(BFI) – Des représentants des gouvernements centrafricains, de la société civile, de la presse et des partenaires au développement ont lancé à Yaoundé un atelier sous régional de quatre jours visant à renforcer la lutte contre les flux financiers illicites, le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, face aux inquiétudes suscitées par les milliards de dollars qui quittent chaque année le continent à cause de la criminalité financière. Cet atelier, qui se tiendra du 2 au 5 juin à Yaoundé et a été organisé par le Centre régional africain pour le développement endogène et communautaire (CRADEC) dans le cadre du projet ACCOSC-FFI, a réuni des participants du Cameroun, du Gabon, de la République centrafricaine et de la République démocratique du Congo.
Cette initiative est soutenue par le programme SecFin Africa, financé par l’Union européenne, et mise en œuvre avec l’appui d’Expertise France. Lors de l’ouverture de l’atelier, Yaouba Abdoulaye, ministre délégué auprès du ministre des Finances du Cameroun, a déclaré que les flux financiers illicites continuent de priver les pays d’Afrique centrale des ressources nécessaires à leur développement, tout en alimentant les réseaux criminels et l’insécurité. Il a souligné que, selon les estimations de l’Union africaine, l’Afrique perd chaque année plus de 89 milliards de dollars américains en raison des flux financiers illicites, un montant comparable à l’aide publique au développement et aux investissements directs étrangers reçus par le continent.
Le ministre a indiqué que ces pertes représentent des ressources qui échappent aux économies nationales et limitent la capacité des gouvernements à financer les priorités de développement. « Une société civile informée et outillée devient un partenaire stratégique de l’État pour promouvoir, préserver et assainir le système financier, en vue de mobiliser des ressources de qualité pour le financement du développement. Les actions de sensibilisation et de renforcement des capacités contribuent à améliorer la transparence du secteur financier et la saine gestion des finances publiques. Elles permettent également le partage d’informations et l’échange d’expériences nécessaires pour réduire la circulation des flux financiers illicites », a déclaré Yaouba Abdoulaye.
Enjeux économiques au cœur du débat
Au-delà de la dimension sécuritaire, les organisateurs ont souligné l’impact économique des flux financiers illicites sur les économies d’Afrique centrale. Les documents du projet indiquent que ces flux fragilisent les économies nationales, réduisent les recettes fiscales, compromettent la mobilisation des ressources nationales et entravent les investissements dans des secteurs clés tels que la santé, l’éducation et les infrastructures. Les documents présentés lors de l’atelier ont permis d’identifier différents profils de risque dans les quatre pays participants.
En République démocratique du Congo, l’exploitation minière illégale, le trafic d’armes et les crimes forestiers demeurent des préoccupations majeures. En République centrafricaine, l’instabilité et l’exploitation des ressources naturelles continuent de mettre à l’épreuve les mécanismes de contrôle. Le Cameroun est confronté à des risques liés aux conflits armés et aux réseaux criminels de trafic, tandis que la corruption dans le secteur forestier gabonais reste un obstacle aux efforts de transparence.
Le projet ACCOSC-FFI dispose d’un budget de 300 000 € et se déroulera de février 2026 à mai 2028. Il vise à renforcer les capacités des organisations de la société civile, des journalistes et des institutions à identifier, documenter et signaler les pratiques liées aux flux financiers illicites, au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme. Plus de 4 000 membres de la communauté devraient être sensibilisés grâce à des campagnes de sensibilisation menées pendant la durée du projet. Renforcement des capacités régionales
S’exprimant au nom de SecFin Africa, le représentant du programme a déclaré que cette initiative s’inscrit dans un effort plus vaste soutenu par l’Union européenne et couvrant 43 pays africains. Elle est mise en œuvre par un consortium comprenant Expertise France, CIVIPOL, la GIZ, le FIIAPP et des partenaires de coopération suédois. Le représentant a expliqué que le programme vise à soutenir les gouvernements dans la lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération, tout en collaborant avec des institutions régionales telles que le Groupe d’action centrafricain contre le blanchiment d’argent (GABAC) et les acteurs de la société civile.
« Nous poursuivrons notre collaboration avec le gouvernement camerounais et les autorités centrafricaines jusqu’en 2028. Les défis posés par les flux financiers illicites ne disparaîtront pas du jour au lendemain, mais nous continuerons de contribuer aux efforts déployés pour les relever. La présence des autorités gouvernementales ici aujourd’hui témoigne de l’engagement politique fort dans cette lutte », a déclaré le représentant.
Créer un réseau de la société civile
Lors de la cérémonie d’ouverture, le directeur exécutif du CRADEC, Jean Mballa Mballa, a expliqué que l’atelier avait été conçu pour combler une lacune dans la capacité des organisations de la société civile à détecter, documenter et analyser les flux financiers illicites et les infractions connexes. Il a indiqué que le programme fournirait aux participants des outils et des méthodologies pratiques utilisables dans le cadre d’activités de recherche et de plaidoyer dans toute la région.
« Notre ambition pour ces quatre jours est simple. À l’issue de l’atelier, chaque participant devrait non seulement comprendre ces phénomènes, mais aussi être capable de les documenter, de les expliquer aux citoyens et de convaincre les décideurs sur la base de faits avérés. L’enjeu est considérable, car chaque année, l’Afrique perd des dizaines de milliards de dollars à cause des flux financiers illicites », a déclaré Jean Mballa Mballa.
« Le principal résultat de cet atelier est ce que nous appelons une boîte à outils. Les participants repartiront avec des outils, des méthodologies et des approches pratiques qu’ils pourront appliquer sur le terrain. Il ne s’agit pas d’un simple atelier ; il marque le début d’activités de recherche et de sensibilisation au Cameroun, au Gabon, en République centrafricaine et en République démocratique du Congo au cours des 24 prochains mois », a déclaré M. Mballa aux journalistes.
Selon les documents du projet, l’atelier formera les participants aux liens entre les flux financiers illicites, le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, tout en préparant des campagnes nationales de sensibilisation et des plans de plaidoyer. L’initiative vise à renforcer la coopération entre les organisations de la société civile, les journalistes et les institutions publiques, dans le cadre d’efforts plus larges pour améliorer la transparence, protéger les ressources publiques et soutenir la stabilité économique en Afrique centrale.
Omer Kamga




