(BFI) – Paru à un moment charnière pour l’Afrique et l’économie mondiale, ce rapport a pour thème « Tirer parti de la géopolitique pour le commerce et l’industrialisation de l’Afrique dans le monde ». Sa publication intervient dans un contexte de dynamiques géopolitiques changeantes, de chaînes d’approvisionnement en pleine mutation, de transformations technologiques et de mutations des échanges et des investissements qui redéfinissent le paysage économique mondial. Pour l’Afrique, ces changements représentent non seulement des défis, mais aussi une occasion historique de repositionner le continent comme un centre dynamique de production, de commerce, d’innovation et de croissance.
Les conclusions du rapport soulignent la résilience et le potentiel croissants des économies africaines. La croissance du PIB réel de l’Afrique s’est accélérée, passant de 3,4 % en 2024 à 4,5 % en 2025, dépassant ainsi la croissance mondiale et confirmant la force et la capacité d’adaptation du continent. Alors que l’inflation globale s’est considérablement modérée, passant de 21,6 % à 13,1 % – certains pays enregistrant même un taux d’inflation aussi bas que 3 % –, le commerce de marchandises a progressé de 6,1 % pour atteindre environ 1 500 milliards de dollars américains, et le commerce intra-africain a crû de 5,5 % pour s’établir à environ 213,8 milliards de dollars américains. Ces résultats témoignent d’une meilleure gestion macroéconomique, du renforcement des institutions, du développement de la coopération régionale, de l’augmentation des investissements transfrontaliers et de la détermination des pays africains à maintenir leur croissance malgré un contexte mondial complexe.
L’environnement commercial mondial a été façonné par une interaction complexe de tensions géopolitiques, de fragmentation géoéconomique et de mutations structurelles, autant de facteurs qui ont contribué à un paysage commercial plus incertain et plus risqué. Ces évolutions ont affecté les flux commerciaux mondiaux par leurs répercussions sur les chaînes d’approvisionnement, les coûts du commerce et la stabilité des marchés. Parallèlement, les progrès technologiques, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle, sont apparus comme des moteurs essentiels du changement, transformant la logistique commerciale, l’administration douanière et l’organisation des chaînes de valeur mondiales. Le rapport reconnaît toutefois que d’importants défis structurels persistent. L’Afrique continue de faire face à d’importantes contraintes en matière de financement du commerce, à des lacunes infrastructurelles et à une faible valeur ajoutée dans de nombreux secteurs. Pourtant, ces défis soulignent également l’ampleur des opportunités qui s’offrent à nous. Alors que les chaînes d’approvisionnement mondiales se diversifient et que la recherche de pôles de production résilients s’intensifie, l’Afrique est de plus en plus bien placée pour devenir une destination compétitive pour l’investissement, la production manufacturière, l’innovation numérique et l’industrialisation verte.
À la lumière de ce qui précède, le message central du rapport est clair : l’Afrique doit agir d’urgence pour transformer la fragmentation mondiale en un moteur de croissance résiliente et inclusive et d’exportations à valeur ajoutée. Cela nécessitera : a) de renforcer les institutions africaines de financement du développement par une capitalisation accrue et une réglementation mondiale plus équitable ; b) d’accélérer la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), notamment en ce qui concerne les barèmes tarifaires, les règles d’origine et la coordination nationale ; c) de développer l’infrastructure des paiements numériques afin de réduire les goulets d’étranglement liés aux devises et à la logistique ; et d) de saisir toutes les occasions disponibles pour plaider en faveur de réformes du système financier mondial, y compris des modifications des cadres réglementaires internationaux et de restructuration de la dette.
Alors que les tensions géopolitiques continuent de remodeler les chaînes d’approvisionnement et les échanges commerciaux mondiaux, la capacité du continent à tirer parti de ces changements dépendra du renforcement de ses écosystèmes industriels, du développement du commerce intra-africain et du maintien d’un soutien financier coordonné. En définitive, une combinaison de cadres politiques adaptatifs, d’un positionnement commercial stratégique et d’interventions robustes en matière d’investissements directs étrangers sera essentielle pour impulser une industrialisation résiliente, inclusive et durable de l’Afrique dans le monde. Il est désormais impératif d’agir avec ambition et urgence. Cela implique d’accélérer la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), de développer le financement du commerce intra-africain, de renforcer les infrastructures de transport et de logistique et d’approfondir les systèmes de paiement numérique grâce au Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS).




