourront dépasser cette valeur nominale. Chanas n’a pas communiqué le résultat des souscriptions.
Un minimum réglementaire de 75 % à libérer
Les modalités de paiement initialement annoncées appellent également une clarification. Le premier avis prévoyait une libération de 50 % à la souscription, le solde devant être versé dans un délai maximal de trois mois. Or le règlement CIMA n°004 du 8 août 2024, modifiant l’article 329-3 du Code des assurances, exige qu’en cas d’augmentation de capital chaque actionnaire libère « au moins, les trois quarts (3/4) du montant des actions en numéraire souscrites par lui ».
Si la SNH souscrit sa quote-part théorique de 1,505 milliard de FCFA, cette obligation représenterait un versement minimal d’environ 1,129 milliard au moment de la réalisation juridique de l’augmentation de capital. Le reliquat nominal atteindrait environ 376 millions de FCFA. L’écart entre le versement initial de 50 % prévu par Chanas et le minimum réglementaire de 75 % ne suffit pas à établir une irrégularité. Des versements complémentaires peuvent intervenir avant la constatation juridique de l’opération. Le deuxième avis ne précise toutefois pas si les modalités de paiement ont été modifiées.
Le règlement CIMA impose également que les fonds propres d’une société anonyme d’assurances ne soient pas inférieurs à 80 % de son capital social. Sur la base des 13,273 milliards de Fcfa envisagés par Chanas, ce seuil atteindrait 10,619 milliards. L’incorporation des réserves ne suffira pas, à elle seule, à augmenter les capitaux propres de la compagnie. La réalisation juridique de l’augmentation de capital doit être constatée par une déclaration notariée de souscription et de versement. Ce document, accompagné de la nouvelle répartition de l’actionnariat, permettra de déterminer les sommes effectivement mobilisées et de vérifier si la SNH a conservé ses 45,26 %.
Christian Trésor Adong




