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Le Cameroun pourrait perdre 300 milliards de Fcfa en 2027 si aucun nouvel accord avec le FMI n’est fait

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L’arbitrage n’est pas anodin. Le précédent programme, conclu en 2021 puis prolongé d’un an, s’est achevé en juillet 2025. Depuis, le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, plaide ouvertement pour la conclusion d’un nouvel accord, comme lors du Conseil de cabinet du 30 octobre 2025. Le Premier ministre a renvoyé la décision d’ouvrir formellement les négociations à la présidence de la République, mais l’inscription du futur concours dans le cadrage triennal montre que l’exécutif retient déjà cette option comme scénario de référence.

Le déficit budgétaire global du Cameroun devrait s’établir à 1 018 milliards de FCFA en 2027, contre 808,5 milliards attendus en 2026. Les seuls appuis conditionnés à l’accord avec le FMI en couvriraient près de 30 %. À ce déficit s’ajoutent 2 143,5 milliards de FCFA de charges de financement et de trésorerie, dominées par le remboursement de la dette et l’apurement d’arriérés. La seule dette financière à rembourser représenterait 1 602,5 milliards.

Pour boucler l’exercice, l’État prévoit 866,7 milliards de FCFA de tirages sur prêts-projets, 400 milliards d’émissions de titres publics, 250 milliards de financement bancaire direct et 131,5 milliards prélevés sur ses réserves à la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Le gouvernement envisage surtout un nouvel emprunt extérieur d’un montant équivalent à 1 000 milliards de FCFA, après une opération de même ampleur programmée en 2026. Le DPEB qualifie sans détour l’absence d’accord avec le FMI de « risque majeur » pour la soutenabilité des finances publiques à moyen terme.

À défaut de programme, le Trésor devrait compenser les 300 milliards manquants par un endettement supplémentaire, une mobilisation renforcée de ressources intérieures ou des arbitrages sur les dépenses. Or le ministère des Finances relève lui-même le renchérissement des ressources sur le marché intérieur, la fermeté des taux et la profondeur encore limitée du marché financier domestique de la Cemac. Autant de contraintes qui restreignent la possibilité de substituer aisément une dette commerciale à des appuis concessionnels.

Au-delà des décaissements propres à l’institution de Washington, un accord avec le FMI joue un rôle de catalyseur auprès de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement (BAD), de l’Union européenne et des partenaires bilatéraux. Ces créanciers conditionnent souvent leurs appuis à la conduite de réformes et au respect d’objectifs macroéconomiques validés dans le cadre du programme.

Selon Louis Paul Motazé, les deux programmes déployés entre 2017 et 2025 ont permis au Cameroun de lever environ 2 600 milliards de FCFA d’appuis budgétaires, en cumulant les tirages du FMI et les concours associés d’autres partenaires. « Nous ne les aurions plus en cas de non-conclusion d’un nouveau programme avec le FMI », avait averti le ministre. Yaoundé prévoit parallèlement d’élargir l’assiette fiscale non pétrolière, de moderniser les administrations de collecte et de rationaliser les dépenses courantes au profit de l’investissement.

La démarche camerounaise reste toutefois tributaire de la situation d’ensemble de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Dans la zone, les programmes nationaux soutenus par le FMI supposent des assurances régionales portant sur la politique monétaire, la reconstitution des réserves de change et la cohérence des trajectoires budgétaires des six États membres.

La revue des politiques communes de la Cemac, initialement prévue en décembre 2025, a été reportée. Les autorités invoquent un alignement insuffisant des politiques budgétaires nationales sur la stratégie régionale et des accords encore incomplets sur les assurances associées aux réformes. Cette validation constitue un préalable, sans pour autant ouvrir automatiquement la voie à un accord bilatéral entre Yaoundé et le FMI.

Reste la question du calendrier. En inscrivant dès à présent 300 milliards de FCFA d’appuis conditionnels dans son plan de financement 2027, l’exécutif camerounais lie une partie de sa crédibilité budgétaire à l’issue des négociations. Un retard prolongé imposerait un recours accru à la dette commerciale ou des coupes dans les dépenses, à contretemps des ambitions d’investissement affichées.

André Noir

Rédaction
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