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Le programme SEWASH du Cameroun entre dans sa phase de contractualisation

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Dans un avis de recrutement paru dans le quotidien national Cameroon Tribune le 29 mai 2026, le ministère de l’Eau et de l’Énergie (MINEE) a lancé un appel à candidatures pour 10 postes de cadres supérieurs au sein du Projet de sécurité hydrique du Cameroun, connu sous son acronyme français SEWASH. La date limite de candidature est le 5 juin.

À première vue, cet avis semble être une simple formalité administrative. Mais à y regarder de plus près, il marque un tournant : le projet passe de sa phase de mise en place à la phase de dépenses concrètes sur le terrain. Les postes proposés ne concernent pas une équipe encore en phase de conception du programme, mais bien des missions d’approvisionnement et de supervision.

Pour presque tous les postes, les mêmes tâches reviennent : rédaction des cahiers des charges et des dossiers d’appel d’offres, validation des études d’exécution réalisées par les entreprises et les bureaux d’études retenus, et supervision des travaux sur le terrain. Ce sont les personnes qu’une agence recrute au moment de l’attribution des marchés. Les événements précédents le confirment.

Selon l’avis de recrutement, le coordinateur de projet, le responsable de la gestion financière et un spécialiste junior des achats sont déjà en poste. Cette nouvelle équipe renforce l’efficacité opérationnelle : un spécialiste senior des achats pour les appels d’offres plus importants et plus complexes, trois ingénieurs en eau et assainissement pour superviser les entreprises, un responsable du suivi et de l’évaluation, un responsable des garanties environnementales et sociales, un comptable, un spécialiste de la communication et un assistant de direction.

Le projet SEWASH est lui-même conséquent. Il est financé par un crédit de 184,9 millions d’euros de la Banque mondiale (environ 200 millions de dollars) au titre du crédit IDA 7785-CM et constitue la première phase d’un programme plus vaste et multiphase. Son objectif déclaré est d’améliorer l’accès des Camerounais à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène d’ici 2035.

Le travail est réparti entre deux organismes d’État : le MINEE pilote les petits réseaux d’adduction d’eau et les latrines dans les trois régions du nord, tandis que CAMWATER, la société d’État chargée de l’approvisionnement en eau urbain, gère les composantes relatives aux grandes villes de Douala et Yaoundé. Le programme s’articule autour de cinq composantes, allant du renforcement des institutions de l’eau et de la construction d’infrastructures rurales à la gestion intégrée du bassin du fleuve Bénoué et à un mécanisme de contingence – un dispositif prépositionné permettant de réaffecter rapidement des fonds en cas d’urgence, comme une inondation ou une sécheresse. Ce dernier élément est révélateur : il témoigne du type de dispositions intégrées aux projets mis en œuvre dans des contextes exposés aux aléas climatiques et sujets aux crises.

La situation géographique est un signal particulièrement clair pour les lecteurs africains. Le coordinateur adjoint, les trois ingénieurs et le responsable des garanties seront tous basés non pas dans la capitale, mais à Garoua, au nord, au sein d’une unité technique dédiée. Les trois régions septentrionales du Cameroun figurent parmi les plus défavorisées en eau, et l’Extrême-Nord subit également les conséquences de l’insécurité et des déplacements de population liés à la crise du lac Tchad. Le déploiement d’une équipe technique de haut niveau sur place, plutôt que de centraliser la gestion depuis Yaoundé, témoigne d’une volonté d’intervenir là où les besoins sont les plus criants et fait du Nord un pôle de demande de services d’ingénierie, de construction et de services publics.

Pour les entreprises, c’est là tout l’enjeu. Les compétences acquises grâce à ce projet définissent un processus qui, au cours des prochains mois, s’étend de la définition du cahier des charges à l’appel d’offres, puis à l’attribution du marché et enfin à la mobilisation sur site. Cela implique un ensemble de travaux – forages, réseaux d’eau potable, latrines, infrastructures de stockage et de distribution d’eau – concentrés dans le Nord. Les bénéficiaires potentiels sont des entreprises de construction, des sociétés de forage, des bureaux d’études, des consultants en environnement et en action sociale, des spécialistes des données et de la cartographie, ainsi que des prestataires logistiques, camerounais et régionaux. La conception même du projet renforce sa crédibilité en tant qu’opportunité. Le cahier des charges s’appuie fortement sur les mécanismes de la Banque mondiale : le système d’approvisionnement électronique STEP, le cadre environnemental et social de la Banque et, pour le comptable, des contrats basés sur la performance.

Concrètement, cela signifie des appels d’offres traçables et ouverts aux soumissionnaires internationaux, ainsi qu’un système de décaissement conçu pour satisfaire un bailleur de fonds exigeant – signe évident qu’un projet ainsi structuré entend engager des dépenses et poursuivre son développement lors des phases ultérieures du programme.

L’avis laisse des questions en suspens. Il n’indique pas la date d’approbation du crédit, de sorte que le délai entre l’approbation et la mise en œuvre ne peut être évalué à partir de ce seul document. CAMWATER assume la tâche la plus ardue dans les villes, où un approvisionnement fiable constitue un défi de longue date. Par ailleurs, l’envergure totale du programme, qui s’étend sur plusieurs phases au-delà de cette première, n’est pas précisée. L’importance accordée aux mécanismes de sauvegarde – notamment la réinstallation, la prévention des violences sexistes et les mécanismes de traitement des griefs – laisse entendre que le projet anticipe des tensions foncières et communautaires liées à la mise en place des nouvelles infrastructures.

Pour l’instant, le document à suivre n’est pas cet avis de recrutement, mais les premiers appels d’offres, attendus sur STEP et le site web du MINEE. C’est à ce moment précis que l’opportunité se concrétisera. Les candidatures étant closes le 5 juin 2026 et l’équipe chargée de rédiger les appels d’offres étant sur le point d’être recrutée, la phase de contractualisation du plus grand projet d’eau du Cameroun n’est plus à l’horizon. Elle commence.

Rédaction
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