(BFI) – Au cours du premier trimestre 2026, les banques commerciales en activité au Cameroun s’adjugent 99,65% des crédits accordés aux agents économiques, contre 0,35% pour les établissements financiers, selon le rapport de la BEAC sur l’évolution des taux débiteurs pratiqués dans la Cemac. Mais, révèle le document publié par la banque centrale, dans la dernière catégorie des pourvoyeurs de financements à l’économie camerounaise, l’on a assisté, au cours de la période sous revue, à une redistribution des cartes sur le marché du crédit.
« S’agissant de la distribution des crédits par les établissements financiers, la Société camerounaise d’équipement (SCE) a enregistré 41,05% des parts de marché, en nette progression par rapport à son niveau un an plus tôt. Alios Finance, qui a longtemps dominé le marché du crédit des établissements financiers, a occupé le deuxième rang avec 25,83% des parts de marché, le Crédit foncier du Cameroun a distribué 21% », peut-on lire dans le document. Autrement dit, entre janvier et mars 2026, le crédit-bailleur Alios finance Cameroun a perdu son leadership au profit de la SCE, spécialisée dans le crédit à l’équipement des particuliers.
Dans le détail, les parts de marché de cet établissement financier sur le marché du crédit au Cameroun ont bondi de 21,79% sur un an, passant de 19,26% à fin mars 2025 à 41,05% à la même période en 2026. A l’inverse, les parts de marché d’Alios Finance Cameroun enregistrent une baisse considérable. Elles sont retombées à 25,83% au premier trimestre 2026, après 41,27% à fin mars 2025, révélant une baisse de 15,44% en glissement annuel.
Période de transition
Le rapport de la BEAC n’explique pas ce changement de leadership. Mais, l’on peut remarquer que cette reconfiguration ponctuelle du marché survient un an après le rachat d’Alios Finance Cameroun. Ce qui peut traduire une période transitoire beaucoup moins dynamique que d’habitude dans la mise en place des concours financiers aux agents économiques. En effet, le 30 avril 2025, Credaf Group, holding financière contrôlée par l’homme d’affaires ivoirien Serge-Aimé Bilé, a annoncé la finalisation de l’acquisition des filiales du groupe Alios Finance en Afrique centrale – notamment au Cameroun et au Gabon – et en Afrique de l’Ouest – Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Mali et Sénégal – après l’obtention des autorisations réglementaires requises.
Le nouvel acquéreur a aussitôt affiché ses ambitions : construire un acteur panafricain du financement, en s’appuyant sur le métier historique d’Alios Finance qu’est le crédit-bail, qui est un mécanisme permettant de financer l’outil de production des entreprises. Pour ce faire, le nouvel actionnaire s’est doté d’une feuille de route bien dense : élargissement de l’offre de produits financiers, accélération de la digitalisation des services, diversification des partenariats financiers et institutionnels et renforcement du financement des opérateurs économiques. Au Cameroun, la mise en œuvre de cette feuille de route s’accompagne pour l’instant d’une perte des parts de marché, au profit de la SCE.
Pour rappel, la SCE a commencé ses activités en 1963 en tant qu’institution financière publique visant à aider les particuliers à acquérir des équipements ménagers par le biais de prêts et de ventes directes. La société a ensuite élargi son offre en proposant des solutions de trésorerie pour le paiement des salaires des fonctionnaires, ainsi que des solutions de transfert d’argent aux niveaux national et international. En 2014, un groupe d’entrepreneurs camerounais rachète la SCE et améliore ses performances opérationnelles et financières à travers ses 12 agences couvrant les 10 régions du Cameroun. Depuis l’année 2016, la SCE propose également des solutions de crédit-bail aux PME, en plus de son offre traditionnelle.




