(BFI) – La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) envisage d’intégrer le yuan chinois dans ses réserves de change, c’est-à-dire les devises étrangères qu’elle détient pour financer les échanges extérieurs, assurer le règlement des engagements internationaux et intervenir sur le marché des changes. Cette perspective a été évoquée le vendredi 3 juillet par son gouverneur, Yvon Sana Bangui.
Concrètement, cette option consisterait pour la banque centrale à détenir et conserver une partie de ses avoirs en yuan, au même titre qu’elle conserve déjà des actifs libellés en euro, en dollar américain, ou en or.
Selon Yvon Sana Bangui, une intégration du yuan dans les réserves de change poursuit un objectif : réduire le coût des transactions entre les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et la Chine, premier partenaire commercial de la sous-région.
D’après lui, lorsqu’une entreprise de la CEMAC importe des produits chinois, les paiements peuvent nécessiter plusieurs conversions successives, notamment du franc CFA vers l’euro, puis vers le dollar américain, avant d’être convertis en yuan. Ce circuit génère des frais de change et expose les opérateurs aux variations des monnaies utilisées. La détention de réserves en yuan permettrait de limiter ces conversions, de réduire le coût des transactions et de raccourcir les délais de paiement.
Diversifier les réserves
Cette réflexion intervient aussi alors que les réserves de change de la BEAC restent composées en majorité d’actifs libellés en euro, en raison de l’arrimage du franc CFA de la CEMAC à la monnaie européenne. Elles comprennent également des actifs en dollar américain, ainsi que de l’or.
Dans son rapport sur la politique monétaire de juin 2026, publié le jeudi 2 juillet, la banque indique que ses réserves de change se sont établies à 7 248 milliards FCFA à fin avril 2026, en baisse de 1,6 % sur un an. Cette évolution résulte de besoins en devises liés aux importations de biens d’équipement, de produits énergétiques et alimentaires, ainsi qu’aux paiements du service de la dette extérieure des États et des entreprises de la sous-région.
Un projet en discussions
La possibilité d’intégrer le yuan dans les réserves de change a été examinée lors d’échanges entre la BEAC et une délégation du groupe technologique chinois Huawei conduite par Fernando Liu, président de la division Banque centrale de Huawei Digital Finance. Les discussions ont également porté sur la modernisation des infrastructures de la banque centrale, la traçabilité des flux financiers entre la CEMAC et Pékin, et le développement de solutions numériques destinées aux banques centrales.
À ce stade, la BEAC n’a annoncé ni calendrier ni modalités de mise en œuvre. Le gouverneur prévoit toutefois d’effectuer prochainement une visite chez son homologue de la Banque populaire de Chine, afin d’approfondir les discussions sur cette orientation et d’examiner les conditions d’une coopération entre les deux institutions.



