(BFI) – Le fonds souverain norvégien a décidé d’exclure Bolloré SE et la Compagnie de l’Odet de ses investissements d’environ 90 millions de dollars, en raison de risques de violations des droits humains liés à des plantations d’huile de palme au Cameroun exploitées par la Socfin.
Le fonds souverain norvégien a décidé de se désengager de la société Bolloré en raison d’un sujet de droits humains dans des plantations d’huile de palme au Cameroun, a-t-on appris vendredi 6 mars 2026. Il a été «décidé en 2025 d’exclure les sociétés» Bolloré SE et Compagnie de l’Odet SE de ses investissements, indique la Banque de Norvège, gestionnaire du fonds, dans le rapport annuel en matière d’investissements responsables daté du 26 février.
Cette décision, prise «sur la base de la recommandation» formulée par le Conseil d’éthique en 2024, une instance indépendante nommée par le ministère des Finances, a été saluée par des organisations de défense de l’environnement et de communautés de pays du Sud. Dans un communiqué commun, une trentaine d’organisations locales ou internationales comme Grain, indiquent que «les abus sont dénoncés depuis longtemps par les communautés concernées». Elles accusent Socfin, une société plus que centenaire dont le groupe Bolloré est actionnaire minoritaire et qui gère des plantations de palmiers à huile et hévéas, d’encourager notamment l’accaparement de terres et les abus.
En mars 2024, le Conseil d’éthique du fonds norvégien avait recommandé que Bolloré SE et la Compagnie de l’Odet soient «exclues, en raison du risque inacceptable qu’elles contribuent ou soient responsables de sérieuses violations de droits humains». «Les violations du droit sont liées aux activités de la Société financière des caoutchoucs (Socfin), qui a des liens étroits avec la Compagnie de l’Odet SE et Bolloré SE, et dans laquelle Bolloré SE est un actionnaire significatif», ajoutait-il.
Les investigations menées sur place par le conseil ethique ont mis en lumière une réalité sociale alarmante. Plus de 60% des 7000 employés de ces plantations étaient rémunérés en dessous du salaire minimum légal et privé des prestations sociales prélevées sur leurs bulletins de paie. Les conditions de vie dans les campements étaient également jugées très insuffisantes, avec moins de 20% des logements atteignant le standard décent. Le rapport pointe également des accusations plus graves. Des cas de viols, de violences physiques et de harcèlement sexuel, impliquant des employés et des agents de sécurité de la Socapalm à l’encontre d’ouvrières et riveraines, auraient été rapporté aux enquêteurs. Un collectif d’habitants accuse par ailleurs la société de restreindre l’accès aux terres et de polluer les ressources en eau environnantes. Une procédure judiciaire menée en France ayant réussi à établir le contrôle effectif du groupe Bolloré sur cette entité camerounaise.
Après cette recommandation, le Conseil exécutif chargé de gérer le fonds avait d’abord souhaité engager un «dialogue» avec les deux entreprises «sur leur gestion des risques liés aux droits humains, aux violences sexuelles, au harcèlement et aux violations en matière de droits du travail». Face à l’absence de correction suffisante, l’instance exécutive a finalement tranché en faveur de l’exclusion. A fin 2024, le fonds souverain norvégien détenait pour 90 millions de dollars de titres de Bolloré SE. Un retrait qui représente donc un signal financier fort, mais surtout un coup dur pour la réputation du conglomérat français.
Placide Onguéné



