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Au Cameroun, le Conseil économique et social fait son retour dans le débat public autour de la SND30

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Pour cette chambre consultative, l’enjeu dépasse l’organisation d’une rencontre. Il s’agit de montrer qu’elle peut redevenir un espace de concertation entre pouvoirs publics, acteurs économiques, syndicats, experts et représentants de la société civile, au moment où la stratégie nationale engage des arbitrages sur l’industrialisation, l’emploi, les infrastructures, la compétitivité et la place du secteur privé.

Le secrétaire général du CES, Zacharie Ngoumbe, reconnaît lui-même la faible visibilité passée de l’institution. « Le Conseil économique et social est en pleine relève après les temps où on ne l’a pas beaucoup entendu », affirme-t-il. Cet aveu résume le principal défi du moment : au-delà du retour dans l’espace public, le Conseil doit encore démontrer son utilité concrète.

Car la relance affichée se heurte à une limite institutionnelle de taille. Le CES se compose de 150 membres nommés par décret présidentiel. Or l’institution n’apparaît pas encore pleinement reconstituée. Depuis le décès de son président, Luc Ayang, le 14 octobre 2025, le Conseil est conduit par son vice-président, Emmanuel Nzete, qui présidait encore, en novembre 2025, la cérémonie d’hommage organisée au siège de l’institution. Cette fragilité institutionnelle est d’autant plus sensible que les doutes sur l’utilité du CES ne sont pas nouveaux. Dans un ouvrage paru en 2016 et relayé par la presse en 2017, l’ancien secrétaire général de la présidence Jean-Marie Atangana Mebara dénonçait déjà l’« immobilisme » du Conseil et jugeait ses capacités largement sous-exploitées.

Le procès en effacement est également formulé, sur un registre plus analytique, par le CAMERCAP-PARC. Dans une note d’analyse publiée en octobre 2021, le centre présente le CES comme le « grand absent » du dispositif institutionnel d’élaboration du budget, rappelle qu’il est censé compter 150 membres, évoque une « hibernation manifeste depuis plus de trois décennies » et appelle l’institution à faire son aggiornamento pour reprendre sa place dans l’encadrement des politiques économiques et sociales.  Cette critique pèse d’autant plus que la présidence de la République rappelle elle-même que le CES est une institution consultative créée par la Constitution, composée de 150 membres, et qu’« depuis 1986 » il n’a plus été saisi, après l’abandon des plans quinquennaux et la mise en œuvre des programmes d’ajustement structurel.

La SND30 offre néanmoins au Conseil une occasion de se repositionner. Encore faut-il que ce retour dépasse l’affichage. Un forum ne suffira pas à restaurer l’autorité d’une institution dont l’influence a été si longtemps marginale. Le CES sera jugé sur des éléments plus concrets : sa reconstitution effective, sa capacité à organiser des consultations suivies, à produire des avis publics réguliers et, surtout, à faire entendre ses recommandations dans la conduite des politiques publiques. La question n’est donc pas seulement celle de son retour dans le paysage institutionnel. Elle est de savoir si le Conseil économique et social peut redevenir un acteur qui compte, dans un système où les arbitrages économiques majeurs restent largement concentrés au sommet de l’État.

Rédaction
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