(BFI) – Le Cameroun a progressé d’une place dans le classement mondial en 2025 pour ses filières de caoutchouc naturel, de pâte de cacao et de banane. Selon le dernier Rapport sur l’état de la compétitivité de l’économie camerounaise publié par le Comité de compétitivité, ces performances témoignent d’une meilleure dynamique de ces marchés d’exportation
Le Cameroun conforte sa présence sur trois marchés agricoles mondiaux en 2025. Selon le Rapport sur l’état de la compétitivité de l’économie camerounaise publié par le Comité de compétitivité, le pays se hisse au 7e rang mondial pour le caoutchouc naturel, au 6e pour la pâte de cacao et au 12e pour la banane. Un an plus tôt, il occupait respectivement les 8e, 7e et 13e places. Le beurre de cacao, lui, se maintient au 9e rang planétaire.
Ces gains de position, obtenus dans un contexte de concurrence intense entre pays producteurs, ne traduisent pas mécaniquement une expansion des recettes tirées de ces filières. Les données mobilisées par le Comité, exprimées en euros et en parts de marché international, s’écartent parfois sensiblement des statistiques douanières compilées par l’Institut national de la statistique (INS) à partir des relevés de la Direction générale des douanes.
Caoutchouc : un rang gagné, des recettes en repli
Pour le caoutchouc naturel, le Comité chiffre les exportations camerounaises à 23 millions d’euros en 2025, soit environ 15,1 milliards de FCFA, contre 20,7 millions d’euros un an auparavant. Cette progression apparente justifie le passage du 8e au 7e rang mondial. Les chiffres nationaux racontent pourtant une autre histoire. L’INS comptabilise 43,46 milliards de FCFA d’exportations de caoutchouc brut en 2025, contre 46,29 milliards en 2024, soit un repli de 6,1 % en valeur. Les volumes ont reculé plus nettement, de 58 067 à 50 631 tonnes, une baisse de 12,8 %.
L’écart entre les deux séries statistiques renvoie vraisemblablement à des périmètres différents de produits et à des bases de comparaison distinctes. La méthodologie précise permettant de rapprocher les jeux de données n’est pas publiée. Il serait donc hasardeux de conclure du seul gain de rang à une amélioration effective des recettes douanières issues de l’hévéa camerounais, alors même que celles-ci se sont contractées selon la comptabilité nationale.
Pâte de cacao : la seule vraie percée en volume et en valeur
Le mouvement est autrement plus lisible pour la pâte de cacao, produit transformé sur lequel le Cameroun a bâti une véritable filière industrielle. Le Comité de compétitivité évalue les ventes extérieures à 442,5 millions d’euros en 2025, environ 290,3 milliards de FCFA, contre 320,2 millions un an plus tôt. Cette dynamique propulse le pays du 7e au 6e rang mondial des exportateurs.
Les données de l’INS confirment la tendance, même si les niveaux diffèrent. Le Cameroun a expédié 73 261 tonnes de pâte de cacao en 2025, contre 61 527 tonnes en 2024, soit une hausse de 19,1 % des volumes. Les recettes correspondantes sont passées de 210,05 à 261,34 milliards de FCFA, en progression de 24,4 %. La valeur unitaire ressort autour de 3 567 FCFA le kilogramme, contre 3 414 FCFA l’année précédente. Autrement dit, la performance repose d’abord sur l’augmentation des tonnages, complétée par une valorisation modérée.
Le beurre de cacao suit une trajectoire différente. Les volumes exportés ont chuté de 13,4 %, à 21 494 tonnes, mais la valeur douanière a bondi de 16,5 % pour atteindre 115,57 milliards de FCFA, portée par la flambée des cours internationaux de la fève.
Banane : des séries statistiques divergentes
La banane illustre plus encore la difficulté à établir un diagnostic univoque. Le Comité retient une valeur d’exportation de 251,4 millions d’euros en 2025, quasi stable sur un an, suffisante pour faire progresser le Cameroun du 13e au 12e rang mondial. L’INS enregistre pour sa part 218 518 tonnes exportées dans la catégorie « bananes, y compris plantains », contre 243 428 tonnes en 2024, soit une contraction de 10,2 %. La valeur douanière atteint néanmoins 67,72 milliards de FCFA, en hausse spectaculaire de 84,7 %. De son côté, l’Association bananière du Cameroun (Assobacam), qui suit uniquement la banane dessert, revendique 225 345 tonnes exportées, en progression de 7 %.
Ces gains sectoriels ne compensent pas la trajectoire d’ensemble. Les recettes totales d’exportation du Cameroun s’établissent à 3 084 milliards de FCFA en 2025, en recul de 5,2 % sur un an, avec des volumes en baisse de 10,7 %. Le Comité classe le pays au 114e rang mondial des exportateurs, gagnant deux places, mais sa part de marché reste marginale, autour de 0,003 %. À l’échelle continentale, le Cameroun rétrograde même de deux rangs, à la 21e position. Les positions sur les produits manufacturés de base (103e) et les aliments transformés (131e) confirment que la diversification industrielle demeure le principal chantier de la compétitivité camerounaise.
Omer Kamga




