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Le Cameroun identifie 64,5 milliards Fcfa de recettes grâce à l’échange de renseignements

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Sur les seules années 2024 et 2025, ces échanges ont permis d’identifier 20,9 millions d’euros, soit près de 13,7 milliards FCFA. Dans le détail, le montant s’établit à 7,7 millions d’euros en 2024, puis à 13,2 millions d’euros en 2025, selon le rapport coproduit par le Forum mondial et le Forum sur l’administration fiscale africaine. Pour les finances publiques camerounaises, l’enjeu dépasse la seule lutte contre la fraude : il s’agit aussi d’élargir l’assiette fiscale sans nécessairement augmenter les taux d’imposition. 

Le rapport souligne que les échanges de renseignements ont permis à l’administration fiscale camerounaise d’obtenir des informations utiles sur des « pratiques d’évasion fiscale ». Il estime aussi que les progrès enregistrés par le Cameroun ont conduit à une « amélioration substantielle » du respect volontaire des obligations fiscales et de la mobilisation des recettes. 

La DGI change d’échelle dans les requêtes internationales

Le rapport met en évidence une intensification progressive du recours à l’échange de renseignements sur demande par l’administration fiscale camerounaise. Alors que le pays n’avait formulé que quelques requêtes à ses débuts, leur nombre a fortement augmenté ces trois dernières années.

La Direction générale des impôts (DGI) du ministère des Finances a ainsi adressé 47 demandes de renseignements en 2023, 101 en 2024 et 131 en 2025. En deux ans, le volume des requêtes a donc été presque multiplié par trois. Cette hausse traduit un changement d’échelle : l’échange de renseignements n’est plus un instrument ponctuel, mais un outil progressivement intégré aux contrôles fiscaux transfrontaliers. 

Ces échanges permettent à l’administration d’obtenir auprès de juridictions étrangères des informations sur des opérations transfrontalières, des actifs détenus hors du pays, des revenus non déclarés ou des montages susceptibles d’échapper au contrôle fiscal local. Dans un contexte de pression sur les ressources publiques, cet outil devient un levier de plus en plus stratégique pour la mobilisation des recettes internes.

Un dispositif construit depuis 2012

Ces résultats sont le fruit d’un chantier engagé depuis plus d’une décennie. Le Cameroun a adhéré en 2012 au Forum mondial sur la transparence et l’échange de renseignements à des fins fiscales. Au-delà de l’engagement à appliquer les standards internationaux, l’objectif était de faire de la coopération fiscale un instrument de lutte contre l’évasion fiscale et de mobilisation des ressources domestiques. 

Cette stratégie s’est traduite par plusieurs réformes. La DGI a créé une unité spécialisée dans l’échange de renseignements, dotée de moyens humains et techniques dédiés. Le Cameroun a également élargi son réseau de coopération à travers son adhésion à la Convention concernant l’assistance administrative mutuelle en matière fiscale, en vigueur depuis octobre 2015, ce qui lui permet de collaborer avec plus de 150 juridictions. 

Le cadre juridique a aussi été renforcé. Le rapport cite notamment les réformes engagées pour améliorer la disponibilité et l’accès aux informations fiscales, y compris celles relatives aux bénéficiaires effectifs des entreprises. Un registre central des bénéficiaires effectifs a été mis en place à partir de 2024. Les règles concernant les actions au porteur et les constructions juridiques ont également été adaptées afin de rapprocher le dispositif camerounais des standards internationaux de transparence. 

Formation, incitations et suivi : la DGI muscle son contrôle international

Le renforcement des capacités humaines constitue un autre pilier du dispositif. Entre 2023 et 2025, plus de 1 500 agents de la DGI ont été formés aux normes internationales d’échange de renseignements, avec l’appui du programme Former le formateur du Forum mondial. 

Parallèlement, l’administration fiscale a introduit des mécanismes destinés à améliorer l’efficacité opérationnelle de ces échanges. Des objectifs de performance ont été assignés aux agents impliqués dans la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales internationales. Un système d’incitation récompense aussi les performances de l’unité spécialisée. La DGI a, en outre, systématisé le suivi de l’impact des échanges de renseignements sur la mobilisation des recettes fiscales. 

Le rapport souligne également le rôle du leadership administratif dans ces avancées. Le directeur général des impôts assure personnellement le suivi des performances liées à l’échange de renseignements. En 2025, il a adhéré à la résolution des chefs des administrations fiscales africaines visant à doter chaque administration d’une stratégie formelle pour maximiser l’utilisation de cet outil. 

L’échange automatique, prochain test pour l’administration fiscale

Après avoir consolidé le dispositif d’échange de renseignements sur demande, le Cameroun se prépare à franchir une nouvelle étape. Le rapport évoque le « lancement, en 2026 » de l’échange automatique de renseignements sur les comptes financiers. 

Ce mécanisme permettra aux administrations fiscales participantes d’échanger automatiquement des informations sur les comptes détenus par leurs contribuables à l’étranger, sans qu’une demande préalable ne soit nécessaire. Pour le Cameroun, l’enjeu est important : mieux détecter les avoirs non déclarés, réduire les angles morts du contrôle fiscal et accroître la mobilisation des recettes.

Mais cette nouvelle phase exigera aussi une administration capable de traiter des volumes plus importants de données, d’identifier les cas prioritaires et de transformer les informations reçues en redressements effectivement recouvrés. Après les requêtes ciblées, le véritable test sera donc celui du traitement massif des données financières.

Les 64,5 milliards FCFA identifiés depuis 2012 montrent que la coopération fiscale internationale commence à produire des résultats. Mais ils marquent aussi le début d’un chantier plus large : faire de la transparence fiscale un outil durable de mobilisation des recettes, dans un contexte où le financement des politiques publiques dépend de plus en plus de la capacité de l’État à élargir son assiette et à mieux contrôler les flux transfrontaliers.

Rédaction
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