(BFI) – Au Cameroun, la sensation que les forfaits internet (data) s’épuisent trop vite alimente de nombreux débats et plaintes auprès des opérateurs comme MTN et Orange. Ce sentiment repose sur plusieurs facteurs techniques, économiques et comportementaux.
Si vos données mobiles s’épuisent constamment très vite, sachez que vous n’êtes pas seul. A Douala, la capitale économique du Cameroun, une cliente de MTN Cameroon a exprimé sa frustration face à la vitesse à laquelle son forfait internet est consommé sur son téléphone. Selon elle, chaque fois qu’elle active ses données mobiles, son forfait s’épuise en très peu de temps, alors même qu’elle affirme ne pas beaucoup naviguer sur Internet. Elle dit qu’après s’être rendue dans une agence MTN pour se plaindre, elle a constaté qu’environ 50 % des personnes présentes étaient venues pour le même problème.
« Il semble que MTN et d’autres opérateurs puissent délibérément faire en sorte que les forfaits internet s’épuisent rapidement afin d’obliger les clients à dépenser davantage pour leurs abonnements. Au lieu de traiter le problème, ils rejettent souvent la faute sur les clients en affirmant que leurs téléphones consomment des données en arrière-plan », a-t-elle déclaré. Elle dénonce également le coût élevé des forfaits internet au Cameroun. Qu’est ce qui peut justifier cette état de chose alors que les ménages ploient sous le joug la pauvreté.
D’importants investissements des opérateurs
Depuis 2020, les réseaux mobiles ont connu des investissements très importants au Cameroun. Les entreprises MTN et Orange ont amélioré et densifié leur réseau 4G. Camtel est entré dans le marché comme opérateur mobile commercial.
En fin 2020, Camtel a déployé plusieurs centaines de stations de sites 4G. Fin 2024, cette entreprise revendiquait environ 2 millions d’abonnés mobiles. Un plan d’extension de la fibre optique a été lancé pour passer d’environ 12 mille kilomètres à 22 mille kilomètres. MTN a modernisé son cœur de réseau et construit plusieurs centaines de sites 4G. Au premier semestre 2025, cette entreprise revendiquait plus de 2300 sites 4G au Cameroun. Orange Cameroun a réalisé d’importants investissements qui ont transformé son réseau 4G, entraînant une multiplication de ses débits Internet de plus de 65% entre 2024 et 2026.
Selon des données de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT), environ 75 % de la population camerounaise était couverte par la 4G en 2024-2025.
Le réseau électrique instable fait payer deux fois la même page
Depuis 2025, les plaintes contre MTN, Orange et Camtel décrivent la même scène : barres de réseau pleines, pages qui ne chargent pas, forfait déjà épuisé. TechGriot, plateforme d’information francophone et anglophone dédiée à l’actualité technologique, numérique et sociétale en Afrique, a relayé en octobre 2025 des témoignages de recharges de 2 000 FCFA parties en deux heures, et de forfaits hebdomadaires disparus après un usage professionnel ordinaire. Le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune rapportait dès avant cela des forfaits de 500 Mo pour trois jours vidés le soir même.
Au Cameroun, des coupures de courant intempestives, des coupures de fibre ont un sérieux effet sur la qualité du réseau, les opérateurs se trouvant obligés d’alimenter au groupe électrogène pendant plusieurs jours leurs pylônes afin de garantir la connectivité aux populations.
Quand la connexion coupe, les applications réessaient. Une vidéo qui bufferise, un statut WhatsApp qui se retélécharge, une page qui se recharge dix fois : tout cela est facturé. L’abonné a le sentiment de n’avoir « presque rien fait », parce qu’il n’a presque rien vu s’afficher. Les coupures de fibre, la congestion et les ralentissements signalés notamment en période électorale dernier a aggravé ce décalage entre usage perçu et octets débités.
La nature des usages modernes très gourmands en data
Au Cameroun, la nature des usages de la data internet a profondément évolué avec la démocratisation des smartphones et l’amélioration de la couverture réseau. Les habitudes de consommation se structurent aujourd’hui autour de quatre grands piliers notamment les vidéos et les divertissements (TikTok, Instagram, You Tube, Netflix,…) qui captent une part massive du trafic des créateurs de contenu. Puis vient les réseaux sociaux comme principaux canaux de communication (Whatsapp, Facebook, Messenger) qui pour une grande majorité des camerounais, remplacent les canaux traditionnels tels SMS ou appels classiques.
Ensuite on a le commerce en ligne. Aujourd’hui, le secteur informel et les PME camerounaises se sont massivement digitalisés. Faute de plateformes e-commerce structurées à grande échelle, les commerçants utilisent les catalogues WhatsApp Business, les groupes Facebook et les pages Instagram pour exposer leurs produits (vêtements, nourriture, gadgets). La publication quotidienne de dizaines de photos HD et de vidéos de présentation de produits consomme une part importante de la data des vendeurs et de leurs clients potentiels. Enfin on a les services financiers mobiles. L’usage de la data est devenu essentiel pour la gestion du quotidien. Bien que les codes USSD (sans internet) restent très utilisés, les applications dédiées (MyOrange, Momo, Wave) se déploient massivement pour payer les factures (Eneo, Camwater, DGI,…), effectuer des virements ou faire des achats en magasin. Les démarches en ligne se multiplient, notamment pour les pré-inscriptions scolaires et universitaires, les concours administratifs ou le suivi des dossiers de cartes d’identité et de passeports.
Au regard de tous ce qui précède, il n’y a probablement pas une seule cause : ce sentiment vient d’un cumul de facteurs techniques, économiques et de confiance.
Dans beaucoup de pays, une large part de l’usage passe par le Wi-Fi fixe (domicile, bureau, espaces publics), qui est illimité ou forfaitaire. Au Cameroun, le fixe est peu répandu, donc tout (mises à jour, vidéos, sauvegardes, réseaux sociaux) passe par le forfait mobile, ce qui accélère son épuisement par des usages qui auraient pu être faits par wi-fi.
Un enquête de Cédric Boyomo




