(BFI) – Le groupe bancaire français avait conclu un accord en juillet 2024 pour céder sa filiale béninoise à l’État. Ses propres comptes semestriels indiquent que la transaction n’était pas finalisée au 30 juin 2026. Cinq banques africaines demeurent inscrites au bilan – aucune n’étant destinée à la vente – tandis que la Côte d’Ivoire et la Tunisie continuent d’afficher une forte rentabilité.
Une journée stratégique, prévue le 21 septembre, pourrait clarifier les projets de la Société Générale concernant ses cinq banques africaines restantes en Côte d’Ivoire, en Algérie, au Sénégal, au Ghana et en Tunisie. Le 30 juillet 2024, la Société Générale annonçait avoir conclu un accord pour céder sa participation de 93,43 % dans Société Générale Bénin à l’État béninois, y compris la succursale togolaise de la banque. La transaction devait être finalisée avant la fin du premier trimestre 2025. Deux ans plus tard, elle n’est toujours pas conclue.
Ces informations proviennent des documents internes de la banque. Dans le rapport financier semestriel déposé auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF) le 31 juillet 2026, Société Générale Bénin et sa filiale togolaise figurent toujours parmi les actifs destinés à la cession, aux côtés de la fintech française Treezor. La formulation reste inchangée : le groupe « maintient son intention de vendre » et « continue de considérer cette cession comme hautement probable ». Ces actifs sont comptabilisés dans cette catégorie depuis le 31 décembre 2024, soit environ dix-sept mois après la date butoir fixée par la banque.
Ce retard n’est pas sans conséquences. Société Générale a enregistré un impact comptable négatif d’environ 25 millions d’euros au troisième trimestre 2024, lors de l’annonce de l’opération, et a indiqué au marché que la vente augmenterait son ratio de fonds propres de base d’environ deux points de base une fois finalisée – une libération de capital certes modeste, mais bien réelle, qu’elle n’a pas encore perçue. L’entité concernée est de taille modeste. Le Bénin et le Togo détenaient ensemble 376 milliards de francs CFA (573 millions d’euros) d’actifs à fin 2023, selon les chiffres de la commission bancaire de l’Union monétaire ouest-africaine. Société Générale Bénin était la sixième banque du Bénin, avec une part de marché de 8 %. La structure de son actionnariat complexifie la transaction. Société Générale Côte d’Ivoire détient 2,5 % de Société Générale Bénin, ce qui signifie que la vente inclut également une participation de la filiale ivoirienne, bien plus importante, du groupe.
Aucune explication publique n’a été fournie quant à ce retard. La transaction nécessitait l’approbation de la Commission bancaire de l’UMOA et des autorités monétaires togolaises. Les conditions financières n’ont pas été divulguées, pas plus que les modalités de la banque correspondante – le système permettant aux banques locales de compenser les paiements en euros et en dollars par l’intermédiaire d’institutions internationales plus importantes.
Parallèlement, les banques que Société Générale n’a pas mises en vente affichent de bonnes performances
Cinq filiales africaines figurent toujours dans la structure publiée du groupe : l’Algérie (100 %), la Côte d’Ivoire (73,2 %), le Sénégal (64,9 %), le Ghana (60,2 %) et l’Union Internationale de Banques (55,1 %) en Tunisie. Aucun actif n’est classé comme détenu en vue de la vente dans les comptes de juin, ce qui, conformément à la norme comptable applicable, signifie qu’au 30 juin, le groupe n’estimait pas qu’une vente d’un quelconque actif était suffisamment avancée pour la comptabiliser comme telle. La Société Générale Côte d’Ivoire a annoncé un bénéfice net de 101,35 milliards de francs CFA (154,5 millions d’euros) pour 2025, globalement stable par rapport à 2024, et a proposé un dividende brut de 81,07 milliards de francs CFA (123,6 millions d’euros), soit un taux de distribution de 80 %. Son bilan s’élevait à 3 769 milliards de Fcfa (5,75 milliards d’euros). Le bénéfice du premier trimestre 2026 a reculé de 11 % à 23,98 milliards de francs CFA (36,6 millions d’euros), pour un chiffre d’affaires de 65,6 milliards de Fcfa (100 millions d’euros). La banque a imputé ce recul aux investissements dans une nouvelle plateforme de banque d’entreprise plutôt qu’à un ralentissement de son activité. Sur la bourse régionale BRVM d’Abidjan, la capitalisation boursière de Société Générale Bénin s’élève à 1 182 milliards de Fcfa (1,80 milliard d’euros), valorisant la participation de la maison mère à environ 1,3 milliard d’euros.
