(BFI) – Au Cameroun, diriger une entreprise publique reste l’un des postes les plus lucratifs du pays. Entre salaires de base s’étalant de 2 à 6 millions de FCFA et indemnités diverses, la rémunération mensuelle de certains Directeurs Généraux franchit allègrement la barre des 8 millions de FCFA. Un traitement princier encadré par la loi, mais qui suscite régulièrement le débat face aux performances réelles de ces structures.
Ce système de rémunération n’a rien de secret. Il repose sur le décret présidentiel de juin 2019, qui classe les entreprises publiques en cinq catégories selon leur chiffre d’affaires moyen. Au sommet de la pyramide (1ère catégorie), des mastodontes comme la SNH, la Sonara ou le Port Autonome de Douala (PAD) offrent à leur DG un salaire de base fixe de 6 millions de FCFA. À l’autre extrémité, la 5e catégorie garantit un plancher de 2 millions de FCFA par mois.
Mais le salaire de base n’est que la partie émergée de l’iceberg. En y ajoutant les indemnités légales de responsabilité (1/5e du salaire) et de représentation (1/7e), le jackpot mensuel d’un patron de première catégorie grimpe précisément à 8 057 143 FCFA. Une somme à laquelle s’ajoute une impressionnante liste d’avantages en nature : logements et véhicules de fonction de luxe, dotations massives en carburant, gardiennage permanent et de très généreuses primes de commissions et perdiems lors des missions officielles.
Si ces super-salaires visaient à attirer les meilleurs managers et à moraliser la gestion publique, l’opinion publique s’interroge. Est-il légitime de verser de telles sommes à des dirigeants dont les entreprises, souvent en situation de monopole (eau, électricité, télécoms), affichent des bilans financiers déficitaires et dépendent des subventions de l’État ? Alors que le pays cherche à optimiser ses dépenses, la question de l’indexation de ces revenus sur les résultats réels et la qualité du service rendu reste entière. La culture de la performance tarde encore à s’imposer.
Aimé Francis




