(BFI) – La Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) s’est engagée dans la mise en place du Système d’Information Énergétique Régional (SIE-CEMAC). L’objectif principal est de créer un référentiel statistique commun pour harmoniser les données énergétiques de ses six États membres : le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine et le Tchad.
La CEMAC s’engage dans la construction d’un système régional d’harmonisation des données énergétiques, appelé à devenir la colonne vertébrale statistique du secteur pour ses six États membres : Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine et Tchad. L’initiative répond à un constat ancien, celui d’un espace communautaire riche en ressources mais dépourvu d’un référentiel commun capable de mesurer précisément sa production, sa consommation et ses échanges d’énergie. Sans données comparables, aucune politique régionale ne peut prétendre à l’efficacité.
Un déficit statistique qui pèse sur la planification énergétique
L’absence d’un cadre unifié de collecte prive les décideurs d’une vision consolidée du mix énergétique sous-régional. Chaque pays produit ses propres indicateurs, selon des méthodologies distinctes, des périmètres variables et des calendriers rarement alignés. Résultat : les bilans énergétiques nationaux se juxtaposent sans jamais s’agréger de manière fiable. Cette fragmentation nuit à la lisibilité du marché pour les investisseurs internationaux, qui exigent des séries statistiques cohérentes avant d’engager des capitaux dans la production électrique, les hydrocarbures ou les énergies renouvelables.
Le futur système ambitionne de standardiser les définitions, les unités de mesure et les protocoles de remontée d’information. Il doit permettre à la Commission de la CEMAC de disposer, en temps utile, d’un tableau de bord fiable couvrant l’ensemble des filières : pétrole, gaz, hydroélectricité, biomasse et énergies alternatives. L’enjeu dépasse la simple statistique. Il conditionne la capacité des États à négocier collectivement leurs positions dans les enceintes internationales, notamment sur les questions climatiques et les mécanismes de financement de la transition.
Une architecture régionale au service de la souveraineté
Le dispositif en préparation s’inscrit dans une dynamique plus large d’intégration sectorielle portée par les institutions communautaires. La sous-région dispose déjà de plusieurs cadres de coopération énergétique, dont le Pool énergétique de l’Afrique centrale, mais leur efficacité reste tributaire de la qualité des informations transmises par les administrations nationales. Un référentiel harmonisé viendrait donc renforcer l’ensemble de l’édifice institutionnel, en offrant une base objective aux arbitrages entre projets transfrontaliers d’interconnexion, de gazoducs ou d’infrastructures de raffinage.
La question de la souveraineté statistique se pose avec une acuité particulière. Les données énergétiques africaines sont aujourd’hui largement produites, agrégées et diffusées par des organismes extérieurs au continent, qu’il s’agisse de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ou de cabinets d’analyse privés. La CEMAC entend reprendre la main sur cette production, condition d’une planification autonome et d’une meilleure valorisation de ses ressources. Concrètement, il s’agit de disposer de chiffres endogènes, produits selon des standards internationaux mais maîtrisés au niveau régional.
Des défis techniques et politiques à surmonter
Le chantier n’a rien d’anodin. Il suppose une mise à niveau des instituts nationaux de statistique, une formation des agents en charge de la collecte et un investissement dans les outils numériques de remontée d’information. Plusieurs États membres accusent un retard notable dans la digitalisation de leurs administrations, ce qui pourrait freiner la mise en œuvre effective du système. La coordination interministérielle constitue un autre point de vigilance : les données énergétiques relèvent à la fois des ministères en charge des hydrocarbures, de l’électricité, des mines et de l’environnement.
Reste la question du financement et de la gouvernance du futur dispositif. La CEMAC devra préciser les contributions attendues des États, les partenariats techniques envisagés et les modalités de partage des informations sensibles, notamment celles touchant à la production pétrolière. Plusieurs pays de la zone considèrent ces chiffres comme stratégiques, voire confidentiels, ce qui pourrait compliquer les transferts vers une base commune. Un équilibre devra être trouvé entre transparence régionale et prérogatives souveraines.
À terme, la réussite de cette harmonisation conditionnera la capacité de l’Afrique centrale à peser dans les grands débats énergétiques mondiaux et à attirer les capitaux nécessaires à sa transition. Les prochains mois devraient préciser le calendrier de déploiement et l’ampleur des moyens mobilisés.
Rémy Ngassana




