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Le Cameroun peine à séduire les SVT sur le marché des titres publics de la Cemac

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Institué sous l’égide de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), le statut de spécialiste en valeurs du Trésor confère à certaines banques commerciales un rôle pivot. Ces intermédiaires s’engagent à souscrire aux émissions primaires de bons et d’obligations du Trésor, puis à en assurer la circulation sur le marché secondaire. En contrepartie, ils bénéficient d’un accès privilégié aux adjudications et d’avantages tarifaires. Le mécanisme, calqué sur les standards internationaux, doit théoriquement fluidifier le financement des États membres de la Cemac.

Dans les faits, le Cameroun bute sur l’appétence limitée de ses partenaires bancaires. Plusieurs SVT agréés n’atteignent pas les seuils minimaux de souscription attendus, quand d’autres se montrent réticents à animer la cote sur le compartiment secondaire. Cette frilosité contraste avec le dynamisme affiché par le Gabon ou le Congo, qui parviennent à mobiliser plus efficacement leur pool de teneurs de marché. Résultat : les levées camerounaises restent souvent inférieures aux montants annoncés, ou se réalisent à des taux plus onéreux que ceux escomptés par le Trésor.

Plusieurs facteurs expliquent cette désaffection. D’abord, la rentabilité perçue de l’activité SVT demeure faible au regard des contraintes prudentielles. Les banques doivent immobiliser des fonds propres pour porter les titres, dans un contexte où la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) resserre ses exigences en matière de ratios de solvabilité. Ensuite, le marché secondaire régional souffre d’une profondeur insuffisante : les positions prises en primaire trouvent difficilement preneur, ce qui expose les intermédiaires à un risque de liquidité mal rémunéré.

À cela s’ajoute la concurrence des instruments monétaires de la BEAC. Les opérations de politique monétaire, mieux calibrées et plus liquides, offrent aux banques une alternative jugée moins risquée. Concrètement, les établissements de la place arbitrent en défaveur des titres souverains longs, préférant loger leurs excédents dans des placements courts auprès de l’institut d’émission. Ce comportement, rationnel du point de vue microprudentiel, prive les Trésors nationaux d’une base d’investisseurs stable.

Reste que la structure même du marché camerounais accentue le phénomène. La concentration bancaire, la faible participation des investisseurs institutionnels non bancaires — compagnies d’assurances, caisses de prévoyance — et l’absence quasi totale d’investisseurs étrangers réduisent le vivier de demande. Le Trésor camerounais se retrouve tributaire d’un cercle restreint de contreparties, ce qui affaiblit sa capacité de négociation lors des adjudications.

Face à cette situation, plusieurs pistes sont évoquées par les acteurs de la place. La révision du cahier des charges des SVT, avec un système d’évaluation plus incitatif et une gradation des sanctions, figure parmi les priorités. Le renforcement de la transparence sur les calendriers d’émission et la prévisibilité des volumes offerts constituent également un préalable pour rassurer les investisseurs. Par ailleurs, l’élargissement de la base d’investisseurs, via l’ouverture progressive du marché aux acteurs non bancaires et à la diaspora, apparaît comme une voie de diversification.

Le sujet dépasse la seule technique financière. Il touche à la souveraineté financière du Cameroun et, plus largement, à la crédibilité de la Cemac comme espace de mobilisation de l’épargne domestique. Dans un environnement international où les conditions de financement extérieur se durcissent, la profondeur du marché régional devient un enjeu macroéconomique de premier plan. Yaoundé ne peut se permettre durablement une intermédiation défaillante sur son propre marché intérieur.

Rédaction
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