AccueilSecteursAgricultureL’Afrique veut porter son taux de production mondiale du cacao à 75%

L’Afrique veut porter son taux de production mondiale du cacao à 75%

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L’Afrique de l’Ouest fournit déjà l’essentiel des fèves consommées dans le monde. La Côte d’Ivoire et le Ghana totalisent à eux seuls environ 60 % de l’offre mondiale, auxquels s’ajoutent les volumes croissants du Cameroun, du Nigeria et, plus récemment, ceux de la République démocratique du Congo. L’addition de ces flux porterait la part du futur bloc à environ trois quarts de la production planétaire, un seuil inédit pour une matière première agricole stratégique.

Cette concentration géographique constitue, sur le papier, un atout considérable. Elle confère aux capitales productrices un pouvoir de négociation que les marchés à terme de Londres et de New York peinent à neutraliser. Depuis 2023, la flambée des cours, alimentée par des récoltes médiocres et la pression du swollen shoot, a montré la sensibilité immédiate des chocolatiers européens et américains aux signaux venus d’Abidjan et d’Accra.

L’embryon de ce bloc existe déjà. L’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana (ICCIG), lancée en 2018, a posé les bases d’une coordination des politiques de prix entre les deux premiers producteurs. Le différentiel de revenu décent (DRD), prime de 400 dollars par tonne destinée à améliorer la rémunération des planteurs, a été imposé aux acheteurs internationaux malgré leurs résistances initiales. Cet acquis sert aujourd’hui de modèle pour un élargissement à l’échelle continentale.

L’extension du dispositif au Cameroun et au Nigeria changerait la donne. Yaoundé et Abuja produisent ensemble près de 600 000 tonnes par campagne, un volume qui rendrait quasiment impossible toute stratégie de contournement par les négociants. Reste que les deux pays disposent de structures de commercialisation différentes, plus libéralisées, ce qui suppose une harmonisation institutionnelle complexe.

L’enjeu dépasse la seule fixation des prix. Les autorités productrices entendent peser sur les normes de traçabilité imposées par le règlement européen sur la déforestation importée, dont l’entrée en application reste un sujet de friction avec Bruxelles. Un front commun africain permettrait de défendre des calendriers et des méthodologies adaptés aux réalités des exploitations familiales, qui constituent l’essentiel du tissu productif.

Au-delà de la coordination commerciale, le projet porte une ambition industrielle. Moins de 30 % du cacao africain est aujourd’hui transformé sur le continent, l’essentiel de la valeur ajoutée se concentrant aux Pays-Bas, en Allemagne et aux États-Unis. La Côte d’Ivoire s’est fixé un objectif de 50 % de broyage local à l’horizon 2030, et Abidjan multiplie les incitations fiscales pour attirer les unités de transformation intermédiaire.

Un bloc régional offrirait un cadre cohérent pour mutualiser ces investissements industriels, harmoniser la fiscalité applicable au beurre et à la poudre de cacao, et négocier collectivement l’accès aux marchés de consommation. Concrètement, cela suppose la mise en place d’infrastructures portuaires modernisées, de capacités énergétiques stables et de circuits de financement adaptés. Plusieurs banques de développement, dont Afreximbank et la Banque africaine de développement, ont déjà signalé leur intérêt pour des lignes dédiées.

Les obstacles ne sont toutefois pas négligeables. La discipline collective au sein d’un cartel suppose des sacrifices à court terme, notamment en cas d’écart des cours mondiaux. L’expérience de l’Organisation internationale du cacao, créée dès 1973, a montré la difficulté à maintenir une cohésion durable entre producteurs aux intérêts parfois divergents. La crédibilité du futur bloc dépendra largement de la capacité des États membres à résister aux tentations de défection, particulièrement lorsque les cours flambent comme en 2024.

Rédaction
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