AccueilSecteursEconomieLe Cameroun dénonce l’usurpation de son pavillon par un pétrolier russe

Le Cameroun dénonce l’usurpation de son pavillon par un pétrolier russe

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Selon les éléments rendus publics, le Tagor a été arraisonné par la marine française au cours d’une opération de contrôle en haute mer. Au moment de l’interception, le navire effectuait des manœuvres compatibles avec un transbordement clandestin de brut russe, technique fréquemment employée pour brouiller la traçabilité des cargaisons frappées par les sanctions du G7 et de l’Union européenne. Les autorités camerounaises affirment ne disposer d’aucun document attestant que le pétrolier figure parmi les bâtiments légitimement enregistrés à Douala.

Le phénomène n’est pas isolé. Plusieurs pays africains, parmi lesquels le Gabon, la Sierra Leone et le Cameroun, ont vu leurs pavillons usurpés ou utilisés via des registres ouverts mal contrôlés. Ces juridictions, prisées pour leur souplesse administrative et leurs coûts réduits, sont devenues des cibles privilégiées pour les armateurs cherchant à dissimuler l’origine ou la destination réelle de leur fret. Pour Yaoundé, l’enjeu dépasse la simple rectification factuelle : il s’agit de préserver la crédibilité d’un pavillon dont l’image conditionne l’attractivité du secteur maritime national.

Depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, Moscou s’appuie sur un réseau opaque de plusieurs centaines de pétroliers vieillissants, rachetés ou affrétés via des sociétés-écrans domiciliées dans des juridictions peu regardantes. Cette flotte, qualifiée de fantôme par les analystes du secteur, permet d’écouler le pétrole russe au-delà du plafond de prix fixé à 60 dollars le baril par la coalition occidentale. Les pratiques recensées combinent extinction des transpondeurs AIS, falsification de documents douaniers, transbordements en zone grise et changements répétés de pavillon.

L’interception du Tagor s’inscrit dans une intensification du contrôle exercé par les marines européennes, en particulier dans le golfe de Gascogne, en Manche et en mer Baltique. Paris a multiplié ces derniers mois les opérations de vérification ciblant des navires soupçonnés d’opérer pour le compte de raffineurs russes ou de négociants indiens et chinois acheteurs de brut décoté. La France considère désormais ces contrôles comme un volet à part entière de la mise en œuvre du dispositif sanctionnaire européen, au même titre que le gel des avoirs ou les restrictions à l’exportation.

La condamnation publique exprimée par le Cameroun répond à une double nécessité. D’une part, dissiper tout soupçon de complaisance vis-à-vis des partenaires européens, alors que le pays négocie plusieurs dossiers économiques sensibles avec Bruxelles et Paris. D’autre part, rassurer la communauté maritime internationale sur la fiabilité de son registre, à un moment où le port de Douala-Kribi cherche à consolider sa position de hub régional du golfe de Guinée.

Reste que la lutte contre l’usurpation de pavillon exige des moyens techniques et juridiques que peu d’États africains maîtrisent pleinement. La numérisation des registres, l’échange automatisé d’informations avec les organisations comme l’Organisation maritime internationale (OMI) et la coopération judiciaire transfrontalière constituent autant de chantiers ouverts. À défaut, le risque persiste de voir d’autres bâtiments naviguer sous couleurs camerounaises sans la moindre validation officielle, alimentant un contentieux diplomatique récurrent avec les capitales occidentales.

L’affaire Tagor illustre une zone grise où s’entrecroisent géopolitique énergétique, droit maritime et souveraineté symbolique. Pour Yaoundé, la fermeté affichée pourrait préfigurer un durcissement des procédures d’immatriculation et un renforcement des audits portuaires.

Rédaction
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