(BFI) – La Société nationale des hydrocarbures (SNH) cherche à reprendre la main sur le récit de la stratégie gazière camerounaise après les critiques suscitées par le retrait programmé du FLNG Hilli Episeyo, au large de Kribi. Dans une note de clarification, l’entreprise publique présente le développement du champ transfrontalier Yoyo–Yolanda et l’appel d’offres sur neuf blocs pétrogaziers comme les principaux leviers de relève des revenus gaziers du pays. Mais cette transition reste encore à transformer en production effective, en contrats finalisés et en flux budgétaires durables.
Le premier pilier de cette stratégie de relève est le champ gazier transfrontalier Yoyo–Yolanda, partagé entre le Cameroun et la Guinée équatoriale. Le 3 février 2026, les deux pays ont signé un accord d’unitisation, destiné à permettre le développement conjoint de ces ressources offshore. D’après la SNH, le champ recèle des réserves géologiques estimées à environ 2 500 milliards de pieds cubes de gaz, pour un investissement total évalué à près de 4 milliards de dollars US.
Le projet serait conduit par Noble Energy, filiale du groupe américain Chevron, avec la possibilité d’utiliser les infrastructures régionales existantes de liquéfaction et d’exportation. Pour la SNH, il s’agit de « l’un des plus importants projets de développement gazier du Cameroun à ce jour », avec une portée stratégique qui dépasserait celle d’une plateforme flottante isolée. L’enjeu est considérable. Les réserves annoncées pour Yoyo–Yolanda sont très supérieures aux 600 milliards de pieds cubes de réserves récupérables initiales du gisement exploité par le Hilli Episeyo pendant huit ans. Mais le changement d’échelle ne signifie pas un remplacement immédiat. Un projet de cette taille suppose des délais de développement, de financement, d’ingénierie, de négociation commerciale et de mise en production.
Cinq blocs déjà en négociation, mais pas encore en production
Le deuxième axe mis en avant par la SNH concerne l’appel d’offres international lancé le 1er août 2025 sur neuf blocs d’exploration et de production situés dans les bassins de Rio del Rey et de Douala/Kribi-Campo. Selon la note, cinq blocs sont déjà entrés en phase de négociation de contrats de partage de production. La compagnie pétrolière indépendante américaine Murphy, à travers Murphy West Africa, a remporté quatre blocs. Octavia Energy a, de son côté, obtenu le bloc Bolongo, dans le bassin de Rio del Rey. Pour la SNH, l’arrivée de ces opérateurs, ajoutée à l’intérêt de Chevron sur Yoyo–Yolanda, atteste du potentiel du domaine minier camerounais et de l’attractivité du pays auprès d’investisseurs internationaux.
Cette lecture doit toutefois être nuancée. Les blocs évoqués ne sont pas encore des actifs producteurs. Ils se trouvent au stade de la négociation contractuelle, avant les phases d’exploration, d’évaluation, de décision finale d’investissement puis, éventuellement, de production. Autrement dit, ils constituent des relais potentiels de moyen terme, mais ne garantissent pas encore des recettes immédiates pour l’État.
Une stratégie de relève encore à matérialiser
La SNH dispose donc d’arguments pour contester l’idée d’un effondrement de la stratégie gazière camerounaise. Le champ Yoyo–Yolanda, les cinq blocs en négociation et l’arrivée d’opérateurs internationaux comme Chevron, Murphy et Octavia Energy montrent qu’une recomposition du portefeuille gazier est en cours. La société publique résume sa position en une formule sans ambiguïté : « La stratégie gazière du Cameroun n’a pas déraillé. Elle avance, avec lucidité et assurance, vers une nouvelle étape. »
Mais l’après-Hilli Episeyo ne se jouera pas seulement sur la signature d’accords, l’attribution de blocs ou la relance du discours institutionnel. Il dépendra surtout de la capacité du Cameroun à transformer ces actifs en production, en contrats d’exportation ou de valorisation locale, et en recettes effectivement mobilisées pour l’État. C’est sur ce terrain, plus que dans la bataille de communication, que se mesurera la solidité réelle de la stratégie gazière camerounaise opérée par la SNH.



