(BFI) – Les données publiées par la caisse autonome d’amortissement (CAA) montrent qu’à fin juin 2026, le Cameroun avait signé 514 milliards de Fcfa de nouveaux accords de prêts. Parmi eux, 447 milliards de Fcfa, soit près de 87% des engagements, relèvent de financements non concessionnels, contracté à des conditions proches du marché et plus couteuses que les prêts concessionnels.
Les profils des nouveaux créanciers confirment cette évolution. Aux côtés de l’Agence Française de Développement (AFD) et du Fonds saoudien de développement (FSD), qui accordent des prêts à des conditions concessionnelles ou semi-concessionnelles, figurent plusieurs banques européennes dont Standard Chartered Bank, Belfius, ING Bank, Deutsche Bank Espagne et UniCrédit Bank Austria, intervenant sur des financements de marché.
A l’inverse, les nouveaux engagements des bailleurs multilatéraux, tels que la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD) ou le Fonds monétaire international (FMI), traditionnellement pourvoyeur de ressources concessionnelles, sont quasi inexistant, même si ces institutions demeurent des créanciers majeurs dans le portefeuille historique de la dette extérieure du Cameroun.
Cette « orientation » vers les financements commerciaux n’est pas nouvelle. Dans sa conjoncture mensuelle de la dette publique au 31 mars 2026, la CAA indiquait déjà que les financements de marché représentaient 90,1% des décaissements extérieurs, contre 9,5% pour les bailleurs multilatéraux et 0,4% pour les partenaires bilatéraux. Les prêts-projets décaissés suivaient déjà ma même tendance, les financements non concessionnels en représentant 88,9% cette évolution s’inscrit dans un contexte marqué par la contraction progressive des financements concessionnels à l’échelle international. Avec la baisse des aides publiques au développement et des besoins d’investissements toujours plus importants pour financer les infrastructures et de soutenir la croissance, de nombreux Etats africains, dont le Cameroun, sont contraints de recourir davantage aux marchés financiers et aux banques commerciales. Le recours aux prêts non concessionnels répond ainsi moins à un choix qu’à une contrainte de financement.
La CAA rappelle qu’un prêt est dit concessionnel lorsque son « élément don » est supérieur ou égal à 35%. Ces financements offrent généralement des taux d’intérêt plus faibles et des maturités plus longues. A l’inverse, les prêts non concessionnels sont accordés à des conditions proches du marché, ce qui renchérit le coût de la dette et accroît les risques de financement et de change. La même tendance se retrouve dans les projets en préparation. Au 31 mars 2026, neuf décrets d’habilitation avaient été signés pour un montant de 591,28 milliards de Fcfa dont 546,28 milliards de Fcfa de financements non concessionnels contre seulement 45 milliards de Fcfa de ressources concessionnelles.
Cette évolution contraste avec le Document d’orientation budgétaire 2026-2028, qui prévoit pourtant que la dette extérieure soit financée en priorité par des ressources concessionnelles, les prêts non concessionnels ne devant être mobilisé qu’en l’absence d’alternatives et pour des projets à forte rentabilité économique et sociale.



