(BFI) – Camwater, la compagnie publique des eaux camerounaise, a attribué à l’entreprise chinoise Hangzhou Laison Technology Company Limited un contrat de 721,76 millions de Fcfa pour le déploiement de 3 000 compteurs d’eau intelligents. Il s’agit de la première phase d’un programme beaucoup plus vaste visant à améliorer la facturation et à accroître les recettes. La décision a été signée le 17 août 2026 par Blaise Moussa, directeur général de Camwater, et publiée le 26 août par l’Agence de régulation des marchés publics (ARMP).
Le contrat porte sur la fourniture, l’installation et la mise en service des 3 000 compteurs, ainsi que sur les équipements de communication, une plateforme informatique (serveurs et logiciels), 10 terminaux portables et une interface avec les systèmes de paiement. Il inclut également les tests du système et la formation des employés de Camwater. Les documents d’appel d’offres désignent Bonabéri (Douala) et Odza (Yaoundé) comme zones pilotes, sans toutefois préciser la répartition des compteurs entre ces deux zones.
L’offre de Laison, d’un montant de 721,76 millions de Fcfa, est inférieure de 278,24 millions de Fcfa (soit 27,8 %) à l’estimation de Camwater, qui s’élève à 1 milliard de Fcfa. En divisant la valeur du contrat par 3 000 compteurs, on obtient environ 240 588 Fcfa par appareil. Toutefois, ce chiffre ne correspond pas à un prix unitaire, car le contrat inclut également la plateforme informatique, les équipements de communication, l’installation, les tests et la formation.
La décision d’attribution et le dossier d’appel d’offres fixent un délai d’exécution de 180 jours à compter de la date d’émission de l’avis de début des travaux par Camwater. Une autre section de l’avis d’appel d’offres, publié par l’ARMP, prévoit cependant un délai de 200 jours. Le contrat final devra lever cette divergence. Aucune date d’exécution ferme ne peut être établie à ce jour, la date de l’avis de début des travaux n’ayant pas été rendue publique.
Le premier lot représente 7,5 % de l’objectif
Ces 3 000 compteurs représentent 7,5 % des 40 000 appareils que le programme IMPACT (Amélioration de la performance, de la responsabilité et de la transparence) prévoit de déployer auprès des clients commerciaux actifs de Douala et de Yaoundé. Dans son évaluation de programme de février 2025, la Banque mondiale estimait que l’acquisition et le déploiement des 40 000 compteurs coûteraient entre 6 et 10 millions de dollars. Elle prévoyait un revenu annuel supplémentaire d’au moins 2 millions de dollars et un taux de rendement interne compris entre 14 % et 30 %. Ces chiffres correspondent à des prévisions établies avant le déploiement et non à des résultats observés.
D’ici 2028, le programme vise à augmenter les recettes annuelles de 1,2 milliard de Fcfa (en valeur réelle) dans les zones équipées de compteurs intelligents. La performance sera mesurée en comparant les paiements effectivement reçus des clients équipés de compteurs intelligents aux paiements de l’année précédente, ajustés de l’inflation. Une allocation de 10 millions de dollars de l’Association internationale de développement (IDA), l’organisme de financement concessionnel de la Banque mondiale, est liée à cet indicateur de performance. Ce montant ne constitue pas le budget d’achat des compteurs. Son versement est conditionné à l’atteinte et à la vérification des résultats escomptés.
L’avis d’appel d’offres impute également le contrat au budget d’investissement public 2026, sous une ligne budgétaire du ministère de l’Eau et de l’Énergie, tout en faisant référence au crédit IDA du programme IMPACT. Les documents publiés ne précisent pas la part du contrat qui sera financée par chaque source.
Au 30 juin 2026, la Banque mondiale considérait toujours l’indicateur de recettes pour les zones équipées de compteurs intelligents comme « en retard ». Aucun résultat n’avait été enregistré en 2025, la procédure d’acquisition était toujours en cours et les premières installations n’étaient pas attendues avant octobre 2026. L’attribution du contrat à Laison ne signifie donc pas que les compteurs ont été livrés ou installés. L’avis de Camwater demande à l’entreprise de se présenter à son siège pour finaliser le processus contractuel.
Un projet pilote antérieur à Bonabéri
Laison indique avoir installé environ 1 500 compteurs prépayés utilisant la technologie LoRa à Bonabéri en 2021. Selon une étude de cas publiée par le fournisseur, le système était connecté à GESCOM, le logiciel de gestion commerciale de Camwater. À l’époque, l’entreprise chinoise évoquait un déploiement possible d’environ 20 000 compteurs par an et une demande potentielle de 600 000 unités. Ces chiffres provenaient de Laison et ne constituaient pas des engagements contractuels de la part de Camwater.
Une publication de février 2021, citant une source interne à Camwater, situait le projet pilote à Bonabéri et à Odza, mais mentionnait dans les deux cas 1 500 foyers et 3 000 compteurs. Les sources publiques disponibles ne fournissent aucune évaluation des performances de ces appareils, des revenus générés ni de leur impact sur les taux de recouvrement. Les nouveaux documents d’appel d’offres ne précisent pas non plus si les compteurs commandés en août 2026 viendront compléter, remplacer ou relancer le système précédent.
Le diagnostic du programme IMPACT repose principalement sur les données de 2022. Cette année-là, Camwater a enregistré des recettes d’environ 35 milliards de Fcfa, tandis que les pertes d’eau non facturées représentaient près de 40 %. La Banque mondiale a estimé ces pertes à 26 milliards de Fcfa par an et a évalué le taux de recouvrement moyen de Camwater à 63 %, contre un taux de référence sectoriel de 95 % cité dans le document du programme.
Les derniers comptes publiés de Camwater font également état d’une perte nette après impôts de 2,21 milliards de Fcfa en 2024, contre 3,16 milliards de Fcfa en 2023. Le véritable test de ce nouveau contrat interviendra après sa mise en œuvre : combien de compteurs seront installés et opérationnels, s’ils seront correctement raccordés à GESCOM et aux systèmes de paiement, et quel sera le montant des recettes supplémentaires effectivement perçues par Camwater ? L’attribution du contrat, le 17 août, ne fournit à ce jour aucun de ces éléments.
Antoine Mboussi




