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La fraude à l’électricité coûte 60 milliards de Fcfa par an au Cameroun

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« La Socadel mènera une lutte intensive contre la fraude grâce à des opérations ciblées dans les quartiers de tout le pays, de jour comme de nuit, afin d’identifier et de poursuivre les contrevenants », a déclaré le ministre. Selon les données gouvernementales, des inspections de terrain menées à Yaoundé et à Douala ont permis de mettre au jour environ 3 000 cas de fraude à l’électricité en seulement trois semaines. « Ces résultats révèlent l’ampleur du problème. Le recouvrement des pertes de revenus grâce à un renforcement des contrôles est devenu un élément clé des efforts déployés pour redresser la situation financière du secteur », a déclaré Eloundou Essomba. « Le vol d’électricité et les branchements illégaux constituent un gouffre financier majeur qu’il faut absolument enrayer pour préserver les futurs programmes d’investissement. »

Le gouvernement estime que la fraude à l’électricité engendre des pertes directes d’environ 60 milliards de Fcfa chaque année. Ce chiffre est désormais au cœur de la stratégie de redressement de Socadel, d’autant plus que le distributeur devrait financer une part importante des investissements nécessaires à l’amélioration de la qualité du service. L’ampleur des pertes est considérable. Selon des documents de l’entreprise, l’ancienne société Eneo a investi 53 milliards de francs CFA en 2024, contre 33,3 milliards en 2023. Autrement dit, les pertes annuelles imputables à la fraude dépassent le budget d’investissement de l’entreprise pour 2024 et représentent près du double de ses dépenses de 2023.

Au-delà du vol d’électricité

Le gouvernement affirme que la lutte contre les branchements illégaux ne suffira pas. Dans le cadre du Pacte énergétique du Cameroun, élaboré avec des partenaires internationaux, les autorités reconnaissent que le réseau de distribution continue de souffrir de pertes techniques et non techniques. Celles-ci incluent le vol d’électricité, la consommation non mesurée, les erreurs de facturation et la faiblesse du recouvrement des recettes. La réduction de ces pertes nécessitera des investissements plus importants dans l’infrastructure du réseau, les systèmes de comptage et les opérations commerciales.

Afin de soutenir cet effort, Eloundou Essomba a appelé les consommateurs à respecter la réglementation et a annoncé la création d’une unité nationale de lutte contre la fraude. « Il est désormais impératif que chaque client régularise sa situation et contribue à la durabilité et à l’amélioration du secteur énergétique », a-t-il déclaré. « Le gouvernement soutiendra cet effort par la création d’une brigade nationale de lutte contre la fraude, dont la mission sera de poursuivre les contrevenants où qu’ils opèrent. »

Les factures impayées du secteur public demeurent un fardeau important

Le gouvernement entend également s’attaquer à un autre problème persistant : les factures d’électricité impayées des institutions publiques. Bien que moins visibles que les branchements illégaux, ces arriérés pèsent lourdement sur la trésorerie du distributeur et affectent la stabilité financière de l’ensemble du secteur de l’énergie. Selon Eloundou Essomba, des discussions sont déjà en cours avec le ministère des Finances afin de prioriser le paiement des factures d’électricité par les entités gouvernementales, au même titre que les salaires.

Le Pacte énergétique présente plusieurs mesures visant à garantir le paiement régulier par les institutions publiques. Il s’agit notamment d’améliorer les procédures de validation des factures, d’installer des compteurs intelligents dans les bâtiments publics, d’établir un plan de règlement des dettes croisées entre l’État et le fournisseur d’électricité, et d’introduire une réglementation encadrant les obligations de paiement des administrations centrales. Le document estime que les administrations centrales doivent environ 10 milliards de Fcfz d’arriérés de factures d’électricité, tandis que d’autres entités publiques représentent 72 milliards de Fcfa supplémentaires. Au total, ces arriérés s’élèvent à au moins 82 milliards de Fcfz. L’impact dépasse le cadre du distributeur.

Dans le système de marché de l’électricité camerounais, la société de distribution perçoit la majeure partie des recettes auprès des consommateurs et redistribue les fonds tout au long de la chaîne de valeur, y compris les producteurs d’électricité indépendants, la société de transport, les fournisseurs de combustible et les prestataires de services techniques. Par conséquent, les retards de paiement affectent la santé financière de l’ensemble du secteur.

Pour le gouvernement, la restructuration de Socadel exigera donc bien plus que des opérations de lutte contre la fraude. Elle dépendra également d’une plus grande rigueur dans les paiements effectués par les institutions publiques, de réductions mesurables des pertes sur le réseau et d’une meilleure gestion des flux financiers dans l’ensemble du secteur de l’électricité. Sans ces réformes, les 60 milliards de francs CFA perdus chaque année à cause de la fraude risquent de n’être qu’un symptôme d’un déséquilibre financier bien plus profond.

Rédaction
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