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Canyon Resources verse 4,4 milliards de FCFA au Cameroun pour Minim-Martap

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Le projet de bauxite de Minim-Martap, dans la région camerounaise de l’Adamaoua, franchit une étape financière concrète. Canyon Resources, maison mère de la filiale locale Camalco, a comptabilisé au 30 juin 2026 une avance de 11 116 304 dollars australiens au bénéfice du gouvernement camerounais, destinée à la réhabilitation du réseau ferroviaire reliant le gisement au port de Douala. L’écriture, portée à la page 47 du rapport annuel publié le 30 septembre, ne figurait pas dans les comptes de l’exercice précédent.

Cette somme, équivalant à 4,4 milliards de FCFA, se rapproche étroitement de l’enveloppe de 4,5 milliards initialement prévue par l’étude de faisabilité diffusée en septembre 2025. Le document indiquait alors qu’une tranche supplémentaire d’environ 54 milliards de FCFA serait nécessaire pour densifier le réseau, par la construction de voies de croisement et l’allongement des sections existantes. Le rapport n’identifie pas, en revanche, les chantiers déjà engagés ni leur taux d’avancement.

Un préfinancement récupérable sur les tarifs de transport

Le mécanisme retenu repose sur la compensation. Canyon avance les fonds nécessaires à la modernisation de l’infrastructure, puis déduira cette dépense des redevances qu’elle acquittera pour l’utilisation du rail. La formulation a toutefois évolué entre les documents. L’étude de faisabilité de 2025 évoquait une imputation sur les redevances minières ou d’autres charges dues par Camalco. Les comptes arrêtés en juin 2026 ciblent désormais explicitement les futurs tarifs de transport ferroviaire. Les modalités contractuelles liant l’État, la filiale camerounaise de Canyon et Camrail, concessionnaire du réseau, ne sont pas détaillées dans les documents accessibles.

Ce montage traduit une pratique de plus en plus courante dans les grands projets miniers africains, où l’opérateur extractif supplée à l’investissement public pour garantir l’évacuation de sa production. Dans le cas camerounais, l’enjeu est stratégique : sans un rail fiable entre l’Adamaoua et le littoral, le gisement de Minim-Martap, considéré comme l’un des plus importants gisements de bauxite non exploités au monde, demeure économiquement bloqué.

Un investissement capitalistique dans Camrail

Au-delà du préfinancement, Canyon a renforcé sa position au capital du concessionnaire ferroviaire. Au cours de l’exercice clos en juin 2026, Camalco a acquis 17,8 % supplémentaires de Camrail pour 9,852 milliards de FCFA, portant sa participation de 9,1 % à 26,9 %. L’opération, distincte de l’avance versée au Trésor, offre au groupe australien une influence accrue sur l’opérateur chargé d’acheminer son minerai. Elle illustre une logique d’intégration verticale assumée, visant à sécuriser la chaîne logistique dans un pays où la fiabilité du fret ferroviaire reste un enjeu récurrent.

Cette montée au capital complète une séquence d’engagements amorcée en 2025. Le 6 octobre de cette année-là, Camalco et Camrail avaient annoncé un premier investissement conjoint de 7 millions de dollars pour remettre en état les tronçons situés entre Makor, dans l’Adamaoua, et Douala. En janvier 2026, les deux partenaires ont scellé un accord fixant les conditions du transport du minerai et ouvrant la voie aux travaux de renforcement.

Un calendrier d’exportation sous tension

Reste que ces avancées contractuelles contrastent avec un calendrier opérationnel plus incertain. En août 2026, Canyon a renoncé à son objectif de première expédition au quatrième trimestre, invoquant un manque de visibilité sur les financements complémentaires et sur les installations de transbordement portuaire. Le 24 août, le groupe a par ailleurs annoncé la suspension de tout nouveau tirage sur sa ligne de crédit de 82 milliards de FCFA ouverte auprès d’AFG Bank Cameroon, dans l’attente d’un réexamen du modèle financier.

Le préfinancement ferroviaire tranche donc avec la prudence affichée sur le volet portuaire et bancaire. Il traduit la volonté de préserver le volet le plus structurant du projet, celui qui conditionne, à terme, la compétitivité du minerai camerounais sur les marchés internationaux de l’alumine.

Placide Onguéné

Rédaction
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