(BFI) – La Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) a injecté la bagatelle de 940 milliards FCFA au cours des deux dernières adjudications hebdomadaires, des ressources destinées donner plus de marge de manœuvre aux banques commerciales des six pays de la zone CEMAC ( Cameroun, Guinée équatoriale, Gabon, Congo-Brazzaville, Centrafrique et Tchad). Ce volume massif illustre la volonté de l’institution de desserrer l’étau sur le système bancaire de la CEMAC, en réponse aux besoins pressants de liquidité des établissements de crédit
En deux appels d’offres hebdomadaires, la BEAC a servi 940 milliards FCFA de refinancement aux banques de la CEMAC, avec des taux de souscription supérieurs à 100 %, signal clair d’une demande de liquidité toujours soutenue dans la région.
Lors du premier appel d’offres du 7 juillet dernier, la Banque centrale a servi 440 milliards FCFA, pour une demande 497 milliards par une dizaine de banques, soit un taux de souscription de 112,95 %. Une semaine plus tard, le 14 juillet, au deuxième appel d’offres, l’institut d’émission a mobilisé 500 milliards FCFA, intégralement absorbés par les 12 banques participantes, avec un taux de souscription de 107,10 %.
Ces opérations d’injection de liquidité constituent le canal par lequel la BEAC refinance chaque semaine les banques, en échange de titres apportés en garantie. Sur l’ensemble de la séquence des deux dernières adjudications, la demande totale exprimée par les banques atteint 1 032,5 milliards FCFA, pour une offre cumulée de 940 milliards, soit un taux de souscription consolidé de 109,8 %. Le taux de participation augmente également, de 28,95 % à 31,58 %.
Cette forte sollicitation témoigne de la rareté des ressources longues sur les marchés domestiques, poussant les banques à se tourner massivement vers le guichet central pour financer leurs activités.
Les conditions de taux directeurs sont restées stables, dans le cadre fixé par le Comité de politique monétaire de la BEAC. Le taux d’intérêt des appels d’offres, qui sert de taux plancher de refinancement, est demeuré fixé à 4,5%, tandis que le taux marginal d’adjudication, celui appliqué aux dernières opérations, est passé de 4,65 % à 4,7 %. Le taux moyen pondéré des montants adjugés, qui reflète le coût effectif moyen de la liquidité obtenue par l’ensemble des banques ayant participé à l’appel d’offres, est passé de 4,78 % à 4,79 %. Le taux de la facilité de prêt marginal, qui permet aux banques de se refinancer en dernier ressort auprès de la Banque centrale, est resté à 5,75 %, et celui de la facilité de dépôt, qui rémunère les excédents de liquidité placés auprès de la banque centrale, à 0 %.
Sur le marché interbancaire, le compartiment où les banques se prêtent entre elles, le taux de référence à 7 jours ( le taux interbancaire moyen pondéré) a reculé de 0,56 points, à 6,25 %.
Une inflexion après plusieurs années de resserrement
Depuis 2022, la BEAC a progressivement relevé ses taux directeurs et intensifié sa gestion de la liquidité afin de juguler la poussée inflationniste et de reconstituer les réserves de change de la CEMAC. Selon le Fonds monétaire international (FMI), la banque centrale a mené un resserrement approprié de sa politique monétaire et renforcé ses outils de ponction de l’excès de liquidité pour ancrer les anticipations et limiter les sorties de capitaux. Dans ce cycle, les adjudications de refinancement hebdomadaires ont souvent été utilisées avec parcimonie, au profit d’instruments de drainage comme les reprises de liquidité ou le relèvement des réserves obligatoires.
Les données monétaires récentes confirment que la liquidité structurelle du système bancaire reste abondante mais inégalement répartie. Le rapport de surveillance multilatérale de la CEMAC fait apparaître une progression continue de la masse monétaire et des crédits intérieurs sur la période 2019-2026, avec un gonflement des dépôts à vue et des encaisses des banques commerciales, alors même que certains établissements demeurent structurellement dépendants du refinancement BEAC. C’est cette combinaison d’excès de liquidité agrégée et de poches de tensions individuelles qui justifie, pour l’institut d’émission, l’usage ciblé d’outils d’injection hebdomadaires.
La décision du 29 juin d’abaisser le TIAO et d’alléger le carcan des réserves obligatoires s’inscrit ainsi dans une stratégie de rééquilibrage, plus que de relance accommodante. Le CPM présente cette combinaison de mesures comme un moyen d’améliorer les conditions de refinancement des banques et de relancer le crédit à l’économie réelle, après un cycle de durcissement ayant renchéri le coût des prêts sans pour autant résorber toutes les fragilités du secteur bancaire.
Vers la mise en œuvre du nouveau cadre de gestion de la liquidité
Les adjudications des 7 et 14 juillet ne constituent vraisemblablement qu’une première étape dans l’ajustement du dispositif opérationnel de la BEAC. Le calendrier officiel du Comité de politique monétaire prévoit encore plusieurs sessions en 2026 consacrées, entre autres, au suivi de l’impact des décisions de fin juin sur le crédit et la liquidité. La décision n°01/CPM/2026 du 29 juin 2026, qui fixe les nouveaux taux directeurs, s’inscrit dans un corpus plus large de textes encadrant les instruments de marché monétaire et les réserves obligatoires. D’ici la prochaine réunion du CPM, les acteurs bancaires de la CEMAC scruteront la poursuite, ou non, de ce rythme élevé d’injections hebdomadaires, déterminant pour le coût de leur refinancement et leur capacité à accompagner la reprise économique régionale.
Paul Nkala



