(BFI) – Les rendements des euro-obligations du Cameroun ont atteint des sommets historiques le lundi 19 octobre 2026, à la suite de la décision de l’agence de notation Fitch Ratings d’abaisser la note souveraine du pays de « B » à « B- ». Cette dégradation immédiate a propulsé le taux de l’échéance 2033 à un record de 10,65 % (en hausse de 30 points de base), tandis que le rendement des obligations 2031 a bondi à 10 %.
Le rendement de l’euro-obligation du Cameroun à échéance 2033 a bondi de près de 30 points de base lundi 19 octobre, atteignant un niveau record de 10,65 %. Le rendement de l’obligation à échéance 2031 a, quant à lui, progressé de 20 points de base pour s’établir à 10 %. Ces hausses marquent la quatrième séance consécutive de progression des rendements, reflétant l’inquiétude croissante des investisseurs quant à la solvabilité du pays.
Cette nouvelle pression sur les marchés fait suite à la décision de l’agence Fitch Ratings, vendredi 16 octobre, d’abaisser la note souveraine du Cameroun de « B » à « B- », avec une perspective stable. L’agence américaine a mis en avant deux facteurs principaux : l’incertitude entourant la succession du président Paul Biya et la pression croissante sur le financement de l’État.
Selon Fitch, l’incertitude liée à la succession de Paul Biya, âgé de 93 ans, accroît le risque d’une transition politique susceptible de fragiliser la stabilité institutionnelle et économique du pays.
Les besoins de financement de l’État en forte hausse
Au-delà de l’incertitude politique, les finances publiques du Cameroun constituent une autre source de préoccupation. Fitch estime que les besoins de financement brut du pays atteindront 7,3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2026 — contre 5 % en 2025 — avant de redescendre à 6,5 % en 2027.
L’absence de nouveau programme avec le Fonds monétaire international (FMI), après l’expiration de l’accord précédent en juillet 2025, accentue cette pression. Le Cameroun dépend de plus en plus de l’emprunt commercial extérieur, alors que les possibilités de financement sur le marché régional de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) se sont restreintes. Selon Fitch, l’exposition des banques à la dette souveraine dans la région est passée de 10 % de leurs actifs en 2015 à environ 30 % en 2025.
Début octobre, le ministère camerounais des Finances a annoncé son intention de lever 300 millions de dollars supplémentaires en rouvrant son émission obligataire internationale (« Eurobond ») à échéance 2033, assortie d’un coupon de 8,875 %. La hausse des rendements sur le marché secondaire témoigne désormais d’une augmentation potentielle du coût d’obtention de nouveaux financements.
Le Cameroun compte environ 1,7 milliard de dollars d’obligations en devises étrangères en circulation, arrivant à échéance en 2031 et 2033. Depuis début octobre, ces titres ont généré des pertes de près de 3 % pour les investisseurs, ce qui en fait les obligations souveraines africaines les moins performantes sur cette période. À titre de comparaison, l’indice Bloomberg des obligations en dollars des marchés émergents a progressé de plus de 1 %.
Fitch a toutefois souligné que la dette publique du Cameroun, estimée à 42,5 % du PIB fin 2025, demeure relativement faible par rapport à celle de pays bénéficiant d’une notation similaire. Pour le Cameroun, l’enjeu immédiat ne réside donc pas tant dans le volume de sa dette que dans sa capacité à obtenir des financements sur un marché où les investisseurs exigent des rendements de plus en plus élevés pour compenser le risque.
André Noir




