(BFI) – Le Port Autonome de Kribi (PAK) et la Société Camerounaise des Dépôts Pétroliers (SCDP) ont effectué vendredi 5 juin 2026 une visite conjointe sur le site d’implémentation du futur Terminal à Hydrocarbures de Kribi (THK), une infrastructure stratégique appelée à transformer durablement le paysage énergétique national et sous régional. Cette mission fait suite à l’accord du président de la République pour le financement du projet, notifié le 22 mai 2026 par le secrétaire général de la présidence de la République (SGPR), Ferdinand Ngoh Ngoh.
Au-delà d’un investissement industriel, le THK est considéré comme une infrastructure stratégique pour l’économie camerounaise et sous régionale. Il ambitionne de transformer durablement l’aval pétrolier national, longtemps contraint par les limites du port de Douala.
Implanté dans la zone industrialo-portuaire de Kribi, le futur terminal disposera d’une capacité de stockage de 140.000 m³ d’hydrocarbures liquides et de 12.000 tonnes métriques de gaz de pétrole liquéfié (GPL). Son quai en eau profonde, avec un tirant d’eau de 16 mètres, permettra l’accueil de navires de grande capacité. Cette configuration change l’équation économique des importations pétrolières. Là où Douala nécessite jusqu’à trois rotations pour décharger 15.000 tonnes, Kribi permettra une seule escale. Les gains attendus portent sur les délais, les frais portuaires et la réduction des risques logistiques. Sur le plan financier, selon le directeur général (DG), Véronique Manzoua épse Moampea Mbio, « pour une journée de plus non réglementaire, un navire débourse en moyenne 25.000 USD par journée, (environ 15 millions de FCFA). En faisant les calculs sur 30 jours, c’est un pactole de plus de 425 millions de FCFA (environ 750.000 USD). Cette manne financière vient surenchérir les coûts et augmenter les charges liées aux importations des produits pétroliers ».
Le projet est porté par la SCDP, maître d’ouvrage et opérateur national, représentée à la cérémonie de Kribi par son DG, Véronique Manzoua épse Moampea Mbio, et par le PAK, promoteur des facilités portuaires, conduit par son DG, Patrice Melom. Les deux entités pilotent une infrastructure conçue pour répondre aux besoins croissants du marché domestique et régional. Pour le DG du PAK, « les deux composantes (portuaire et logistique) de ce projet nous obligent à travailler ensemble pour que les deux se développent de manière harmonieuse, commencent au même moment et finissent également au même moment ».
Selon la note d’information relative du PAK à la cérémonie de Kribi, l’histoire du THK s’étend sur près de vingt ans. Initié en 2008 dans le cadre du Complexe industrialo-portuaire de Kribi, ce projet a connu plusieurs phases d’études et de structuration. Entre 2015 et 2016, l’État camerounais a accordé la concession pour son financement, sa construction et son exploitation sur une période projetée de 28 ans.
Un tournant majeur intervient le 18 décembre 2025 avec la signature d’un protocole d’accord tripartite entre la SCDP, le PAK et le consortium Parlym/Negri. Cette étape marque alors l’entrée dans une phase opérationnelle, consolidée en mai 2026 par l’aval présidentiel pour le financement.
Sur le plan de la sécurité énergétique, les enjeux sont considérables. Dans un contexte marqué par des tensions récurrentes sur l’approvisionnement en carburants et en gaz domestique, le THK vise à réduire durablement les risques de ruptures de stock. Il s’inscrit également dans une stratégie de transition, en favorisant l’accès au GPL et en limitant la pression sur les ressources forestières.
Les retombées économiques sont tout aussi significatives. La réduction des coûts d’importation, permise par les économies d’échelle du transport maritime, devrait se traduire par un allègement de la facture pétrolière. À terme, l’État pourrait réduire certaines dépenses budgétaires liées au soutien du secteur énergétique.
À l’échelle régionale, le THK renforce le rôle du Cameroun comme hub énergétique de l’Afrique centrale. Le Tchad et la République centrafricaine, pays enclavés, dépendent du corridor camerounais pour leur approvisionnement. Grâce à des connexions multimodales, le terminal de Kribi pourrait devenir une plateforme clé pour la CEMAC.
Avec le démarrage visible de la phase terrain, le THK quitte le registre des projets annoncés pour entrer dans celui des infrastructures en construction. Un signal fort pour l’économie camerounaise et pour l’intégration énergétique régionale.




