(BFI) – En marge des États généraux de l’Assurance pour Tous (5 au 8 juillet 2026), Eudoxie Douya, présidente de l’Association des Sociétés d’Assurance du Cameroun (ASAC) s’est exprimé au micro de notre confrère de Financial Afrik. Au fil des échanges, un constat s’est imposé : sans une assurance santé plus accessible, plus lisible et davantage adaptée aux réalités des ménages africains, la confiance entre les populations et les assureurs restera fragile. La dirigeante a également salué l’initiative de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF), qui ambitionne d’aboutir à un Pacte panafricain pour l’assurance inclusive.
Dès l’ouverture de l’entretien, la question de la faiblesse du taux de pénétration de l’assurance au Cameroun a conduit Eudoxie Douya à défendre le rôle stratégique de l’assurance santé. Selon la présidente de l’ASAC, cette branche constitue aujourd’hui le principal point d’entrée dans la relation entre l’assureur et son client. Parce qu’elle met les compagnies en contact régulier avec les assurés, elle favorise une proximité susceptible d’installer progressivement un climat de confiance, préalable indispensable au développement d’autres couvertures telles que l’habitation, les risques professionnels ou la prévoyance. L’assurance santé apparaît ainsi comme une véritable « porte d’entrée » vers une relation assurantielle plus durable.
https://www.youtube.com/embed/GHVbwveC6so?feature=oembed Interrogé sur l’articulation entre assurance privée et politiques publiques, notamment à la lumière de la Couverture Maladie Universelle au Sénégal, Eudoxie Douya indique avoir placé cette réflexion dans le cadre des priorités de son mandat à la tête de l’ASAC. Avant même de généraliser de nouveaux produits santé, elle entend sécuriser le fonctionnement du marché par la digitalisation de l’assurance automobile, un chantier destiné à lutter contre les fraudes, les fausses attestations et les défauts d’assurance. Ce projet, dont le lancement est annoncé prochainement, constitue selon elle une première étape avant l’extension de cette plateforme aux contrats santé, eux aussi confrontés à des difficultés de gestion et à une forte sinistralité. Pour la responsable camerounaise, l’amélioration de la confiance passe également par une meilleure maîtrise des données et une modernisation des outils de gestion.
Sur le terrain de l’inclusion, la présidente de l’ASAC rappelle que plusieurs compagnies non-vie proposent déjà des extensions de couverture inspirées de la microassurance, même si le Cameroun ne compte pas encore d’acteurs exclusivement spécialisés dans cette activité. Ces offres viennent compléter les dispositifs publics existants, avec des primes adaptées aux revenus des populations les plus vulnérables. Leur réussite suppose toutefois une approche plus large, intégrant les communautés locales, les organisations de proximité, la digitalisation des services ainsi que les institutions de protection sociale. L’objectif est de bâtir des produits simples, compréhensibles et financièrement accessibles.
Les États généraux de l’Assurance pour Tous ont précisément pour ambition de répondre à cette problématique. Eudoxie Douya partage évidemment cette appréciation. Elle considère que le nouveau mandat de la FANAF place enfin la microassurance parmi les priorités stratégiques du secteur. Selon elle, les défis rencontrés sont largement similaires d’un marché africain à l’autre : faibles revenus, méconnaissance des produits, difficultés d’accès et absence de solutions suffisamment adaptées. Le futur Pacte pourrait ainsi établir un socle commun de principes tout en laissant à chaque marché la possibilité d’intégrer ses propres spécificités réglementaires, économiques et sociales.
En filigrane de cet entretien apparaît une conviction commune : l’assurance inclusive ne constitue plus un simple segment de marché, mais un enjeu de développement économique et social. Face aux dépenses de santé qui précipitent encore de nombreux ménages dans la précarité, la présidente de l’ASAC plaide pour des produits plus simples, plus transparents et financièrement soutenables. La réussite du Pacte panafricain annoncé à Cotonou dépendra désormais de la capacité des assureurs, des régulateurs et des pouvoirs publics à transformer ces engagements en solutions concrètes pour les millions d’Africains qui demeurent aujourd’hui sans couverture assurantielle.