À Tunis, UIB a publié ses indicateurs semestriels le 20 juillet. Le chiffre d’affaires a progressé de 5,7 % pour atteindre 273,2 millions de dinars (environ 80 millions d’euros), tandis que le résultat brut d’exploitation a augmenté de 11,1 % à 125,2 millions de dinars (environ 37 millions d’euros). Le ratio charges/produits est passé sous la barre des 55 % et l’encours des prêts à la clientèle s’établit à 6 479,9 millions de dinars (environ 1,9 milliard d’euros).
Les résultats régionaux du groupe confirment cette tendance. Au deuxième trimestre, ses activités en Afrique, dans le bassin méditerranéen et à l’international ont généré 328 millions d’euros de chiffre d’affaires pour un encours de prêts de 14 milliards d’euros. La République tchèque et la Roumanie ont généré 541 millions d’euros pour un encours de 49 milliards d’euros. Rapporté au volume de prêts, la région africaine a généré environ deux fois plus de revenus.
À suivre : le plan stratégique de Société Générale, attendu lors de sa Journée des marchés de capitaux le 21 septembre
Depuis 2023, Société Générale s’est retirée du Congo, du Tchad, du Mozambique, de Madagascar, du Burkina Faso, de la Guinée, de la Mauritanie et de la Guinée équatoriale. En 2024, elle a cédé sa banque et son assureur marocains à Saham pour 745 millions d’euros. Le 12 mai 2026, elle a transféré Société Générale Cameroun à l’État camerounais, retirant ainsi 1,9 milliard d’euros d’actifs de son bilan. Ce retrait s’explique essentiellement par des raisons financières. Les capitaux européens sont de retour.
La logique de ce repli est essentiellement financière. La réglementation européenne en matière de fonds propres renchérit la détention de certaines expositions africaines, notamment dans les pays considérés comme plus risqués. De ce fait, les filiales peuvent immobiliser des capitaux que Société Générale pourrait déployer ailleurs ou restituer aux actionnaires. Les filiales détenues minoritairement constituent une autre contrainte : certains capitaux détenus localement ne peuvent être pleinement pris en compte dans les ratios réglementaires du groupe. S’ajoute à cela la question de la conformité. La lutte contre le blanchiment d’argent et le respect des sanctions engendrent des coûts fixes importants dans toutes les juridictions, quelle que soit la taille de l’activité locale. Par conséquent, une petite filiale peut être rentable tout en restant peu attractive. Les investisseurs ont également eu tendance à privilégier la simplification du groupe par Société Générale.
Vendre une filiale ne signifie pas pour autant quitter le marché. Les banques africaines ont toujours besoin d’accéder aux opérations de compensation en euros et en dollars, ce qui implique des relations avec de grandes banques internationales disposant des licences et de l’infrastructure de conformité nécessaires. Cela crée un modèle économique différent pour des institutions comme Société Générale. Au lieu de posséder la banque locale, elles peuvent proposer des services de banque correspondante et de paiements transfrontaliers depuis des places financières telles que Paris, Londres ou New York. Cette relation nécessite moins de capitaux, génère des honoraires et évite les coûts liés à la tenue d’un bilan local.



