Ces villes africaines qui préparent les défis de demain

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(BFI) – Le développement de la classe moyenne conduit pouvoirs publics et privés à concevoir de plus en plus d’espaces de vie et de travail adaptés.

Grues en mouvement, pics assourdissants, géomètres en tenue de chantier. Qu’il soit de passage à Casablanca, Lagos, Nairobi ou au Caire, le voyageur sent que l’Afirque contemporaine est marquée par un mouvement d’urbanisation accéléré, malgré la situation pandémique qui frappe le monde entier. La proportion de citadins, encore faible (environ 40 % en 2018, contre 50 % en Asie du Sud-Est et 70 % en Europe), devrait exploser dans les trente ans à venir. Conjugué à une forte croissance démographique, ce phénomène devrait conduire le nombre d’urbains sur le continent à passer de 400 millions en 2018 à 1,2 milliard en 2050.

Le corollaire de ce phénomène d’explosion des villes est l’émergence accélérée d’une classe moyenne, estimée à plus de 300 millions de personnes. Celle-ci souhaite accéder à de nouvelles manières de vivre et de travailler. Elle veut un habitat moderne, dans des quartiers sûrs et équipés, comme le projettent les promoteurs d’Eko Atlantic City à Lagos. Elle souhaite également se rendre dans des centres commerciaux et des hôtels de classe mondiale. Elle désire enfin travailler dans des bureaux bien conçus et adaptés au continent.

À côté des villes nouvelles…

Dans un contexte souvent contraint par leurs finances encore fragiles, de nombreux États se sont lancés dans des projets urbains ambitieux et complexes, visant à créer ces nouveaux espaces de vie. Au Kenya, le projet de Konza City, dont la période de développement devrait courir sur vingt ans, a été lancé. Diamniadio, au Sénégal, a déjà vu arriver une foule de fonctionnaires dont les ministères avaient été décentralisés dans cette ville nouvelle. De nombreux promoteurs privés accompagnent cette initiative sénégalaise afin de mettre à la disposition des populations de véritables lieux de vie, conjuguant immobilier commercial, résidentiel, hôtelier, de travail et de loisirs.

Les sociétés privées tentent d’offrir des solutions innovantes à cette classe moyenne grandissante. Leurs propositions sont très diverses, et cherchent à tenir compte des spécificités de cette demande africaine, sur tous les créneaux.

… des infrastructures hôtelières mieux adaptées

Dans le domaine de l’hôtellerie d’affaires, l’opérateur Accor a ainsi conclu un partenariat avec le fonds qatari Katara Hospitality pour lancer un fonds d’investissement sectoriel, appelé Kasada. Celui-ci vise à remédier au manque criant d’infrastructures hôtelières de moyenne gamme (trois et quatre étoiles) qui pénalise l’Afrique. Il manquera 100 000 chambres aux standards internationaux en Afrique d’ici à 2025. Kasada souhaite ainsi proposer dans les principales villes africaines une gamme adaptée d’hôtels, d’appart’hôtels et d’espaces de convivialité dont est friande la clientèle d’Accor, constituée à plus de 60 % de voyageurs africains. Les chaînes régionales (Azalaï, Teyliom) ou internationales (Marriott, Hilton) ne sont pas en reste, avec de nombreux projets d’ouverture au niveau continental, malgré le brutal coup de stop de la pandémie actuelle.

Des malls de plus en plus grands…

L’appétence de la classe moyenne pour un type de consommation comparable à celui que l’on peut trouver dans les pays développés a poussé de nombreux acteurs sectoriels et financiers à promouvoir une offre de centres commerciaux (ou « malls ») dans une part grandissante des pays d’Afrique. Le fonds Actis a ainsi investi dans une dizaine de malls en Afrique, notamment au Ghana (Accra Mall), au Nigeria (Ikeja, Abuja Malls), mais aussi au Cameroun (Douala Grand Mall). Par ailleurs, CFAO, en partenariat avec le distributeur Carrefour, s’est lancé dans une campagne de développement de centres commerciaux, dont l’emblématique PlaYce Abidjan.

… et des espaces de travail dimensionnés

Cette classe moyenne a besoin de se vêtir, de se nourrir et de se loger. Elle a également besoin de travailler dans des lieux correspondant à son nouveau statut et à ses nouveaux besoins. On observe l’émergence de nouveaux espaces de coworking modernes à Cape Town, Accra, Abidjan, Dakar, Lagos… Des nouveaux quartiers d’affaires, modernes épigones du quartier de la Défense ou de Canary Wharf, sont en cours de développement. Au Maroc, Casablanca Finance City, porté par un partenariat public-privé, accueille ainsi près de 200 sociétés offrant une gamme de bureaux et de services professionnels aux compagnies souhaitant se développer sur le continent.

L’Afrique d’aujourd’hui bouge et se transforme à grande vitesse – c’est particulièrement le cas de ses villes, où se joue le futur du continent. Il appartient aux acteurs tant publics que privés de s’emparer de cette problématique, pour faire en sorte que les principales villes du continent soient des lieux de vie actifs et en pleine expansion. Dans un contexte où l’explosion démographique et les nouveaux modes de vie liés à la pandémie actuelle bouleversent la donne, des opportunités existent pour rendre meilleure la vie des citadins de tous horizons.

Benjamin Romain est cofondateur d’Okan Partners, cabinet de stratégie, d’investissement et de financement en Afrique.

Grégoire Schwebig est fondateur d’AfricaWorks, société spécialisée dans l’espace de travail flexible en Afrique.

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