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Au Cameroun, les avances du Trésor aggravent les arriérés de paiement, qui atteignent désormais 1 000 milliards de Fcfa

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À fin mars 2026, les arriérés de paiement s’élevaient à 1 026 milliards de Fcfa (1,8 milliard de dollars). Sur ce montant, 452,5 milliards de Fcfa, soit environ 44 %, correspondaient à des factures impayées depuis plus de trois mois. La caisse autonome d’amortissement (CAA) a toutefois précisé que ce chiffre reposait encore sur des estimations datant de fin décembre 2025, dans l’attente de la consolidation des paiements effectués au cours du premier trimestre 2026. Selon le ministère des Finances, une partie du problème provient de « la multiplication des dépenses hors budget, trop souvent réglées par des avances au Trésor ».

Cette déclaration suggère que les retards de paiement ne sont pas simplement dus à des pénuries de trésorerie temporaires. Ils reflètent également la manière dont certaines dépenses publiques sont autorisées, financées et ultérieurement intégrées au budget.

Dépenses avant régularisation budgétaire

Dans le cadre de la procédure normale de dépenses publiques au Cameroun, les dépenses doivent d’abord être couvertes par des crédits budgétaires avant d’être engagées, vérifiées, autorisées et payées. Les avances au Trésor permettent à l’État de débloquer des fonds plus rapidement pour certaines dépenses, à condition qu’elles soient ultérieurement régularisées par le biais du système budgétaire et comptable. Ce mécanisme n’est pas intrinsèquement irrégulier. Il peut être utilisé pour financer des dépenses urgentes ou des paiements qui ne peuvent attendre la finalisation du processus budgétaire.

Le problème survient lorsque les avances du Trésor deviennent un instrument de financement courant, lorsque les crédits budgétaires correspondants sont insuffisants ou lorsque le processus de régularisation est retardé. Dans de tels cas, les dépenses sont exécutées immédiatement, tandis que leur comptabilisation budgétaire définitive est reportée. Le gouvernement doit ensuite identifier les crédits nécessaires ou reporter d’autres paiements, ce qui crée des goulots d’étranglement dans la chaîne des dépenses et alourdit le stock de factures impayées au Trésor.

Le DPEB n’estime pas la part des 1 026 milliards de Fcfa d’arriérés directement imputable aux avances du Trésor. Les obligations de paiement en suspens comprennent également des dépenses dûment autorisées mais qui n’ont pas encore été réglées. Malgré cela, le gouvernement identifie explicitement les dépenses hors budget comme l’un des principaux facteurs de l’accumulation continue des arriérés.

La dette flottante continue de se reconstituer

Cette évaluation du gouvernement intervient malgré les efforts considérables déployés pour réduire la dette flottante. Selon le DPEB, le Cameroun a alloué 232,5 milliards de Fcfa en 2024 et 230,4 milliards de Fcfa supplémentaires en 2025 pour apurer ses dettes, soit un total de 462,9 milliards de Fcfa sur deux ans.

Malgré ces paiements, le gouvernement reconnaît que la dette flottante « continue de se reconstituer dans certains domaines ». Il pointe du doigt plusieurs sources de pression récurrentes, notamment des contrats de location-financement publics sous-budgétisés, des obligations locatives au titre de certains partenariats public-privé et la reprise par l’État de dettes d’entités publiques.

En 2025, les arriérés de paiement du Trésor et les autres dettes non structurées suivies par l’Autorité de la comptabilité publique (ACP) représentaient 715,6 milliards de Fcfa des besoins de financement et de trésorerie de l’État. Ce montant s’ajoutait à un déficit budgétaire de 350,2 milliards de Fcfa, à un amortissement de la dette totalisant 706,8 milliards de Fcfa et à des remboursements de crédits de TVA de 49 milliards de Fcfa. Ces chiffres indiquent que les factures impayées sont devenues bien plus qu’un simple problème comptable. Elles absorbent désormais une part importante des liquidités disponibles de l’État, réduisant ainsi sa capacité à financer de nouvelles dépenses.

Les fournisseurs supportent le fardeau financier

Pour les entreprises, les retards de paiement correspondent à des biens déjà livrés ou des services déjà fournis, mais non encore payés. Lorsque les retards persistent, ce sont de fait les fournisseurs qui financent l’État. Les entreprises doivent continuer à payer leurs employés, leurs sous-traitants, leurs impôts et leurs banques en attendant les paiements du secteur public. Il peut en résulter des tensions de trésorerie, des reports d’investissements et une dépendance accrue au financement bancaire. Ces coûts de financement peuvent se répercuter sur les futurs marchés publics. Les entreprises qui anticipent de longs délais de paiement peuvent intégrer des coûts d’emprunt plus élevés, des risques de change ou une incertitude contractuelle dans leurs prix.

L’accumulation des retards de paiement transforme donc un problème de liquidités de l’État en un risque financier pour les entreprises qui font affaire avec lui. Les petites et moyennes entreprises sont particulièrement vulnérables, car elles sont généralement moins à même que les grandes entreprises d’absorber des mois de factures impayées.

Une question de transparence budgétaire.

Le recours fréquent aux avances du Trésor soulève également des inquiétudes quant à la transparence budgétaire. Lorsque des dépenses sont effectuées en dehors du calendrier ou des procédures budgétaires habituels, elles peuvent ne pas apparaître immédiatement dans le budget publié, même si l’État a déjà contracté l’obligation financière. Il devient ainsi plus difficile d’évaluer le coût réel des politiques publiques et cela affaiblit la capacité du Parlement, des institutions de contrôle et des citoyens à surveiller l’exécution du budget approuvé. Cela peut également entraîner le report des décisions de dépenses d’un exercice financier à l’autre. Au cours des trois prochaines années, le gouvernement affirme vouloir réduire le recours aux avances du Trésor et, ce faisant, limiter l’accumulation de nouveaux arriérés de paiement, dans le cadre d’efforts plus vastes visant à consolider les finances publiques.

Toutefois, le DPEB ne précise pas le volume actuel des avances du Trésor, ne fixe pas de plafonds futurs et n’identifie pas les ministères qui utilisent le plus ce mécanisme. Il n’établit pas non plus d’objectifs de réduction mesurables ni ne fournit de ventilation par ministère, catégorie de dépenses ou bénéficiaire.

Rédaction
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