(BFI) – Le prix de 3 654 FCFA par kilogramme correspond au prix de référence CAF (Coût, Assurance et Fret — prix à l’arrivée au port de destination) publié par l’Office National du Cacao et du Café (ONCC) au 1er septembre 2026. Cette hausse marque une nette embellie pour le lancement de la campagne cacaoyère 2026-2027 au Cameroun. Cependant, il convient de distinguer cette valeur internationale du prix réellement perçu par les planteurs sur le terrain.
La filière cacao du Cameroun aborde la campagne 2026 avec un nouveau repère de prix. Le kilogramme de fèves est fixé à 3 654 FCFA en valeur CAF (coût, assurance, fret) à partir du 1er septembre 2026, selon la référence communiquée aux professionnels. Ce niveau, qui sert de boussole aux transactions dans les bassins de production du Sud-Ouest, du Centre et du Littoral, confirme l’ancrage des cours à un palier historiquement élevé après plusieurs saisons de flambée sur les places internationales.
Un prix indicatif qui structure toute la chaîne de valeur
La valeur CAF sert de socle au calcul du prix bord-champ payé aux producteurs, après déduction des frais logistiques, des marges des acheteurs et de la fiscalité applicable. À 3 654 FCFA le kilogramme, le curseur permet aux coopératives et aux exportateurs d’ajuster leurs offres dans un environnement où la volatilité reste forte. Concrètement, plus la référence CAF est élevée, plus la marge de négociation s’ouvre pour les planteurs, à condition que la traçabilité et la qualité des fèves soient au rendez-vous.
Le Cameroun demeure le cinquième producteur mondial de cacao, derrière la Côte d’Ivoire, le Ghana, l’Équateur et le Nigeria. La campagne cacaoyère y court traditionnellement d’août à juillet, ce qui explique la fixation d’un prix indicatif dès le début du mois de septembre. Cette communication est portée par les organes techniques de la filière, au premier rang desquels l’Office national du cacao et du café (ONCC), chargé de la régulation et de la publication des mercuriales.
Un contexte mondial toujours tendu sur l’offre
La remontée durable des cours mondiaux du cacao trouve son origine dans les difficultés de production rencontrées en Afrique de l’Ouest depuis 2023. Les maladies du cacaoyer, le vieillissement des vergers et les aléas climatiques ont pesé sur les récoltes ivoiriennes et ghanéennes, poussant les prix à des sommets inédits sur les marchés de Londres et de New York. Dans ce sillage, les producteurs camerounais bénéficient d’un effet d’entraînement, malgré des volumes exportés plus modestes qu’à Abidjan ou Accra.
Pour Yaoundé, ce contexte représente une fenêtre d’opportunité. Les recettes d’exportation du cacao pèsent lourd dans la balance commerciale hors hydrocarbures, et la remontée des cours consolide les rentrées de devises. Reste que la filière doit composer avec une exigence croissante des acheteurs européens en matière de durabilité, notamment sous l’effet du règlement de l’Union européenne sur les produits issus de la déforestation, dont l’entrée en application impose une traçabilité renforcée jusqu’à la parcelle.
Enjeux de compétitivité et de transformation locale
Au-delà du signal-prix, la question de la valeur ajoutée locale demeure centrale. Le Cameroun transforme aujourd’hui une part croissante de sa production, portée par des industriels installés à Douala et par les investissements de groupes chocolatiers cherchant à sécuriser leur approvisionnement en fèves de qualité. Le relèvement du prix indicatif à 3 654 FCFA le kilogramme pourrait toutefois renchérir la matière première pour les transformateurs domestiques, contraints d’aligner leurs offres sur celles des exportateurs.
Les autorités camerounaises misent depuis plusieurs années sur la certification et la prime à la qualité pour capter davantage de valeur. Les programmes de renouvellement des vergers, l’appui à la fermentation contrôlée et l’accompagnement des coopératives figurent parmi les leviers mobilisés pour maintenir la compétitivité du cacao camerounais face aux origines concurrentes. La question du financement de ces politiques reste posée alors que la conjoncture haussière offre, temporairement, une marge budgétaire supplémentaire.
Par ailleurs, la fixation d’un prix indicatif ne préjuge pas des cours réels pratiqués sur le terrain, qui varient selon les zones, la période et le pouvoir de négociation des acheteurs. Les organisations de producteurs plaident régulièrement pour un mécanisme de transmission plus transparent, afin que la hausse observée à l’international se traduise effectivement dans le revenu des planteurs.
Omer Kamga




