(BFI) – Selon les révélations du projet Arizona, un consortium d’investigation journalistique, pas moins de 8674 milliards de Fcfa ont été détourné des caisses de l’Etat en 1997 et 2021. Pour le citoyen lambda, ce chiffre donne le tournis. Concrètement cette somme représente plus que le budget de l’Etat du Cameroun pour une année entière. Avec un tel trésor public volatilisé, le pays aura pu auto-financer plus de 15 fois l’autoroute Yaoundé-Douala.
L’enquête, adossée aux données de la Chambre des Comptes du Tribunal criminel spécial (TCS) et de l’Agence nationale d’investigation financière (ANIF), révèle une accélération brutale de la corruption durant le quinquennat 2012-2017. A elle seule, cette période consacre près de 6000 milliards de Fcfa de perte. Ce pic coïncide tragiquement avec le lancement des grands projets d’infrastructures du pays.
Les budgets alloués aux barrages, aux routes et aux stades de football se sont transformé en compte bancaire offshore et en parc immobilier privé, transformant l’ambition de développement en un mirage économique.
Ceux qui espéraient un assainissement des mœurs financières publics en sont pour leur frais. L’actualité récente montre que les circuits de la corruption se sont simplement adapté. L’ANIF a encore détecté un pic historique de 1665,4 milliards de Fcfa de flux financier suspect en un an. Plus alarmant encore, de nouveaux secteurs sont touchés.
Une récente enquête de Financial Transparency Coalition (FTC) révèle que l’exportation illégale de bois fait perdre chaque année plus de 162,8 milliards de Fcfa au Trésor public. L’or vert du Cameroun quitte le port de Douala sans que l’Etat n’en touche les dividendes légitimes. Face à ce pillage à ciel ouvert, la riposte judiciaire menée à travers l’opération épervier affiche des limites criantes. Le TCS enchaîne les condamnations mais l’argent ne rentre pas. Les 10,2 milliards de Fcfa récupérés ne représente qu’une goutte d’eau à peine 1% face aux 8 674 milliards de Fcfa volatilisé.
L’extinction de l’action publique après remboursement partielle bien que légale, laisse un goût amère d’impunité. Le Cameroun ne souffre pas d’un manque de ressource, mais d’une impunité systémique qui vide ses caisses publiques. Tant que les mécanismes de contrôle resteront un outil de sanction à postéori plutôt qu’un verrou préventif, les milliards du développement continueront de construire des fortunes privées au détriment de l’avenir des millions de camerounais. La justice parviendra-t-elle un jour à renverser ce rapport de force ?
André Noir



