(BFI) – En réponce à une lettre de Somdia adressée au Premier ministre, Chef du Gouvernement, le 6 juillet 2026, dans laquelle le groupe agro-industriel exposait sa volonté de céder ses parts au capital de la Sosucam ainsi que les modalités envisagées «en urgence» pour conduire l’opération, le chef du gouvernement du Cameroun a adressé un courrier référencé 0539/CAB/PM daté du 10 août 2026, ordonnant la suspension « avec effet immédiat à toute démarche relative au projet de cession qu’elle soit engageante ou préparatoire ».
Dans ce courrier, le ministre, directeur du cabinet du premier ministre, Chef du gouvernement, indique que le gouvernement du Cameroun a pris « bonne note » de la volonté de procéder à la cession des parts de Somdia au capital social de la Sosucam, ainsi que les modalités envisagées « en urgence » pour la conduite de cette opération. Il rappelle dans la foulée que le Chef du Gouvernement tient à souligner que la Sosucam revêt, pour l’Etat du Cameroun, un caractère hautement stratégique, tant au regard de la souveraineté alimentaire du pays que de ses enjeux économiques et sociaux.
Le courrier précise qu’un Comité Stratégique de Pilotage a été institué. Sa mission consiste à examiner l’ensemble des implications de l’opération, à apprécier les différents enjeux et à formuler des recommandations qui doivent permettre au Gouvernement d’arrêter sa position en toute connaissance de cause. Ce comité dispose de six mois pour rendre ses conclusions.
Dans l’attente de ce délai et de la décision gouvernementale qui en découlera, Balungeli Ebune Confiance, le Directeur du Cabinet demande à Somdia de surseoir, avec effet immédiat, à toute démarche relative au projet de cession. La consigne s’étend à toute initiative engageante ou préparatoire, auprès de toute personne physique ou morale concernée par l’opération, y compris le Consortium initialement retenu par le groupe, ainsi qu’auprès de toute administration, institution, partenaire financier ou organe de la Sosucam.
La correspondance du Ministre Directeur de Cabinet du P.M. est claire : « Cette directive s’applique à toute initiative susceptible de faire progresser le processus de cession ou d’en préfigurer la réalisation. En conséquence, le Gouvernement considère qu’aucune évolution du processus de cession ne saurait intervenir avant l’achèvement des travaux du Comité Stratégique de Pilotage et la notification de sa position officielle. »
Contrat signé contre les directives du gouvernement
Contre toute attente, le 13 août 2026, Somdia s’est engagée avec un consortium d’industriels camerounais en vue de la cession de participation majoritaire dans la Sosucam (plus de 80%). D’après le communiqué publié le 14 août 2026 par Somdia, les potentiels actionnaires disposent de compétences complémentaires en termes de capacité de financement, connaissance de l’environnement des affaires camerounais et l’expérience opérationnelle nécessaire à la conduite d’un projet industriel de cette catégorie. Le consortium entend moderniser l’outil agricole et industriel de la Sosucam, améliorer les performances opérationnelles de l’entreprise, valoriser les co-produits et surtout développer des compétences locales et renforcer la production sucrière nationale. Sauf que l’entrée en vigueur de ce contrat devra attendre.
En effet, plusieurs préalables sont encore nécessaires. La finalisation de l’opération dépend désormais du quitus du gouvernement qui cherche à voir clair. Le Premier ministre chef du gouvernement Joseph Dion Ngute a mis en place un comité pour revoir tous les aspects liés à la transaction. Il est également important de s’assurer qu’en attendant la conclusion définitive de l’accord, la production est garantie. Durant la période de transition, les différentes parties vont travailler à protéger les droits des différentes parties. Les deux parties confirment que la continuité des activités et le maintien d’un dialogue social de qualité demeurent la priorité de l’ensemble des parties.
La concomitance entre l’injonction du Cabinet du Premier ministre de suspendre toute démarche avec le Consortium retenu et l’annonce de la signature intervenue quelques jours plus tard pose la question du respect de cette directive par Somdia et son futur repreneur.
Cédric Boyomo



