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Le trafic de faux médicaments continue de prospérer au Cameroun malgré les destructions régulières

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Les produits détruits avaient été saisis par le commissaire central de Bamenda lors d’opérations de contrôle. Après examen du dossier par le Comité régional de lutte contre les médicaments illicites et autres produits pharmaceutiques, ils ont été incinérés conformément aux normes de santé publique et de protection de l’environnement. Selon les autorités, cette opération vise à protéger les populations contre les médicaments contrefaits, de qualité inférieure, périmés ou introduits dans les circuits de distribution en dehors du cadre légal. Ces produits exposent les consommateurs à des risques d’échec thérapeutique, d’intoxication, de résistance aux antimicrobiens et, dans les cas les plus graves, de décès.

L’opération de Bamenda est loin d’être un cas isolé. Ces dernières années, les autorités camerounaises ont multiplié les saisies et les destructions de faux médicaments dans plusieurs villes du pays. Des opérations d’envergure ont notamment été menées à Douala, Yaoundé, Maroua, Garoua, Bertoua ou encore dans les régions frontalières, où les produits sont généralement introduits par des circuits de contrebande.

Trois milliards de FCFA de faux médicaments

En novembre 2025, le ministre de la Santé publique révélait que des médicaments contrefaits d’une valeur de plus de 369 millions de FCFA avaient été saisis en seulement six mois, entre janvier et juin 2025, preuve que le trafic demeure particulièrement actif malgré les opérations de répression. Selon les autorités sanitaires, près de 3 milliards de FCFA de faux médicaments ont été officiellement détruits à la suite des saisies massives opérées au cours de l’année 2021, tandis que plusieurs dizaines de personnes font l’objet de poursuites judiciaires pour leur implication dans ces réseaux.

Si les destructions se succèdent, elles ne semblent pourtant pas suffire à assécher le marché parallèle. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime qu’« environ 10,5 % des produits médicaux vendus dans les pays à revenu faible ou intermédiaire sont de qualité inférieure ou falsifiés. Ce trafic mondial représente une valeur estimée à plus de 30 milliards de dollars et touche de plein fouet les régions vulnérables ». Ces produits circulent principalement dans les marchés informels, les circuits clandestins et, de plus en plus, sur Internet.

Au Cameroun, plusieurs facteurs alimentent ce commerce : la porosité des frontières, la faiblesse des contrôles sur certains axes commerciaux, les marges importantes réalisées par les trafiquants, mais aussi les difficultés d’accès aux médicaments dans certaines localités. Le prix, souvent bien inférieur à celui pratiqué dans les pharmacies, pousse également une partie de la population à s’approvisionner dans la rue, malgré les risques encourus. Les conséquences sanitaires sont considérables. Les faux médicaments peuvent contenir une quantité insuffisante de principe actif, aucun principe actif ou encore des substances toxiques. Ils favorisent les résistances aux antibiotiques, retardent la prise en charge des malades et peuvent provoquer des intoxications mortelles.

Alertes sanitaires

Selon un rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), le trafic de produits médicaux falsifiés et de qualité inférieure dans la région du Sahel conduit au décès de 270 000 personnes par an, un chiffre alarmant qui touche de plein fouet les malades du paludisme et d’autres pathologies graves. Le Cameroun a lui-même été confronté à plusieurs alertes sanitaires.

En juillet 2023, l’OMS avait émis une alerte concernant un lot du sirop Naturcold contaminé par du diéthylène glycol toxique découvert au Cameroun, un scandale associé au décès de plusieurs enfants. Fin 2025, les douanes camerounaises ont renforcé la vigilance aux frontières suite à une alerte d’Interpol et de l’OMS concernant d’autres marques indiennes suspectes (Coldrif, Respifresh TR, Relife).

Pour les spécialistes de la santé publique, l’incinération des médicaments saisis constitue une étape indispensable afin d’empêcher leur remise en circulation. Toutefois, elle ne traite que les conséquences d’un phénomène beaucoup plus vaste. La lutte contre les faux médicaments passe également par le renforcement des contrôles aux frontières, le démantèlement des réseaux criminels, l’amélioration de la traçabilité des produits pharmaceutiques, le développement d’une production locale de médicaments de qualité et une sensibilisation accrue des populations aux dangers de l’achat de médicaments dans la rue.

Tant que les médicaments vendus dans les circuits officiels resteront inaccessibles pour une partie de la population et que les réseaux de contrebande continueront de prospérer, les destructions de cargaisons illicites, aussi spectaculaires soient-elles, risquent de demeurer un combat sans fin contre un marché parallèle qui se reconstitue sans cesse.

Rédaction
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