(BFI) – Le Cameroun veut renforcer l’éducation nutritionnelle dans les établissements secondaires afin d’améliorer la santé des adolescents et de prévenir les maladies liées à une mauvaise alimentation. Réunis le 28 mai 2026 à Yaoundé, des acteurs de l’éducation, de la santé et du développement ont évalué les premiers résultats du projet Sun App, une initiative axée sur la promotion d’une alimentation saine et de l’activité physique en milieu scolaire.
La rencontre, organisée par le ministère des Enseignements secondaires en collaboration avec le Research and Sustainable Development Institute (RSD Institute), a permis d’examiner le niveau de mise en œuvre du programme, d’apprécier ses premiers effets et d’identifier les leviers susceptibles de favoriser son extension progressive à l’échelle nationale.
À cette occasion, la ministre des Enseignements secondaires, Nalova Lyonga, a plaidé pour des mesures concrètes destinées à améliorer l’environnement alimentaire des élèves. Selon la CRTV, elle a notamment recommandé la création de cantines scolaires saines, l’introduction de systèmes de portefeuille électronique, ou « cash wallet », pour faciliter l’accès des apprenants à des repas équilibrés, ainsi que l’aménagement de jardins scolaires dans les établissements.
Pour les autorités éducatives, ces dispositifs doivent permettre d’aller au-delà des simples campagnes de sensibilisation. L’objectif est de créer, au sein des établissements secondaires, un cadre plus favorable à l’adoption de bonnes pratiques alimentaires, tout en impliquant les élèves dans des activités concrètes liées à la nutrition et au bien-être.
Le projet Sun App, acronyme de Scaling Up Healthy Nutrition to Adolescents and Pregnant Women, a été officiellement lancé le 4 décembre 2024 à Ntui, dans le département du Mbam-et-Kim, région du Centre. Son déploiement concerne progressivement plusieurs communes du pays, dont Yaoundé IV. L’initiative vise à améliorer durablement les comportements alimentaires des adolescents et à promouvoir l’activité physique au sein des communautés scolaires.
Le programme repose principalement sur deux axes : l’éducation nutritionnelle et la prévention des maladies non transmissibles, notamment le diabète, l’obésité et certaines pathologies liées à la malnutrition. En ciblant les élèves, ses promoteurs veulent agir en amont, avant que les mauvaises habitudes alimentaires ne s’installent durablement.
Cette approche repose sur un constat largement partagé par les acteurs de santé publique : l’école constitue un espace stratégique pour influencer les comportements des jeunes. Elle permet non seulement de transmettre des connaissances, mais aussi de créer des routines collectives autour de l’alimentation, de l’activité physique et de l’hygiène de vie.
La dynamique actuelle s’inscrit dans le prolongement du partenariat engagé entre le ministère des Enseignements secondaires et le RSD Institute. Initiée en 2018, cette collaboration a été renouvelée le 19 août 2025 afin de consolider les actions de prévention primaire au sein de la communauté éducative, en particulier dans les établissements secondaires.
Quelques semaines après ce renouvellement, un atelier stratégique organisé le 2 septembre 2025 à Yaoundé avait permis de valider la Stratégie nationale de déploiement de l’éducation nutritionnelle dans les établissements scolaires. Ce cadre vise à harmoniser les interventions, à renforcer les campagnes de sensibilisation et à assurer une meilleure coordination des actions menées sur le territoire national.
Pour les autorités éducatives et sanitaires, l’enjeu dépasse désormais la seule question de l’alimentation scolaire. Il s’agit de faire de l’école un levier de prévention face à la progression des maladies non transmissibles, dont le diabète, l’obésité et certaines maladies cardiovasculaires. Ces pathologies, longtemps associées aux adultes, concernent de plus en plus les jeunes, notamment dans les zones urbaines où les habitudes alimentaires évoluent rapidement.
À travers Sun App, le Cameroun cherche donc à installer une culture de prévention dès l’école. Mais le succès du programme dépendra de plusieurs facteurs : la capacité à financer durablement les cantines saines, l’implication des collectivités territoriales, l’adhésion des familles, la formation des personnels éducatifs et la mise en place d’un mécanisme de suivi permettant de mesurer les changements réels de comportements chez les élèves.
Au-delà des ateliers et des recommandations, c’est cette capacité à transformer les pratiques quotidiennes dans les établissements scolaires qui déterminera l’impact du projet. Sun App apparaît ainsi comme un outil de santé publique, mais aussi comme un test de la capacité du système éducatif camerounais à intégrer durablement la prévention nutritionnelle dans son fonctionnement.
Elise Nguélé




