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Le Cameroun encourage les entreprises locales à bénéficier du Papss en monnaie locale

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Adossé à Afreximbank, ce dispositif permet à un donneur d’ordre de régler un partenaire africain depuis son compte en francs CFA, le bénéficiaire recevant les fonds dans sa propre monnaie, sans transit par le dollar ou l’euro. La plateforme annonce un traitement en quelques secondes, complété par un règlement net coordonné en fin de journée avec les banques centrales participantes.

L’entrée officielle de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) dans le dispositif, prévue le 9 juillet 2026, constitue la brique monétaire et réglementaire indispensable. Elle n’ouvre toutefois pas mécaniquement le service aux clients de la zone CEMAC. Les banques commerciales, fintechs et prestataires de paiement doivent encore se connecter techniquement à la plateforme et activer les canaux permettant d’initier les opérations. Le gouverneur Yvon Sana Bangui les a appelés à préparer leur participation, en promettant des paiements transfrontaliers plus rapides, plus abordables et plus efficaces.

Cette nuance est capitale au regard des chiffres avancés par PAPSS. Après l’arrivée de la BEAC, l’opérateur revendique une connexion avec 28 pays, plus de 190 banques commerciales et fintechs, ainsi que 16 commutateurs de paiement. Il indique également que plus de 250 autres institutions peuvent être atteintes via des partenaires. Ces statistiques de couverture ne garantissent cependant pas que chacun de ces établissements émette et reçoive déjà des paiements dans les deux sens.

Dans sa cartographie de juin 2026, la plus récente publiée avant l’entrée de la BEAC, le Cameroun figurait uniquement dans le réseau étendu du PAPSS, en réception de fonds, via une banque et un portefeuille mobile non identifiés. Le pays n’apparaissait pas parmi les marchés dotés de participants directs capables d’émettre et de recevoir. Au 24 août, aucune liste publique actualisée ne détaille les banques camerounaises effectivement opérationnelles, les corridors ouverts, les tarifs ou les plafonds applicables. Or ce sont précisément ces paramètres qui conditionneront l’appropriation par les entreprises.

Un coût continental estimé à 5 milliards de dollars par an

L’enjeu dépasse la seule rapidité de règlement. Les paiements entre deux pays africains transitent encore régulièrement par une devise forte et par des banques correspondantes situées hors du continent. PAPSS chiffre à environ 5 milliards de dollars par an les frais, délais et coûts d’opportunité absorbés par cette fragmentation, soit un ordre de grandeur proche de 2 800 milliards de FCFA au cours indicatif de la BEAC du 24 août 2026. Cette estimation demeure continentale et institutionnelle : elle ne détaille ni les gains attendus pour le Cameroun ni le futur barème des banques locales.

Pour un importateur camerounais approvisionné au Ghana, au Kenya ou au Nigeria, la promesse est de payer en francs CFA depuis sa banque habituelle, la conversion et le règlement s’effectuant à l’intérieur du réseau africain. Le mécanisme pourrait réduire le nombre d’intermédiaires, raccourcir les délais et limiter le recours opérationnel aux devises tierces. Il ne dispense en revanche ni des contrôles de conformité bancaire, ni des justificatifs commerciaux, ni des obligations imposées par la réglementation des changes de la CEMAC.

Zlecaf : un maillon parmi d’autres pour l’économie camerounaise

Le Cameroun conserve une avance relative en Afrique centrale sur le terrain de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Dans une note du 30 juillet 2026, la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) le présente comme le seul pays de la sous-région ayant déjà commercé aux conditions préférentielles de l’accord, dans le cadre de l’Initiative de commerce guidé. Le premier certificat d’origine camerounais avait été délivré le 6 octobre 2022 au GIC Afatex, pour une cargaison de safous séchés, d’ananas séchés et de thé au gingembre à destination du Ghana.

Cette antériorité reste néanmoins difficile à quantifier. Ni le communiqué du ministère du Commerce ni les sources publiques disponibles ne fournissent un bilan consolidé du nombre d’entreprises utilisatrices, des volumes échangés ou des droits de douane économisés. La CEA insiste sur la nécessité d’une chaîne complète : offres tarifaires, règles d’origine, procédures douanières, normes de qualité, logistique, financement et traitement des barrières non tarifaires. Le PAPSS ne lève qu’un maillon, celui du paiement, et à condition que les banques de la CEMAC se raccordent effectivement. Sans calendrier précis, sans liste de participants et sans grille tarifaire, l’appel gouvernemental à l’appropriation reste une préparation utile mais inaboutie à un marché continental de près de 1,4 milliard de consommateurs.

Antoine Mboussi

Rédaction
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